Le traité de Tordesillas (/tɔʁdɛsijas/) est un traité entre l'Espagne (union dynastique des royaumes de Castille et d'Aragon) et le Portugal, conclu le 7 juin 1494 à Tordesillas (royaume de Castille) sous l'égide du pape Alexandre VI, afin de partager le monde entre une zone réservée à l'Espagne et une zone réservée au Portugal, dans le cadre du processus des grandes découvertes.
Ce traité est conclu à la suite du premier voyage de Christophe Colomb à travers l'océan Atlantique (1492-1493), qui lui a permis de découvrir plusieurs îles des Bahamas et de la mer des Caraïbes, notamment Cuba et Hispaniola, considérées alors comme des dépendances inconnues des « Indes », c'est-à-dire de l'Asie orientale, but du voyage de Colomb.
Il s'agit d'organiser l'exploration et l'exploitation de ces territoires, considérés comme terra nullius, entre les deux pays qui, à cette date, sont les seules puissances coloniales en Europe. Le Portugal, qui a commencé dès les années 1410 l'exploration des côtes de l'Afrique, détient un monopole reconnu par le pape et par la Couronne de Castille de la navigation au sud des îles Canaries, possessions de la Castille.
En 1493, il s'agit de régler le problème en ce qui concerne des territoires situés à plusieurs milliers de kilomètres à l'ouest de l'Afrique. Le traité de Tordesillas définit donc une ligne de partage selon un méridien situé à 370 lieues (2 056 km) à l'ouest des îles du Cap-Vert (46° 37' Ouest dans le système actuel) : les territoires situés à l'ouest de ce méridien (en partant du Cap Vert), sont dévolus à la couronne de Castille (ils incluent les découvertes de Colomb) ; les territoires situés à l'est, à la couronne de Portugal (Afrique, mais aussi le Brésil, découvert en 1500 par le Portugais Pedro Alvares Cabral).
Quelques décennies plus tard, à la suite du voyage de Magellan (1519-1522), il apparait nécessaire de définir la ligne de partage dans l'océan Pacifique, notamment à propos de la souveraineté sur les îles Moluques. Cette ligne est définie par le traité de Saragosse de 1529, qui complète donc le traité de Tordesillas.
En ce qui concerne les autres puissances européennes, notamment la France et l'Angleterre, elles interviennent un peu plus tard en Amérique, sans toujours tenir compte du traité de Tordesillas, qu'elles n'ont pas signé. À la fin du siècle, apparaît un nouvel État, la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, créée au cours de l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II, et qui n'est donc pas du tout disposée à respecter le traité de Tordesillas.
Contexte : les grandes découvertes jusqu'en 1492
L'entreprise portugaise de découverte des côtes d'Afrique à partir de 1415
Au début du XVe siècle, après la conquête de Ceuta (1415), le Portugal se lance dans un projet à long terme d'exploration de l'Atlantique et des côtes atlantiques de l'Afrique, afin de trouver, le cas échéant, un passage vers l'océan Indien et vers l'Asie de l'est, « les Indes ». Ce projet aboutit à des résultats importants : découverte de Madère (1419) et des Açores ; progression prudente le long du littoral avec installation de comptoirs commerciaux pour des échanges avec les indigènes africains. En 1445, la région de l'actuelle Sierra Leone est atteinte, puis le fleuve Congo en 1483.
Assez rapidement, les Portugais obtiennent la protection du Saint-Siège pour leur entreprise. Les bulles Dum Diversas (1452) et Romanus pontifex (1455) leur réservent le droit d'explorer la côte africaine. En 1481, la bulle Æterni regis leur garantit l'exclusivité pour possession de territoires au sud des îles Canaries.
La découverte du cap de Bonne-Espérance en 1488 par Bartolomeu Dias constitue une grande avancée : on sait désormais où finit l'Afrique et l'océan Indien devient accessible.
Le projet de Christophe Colomb de 1484 à 1492
En 1484, le roi du Portugal Jean II est sollicité par un navigateur d'origine italienne, Christophe Colomb, qui lui propose d'atteindre les Indes en naviguant vers l'ouest et en traversant l'océan Atlantique. Les experts réunis par Jean II rejettent catégoriquement le projet.
Christophe Colomb part alors en Castille où la reine Isabelle refuse aussi le projet en 1486. Colomb essuie ensuite plusieurs autres échecs, en 1490 et 1491.
Le premier voyage de Christophe Colomb
En avril 1492, le projet de Colomb est accepté par Isabelle, qui vient de mettre fin à la Reconquista par la prise de Grenade le 2 janvier. Le 17 avril sont signées les capitulations de Santa Fe, qui font de Colomb l'amiral d'une flotte de trois caravelles, avec des droits sur les résultats potentiels de l'expédition.
La flotte de Colomb quitte Palos de la Frontera le 3 août et, le 12 octobre, atteint une île des Bahamas, Guanahani, que Colomb baptise San Salvador. Il est alors persuadé d'être arrivé aux Indes.
L'arrivée des Espagnols aux Indes, apparemment avant les Portugais, est un fait inattendu et lourd de conséquences.