Tristan Bernard, nom de plume de Paul Bernard, né à Besançon le 7 septembre 1866 et mort à Paris 7e le 7 décembre 1947, est un romancier et auteur dramatique français. Il est célèbre pour ses mots d'esprit.
Paul Bernard naît le 7 septembre 1866, à Besançon dans le Doubs, du mariage de Myrthil Bernard (1838-1916), négociant puis entrepreneur de travaux publics, et Emma Ancel (1842-1909), tous les deux de religion juive.
Il quitte Besançon pour Paris à l'âge de quatorze ans et fait ses études au lycée Condorcet, puis à la faculté de droit de Paris.
Il fait son service militaire dans les dragons, auxquels le général Boulanger, alors ministre de la Guerre, a autorisé le port de la barbe. Après son service, Paul Bernard décide de la conserver. Il se destine à une carrière d'avocat, « mais n'exerce jamais », préférant se tourner vers les affaires et prendre la direction d'une usine d'aluminium à Creil. « Il se libère rapidement de cette fonction pour se consacrer à ses deux passions : l'écriture et le vélo (il est un temps directeur du vélodrome Buffalo » à Neuilly-sur-Seine (Toulouse-Lautrec l'y a peint en 1895) et du vélodrome de la Seine). Plus tard, il dirige Le Journal des vélocipédistes.
En 1891, alors qu'il commence à collaborer à La Revue blanche, il change de prénom pour « Tristan », le nom d'un cheval sur lequel il avait misé avec succès aux courses.
En 1894, il publie en collaboration avec Pierre Veber « un recueil de fantaisies, Vous m'en direz tant ! » et, l'année suivante, sa première pièce, Les Pieds nickelés, un triomphe qui détermine une longue carrière de dramaturge à succès. Plusieurs de ses pièces seront d'ailleurs adaptées au cinéma.
En 1904, il fait partie de la première rédaction de L'Humanité, le journal de Jean Jaurès. Par quelques articles, il contribue en 1917 aux débuts du Canard enchaîné. Il préside les banquets pour les numéros-anniversaires du journal en 1931 et 1934. Il aurait, par ailleurs, inventé le jeu des petits chevaux, ce qui est hautement invraisemblable, puisque ce jeu, venu d’Inde (où il se nomme chaupar ou pachisi), adopté par les éditeurs britanniques sous le nom de Ludo dès la fin du XIXe siècle, était déjà au catalogue des grands éditeurs français, tels Watilliaux et Mauclair-Dacier, sous divers noms, dont celui de « petits chevaux » (à ne pas confondre avec le jeu de casino, sorte de roulette déguisée, portant le même nom).
Proche de Léon Blum, Jules Renard, Lucien Guitry, Paul Gordeaux, Marcel Pagnol, et de bien d'autres artistes, Tristan Bernard se fait connaître pour ses jeux de mots, ses romans et ses pièces, ainsi que pour ses mots croisés. Il contribue aussi largement au genre policier par son recueil Amants et Voleurs (1905), mais aussi avec plusieurs romans : L'Affaire Larcier (1907), Secrets d'État (1908), récit d'un complot contre le souverain de l'État imaginaire de Bergensland. Mathilde et ses mitaines (1912) met en scène la farfelue Mathilde Gourgeot qui préfigure le type de femme détective amateur qu'on retrouve beaucoup plus tard chez Erle Stanley Gardner, Maurice-Bernard Endrèbe et quelques autres. Le Taxi fantôme (1919) oppose un historien et un politicien véreux, qui briguent tous deux un poste d'académicien. Son avant-dernière contribution, Aux abois (1933), écrite sous forme d'un journal intime, est sous-titrée Journal d'un meurtrier. Il publie un dernier roman policier avec Visites nocturnes (1934).
Il séjourne dans les années 1930, en famille, dans sa villa au Touquet-Paris-Plage.
Humoriste facétieux, il ajoute une strophe aux Stances à Marquise de Pierre Corneille, reprise en chanson par Georges Brassens :
Pendant l'Occupation allemande, il habitait rue Villaret-de-Joyeuse, menacé comme Juif, il se réfugie à Cannes, où il vit à l'hôtel Windsor. À son ami, le scénariste Carlo Rim, qui le presse de venir se cacher chez lui la nuit, il répond : « À mon âge, on ne découche plus ! » et d'ajouter : « Savez-vous que je figure dans le Petit Larousse ? On n'arrête pas quelqu'un qui figure dans le Petit Larousse » ou « Comment vouez-vous que l'on fasse du mal à un français qui figure dans le dictionnaire », la suite lui donnera presque raison. Son ami Roland Dorgelès le presse aussi de venir se cacher chez lui à la campagne. Il est arrêté avec sa femme par les Allemands le 9 octobre 1943 alors qu'il vient d'acheter les billets de train pour le rejoindre. Lors de son envoi à Paris dans un car de la Gestapo, il dira à son épouse : « Jusqu'à présent nous vivions dans l'angoisse, désormais, nous vivrons dans l'espoir. ».
Alors qu'il a été transféré par les Allemands à l'hôpital Rothschild, il est libéré le 21 octobre 1943 grâce à l'intervention de Sacha Guitry, prévenu de son arrestation dans la nuit du 12 au 13 octobre 1943 par René Fauchois – qui, lui-même, avait été prévenu par Reynaldo Hahn –, et d'Arletty, qui demande à Rudolf Schleier (de), ministre plénipotentiaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris, sa libération. Il avait refusé une première fois sa libération, ne voulant pas laisser sa femme, Mamita. Il confie à l'avocat Maurice Garçon : « Je n'ai jamais aimé apprendre l'histoire mais cet embêtement n'est rien auprès de l'obligation de la vivre. »
Son petit-fils François-René, l'un des fils de Jean-Jacques, est arrêté comme résistant dans le maquis du Tarn et déporté à Mauthausen, où il est assassiné ; Tristan Bernard ne se remet jamais de cette mort.
Mort à Paris le 7 décembre 1947 au 43, rue Charles Floquet (une plaque lui rend hommage) dans le 7e arrondissement, Tristan Bernard est inhumé au cimetière de Passy (16e arrondissement), dans la 10e division.
Suzanne Rebecca Bomsel , sa première épouse, meurt à Paris en 1928 et Agathe Marcelle Reiss, sa seconde épouse, qui repose avec lui, en 1952.
Son fils Jean-Jacques Bernard dédie à son père un livre intitulé Mon père Tristan Bernard, en 1955.
Tristan Bernard se marie une première fois le 3 novembre 1887 dans le 3e arrondissement de Paris, avec Suzanne Rebecca Bomsel (1869-1928), se déclarant à cette occasion avocat à la cour d'appel. Il a trois fils de cette union. Le premier, Jean-Jacques (1888-1972), est un auteur dramatique, promoteur du « théâtre du silence» (Martine), qui témoigna également sur l'univers concentrationnaire (Le Camp de la mort lente, Le Pain rouge). Le deuxième, Raymond, est un réalisateur de cinéma, avec notamment en 1934, Les Misérables, la première version cinématographique sonore, en noir et blanc, une des plus fidèles adaptations en trois volets. Le cadet, Étienne (1893-1980), résistant, professeur de médecine, phtisiologue, contribue à la promotion de la vaccination et la diffusion du BCG.
Veuf, il se marie en secondes noces, le 3 juin 1929, dans le 17e arrondissement de Paris avec Agathe Marcelle Reiss dite « Mamita » (1876-1952), fraîchement divorcée de Samuel Aron.