Le traité de Brest-Litovsk est signé le 3 mars 1918 entre les gouvernements des empires centraux menés par l'Empire allemand et la jeune république russe bolchévique, issue de la révolution russe, dans la ville de Brest-Litovsk. Il met fin définitivement aux combats et à la guerre sur le front de l'Est de la Première Guerre mondiale, après que la signature de l'armistice du 15 décembre 1917 les a interrompus.
Il est dénoncé le 13 novembre suivant, après l'armistice du 11 novembre qui consacre la défaite de l'Allemagne face aux Alliés sur le front de l'Ouest, consécutive à la révolution allemande, ainsi qu'après les défaites de l'Autriche-Hongrie, de la Bulgarie et de l'Empire ottoman, sur les fronts italien, des Balkans et du Moyen-Orient.
Dès le début de l'année 1917, la population russe dans son immense majorité souhaite la fin de la Première Guerre mondiale. Ce désir de paix est une des causes immédiates de la révolution russe, qui a commencé avec la révolution de Février puis, à terme, avec la révolution d'Octobre.
Dès la fin du mois de juillet 1917, les militaires russes renoncent à toute initiative sur le front, conscients de la dissolution de l'ancienne armée impériale russe, minée par les désertions. L'échec de l'offensive lancée en juillet 1917 a achevé de désorganiser l'armée. Les soldats russes, las du conflit, aspirent à la paix et refusent de servir le nouveau pouvoir issu de la Révolution de Février ou souhaitent prendre le pouvoir pour leur propre compte.
A la suite de la tentative de putsch de Kornilov, un fossé se creuse encore plus entre la troupe et les officiers, suspectés d'avoir soutenu les putschistes ce qui aboutira finalement à la révolution d'Octobre.
La situation politique embrouillée achève de remettre en cause le pouvoir du gouvernement provisoire, tandis qu'Alexandre Kerenski a tenté de reprendre en main la situation en convoquant un Pré-parlement (ou Soviet de la République) le 20 octobre 1917, processus qui échoue et debouche sur la révolution d'Octobre qui consacre la victoire des bolcheviks.
L'arrivée au pouvoir des bolcheviks accélère l'adoption d'un décret de paix par le Congrès des Soviets le 8 novembre 1917. Ainsi, Trotski, en tant que commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, propose aux Alliés et aux empires d'Europe centrale une paix générale. Mais le lendemain, les puissances centrales sont les seuls belligérants à donner suite au télégramme envoyé la veille.
Mettant en application le décret du 26 octobre, le nouveau commandant en chef de l'armée russe, Krilenko a fait parvenir aux puissances centrales une demande d'armistice immédiate, rapidement acceptée par l'Empire Allemand et la double monarchie. Krilenko annonce l'ouverture de négociations peu après, et donne l'ordre aux unités russes de ne plus mener d'actions offensives contre les troupes des puissances centrales.
Le 30 novembre 1917, le nouveau gouvernement bolchevik fait savoir son souhait de préparer une paix sans annexion ni indemnité. Pour l'Empire allemand, une paix séparée permettrait de se concentrer sur un front unique à l'ouest, où l'apport de troupes supplémentaires pourrait être décisif.
Au début du mois de décembre, les diplomates allemands et autrichiens espèrent la signature rapide d'un article, préalable à une paix de victoire sur le front oriental.
Les négociations débutent le 15 décembre, par des pourparlers auxquels il n'est pas prévu que les puissances alliées (France, Royaume-Uni et États-Unis) prennent part. Selon les clauses de l'armistice, les négociations de paix doivent en effet commencer aussitôt l'armistice entré en vigueur.
Les puissances centrales face au nouveau pouvoir russe
Dès le 26 novembre 1917, les bolcheviks ont adressé aux puissances centrales une demande d'armistice, accueillie favorablement le lendemain. Cet armistice est rapidement négocié et entre en vigueur le 15 décembre 1917 pour une durée de deux mois.
Dès le 19 décembre 1917, à Kreuznach, les principaux dirigeants allemands, l'empereur, le chancelier et les représentants de l'OHL définissent les instructions que doivent suivre leurs négociateurs mais au terme de cette journée, celles-ci ne sont pas intégralement fixées, et le chef de la délégation allemande se rend à Brest-Litovsk privé de certaines instructions claires.
Projets allemands, austro-hongrois et aspirations bolcheviques
L'Allemagne poursuit à l'encontre du gouvernement bolchevique les mêmes objectifs que ceux poursuivis à l'époque du tsar puis à celle du gouvernement provisoire. Sous couvert de défendre le droit des provinces baltes, de la Finlande, de l'Ukraine et du Caucase à disposer d'eux-mêmes, le gouvernement allemand cherche à agrandir sa zone d'influence à l'Est de sa zone d'intervention .
Les armées des empires centraux souhaitent toutes pouvoir disposer de sources d'approvisionnement en matières premières et minières (notamment en métaux rares) pour l'industrie de guerre, ainsi qu'en productions agricoles pour les populations des empires centraux. Ainsi, au mois de décembre 1917, les représentants de l'industrie métallurgique allemande expriment, dans un courrier adressé à Hindenburg, leurs objectifs en Russie : tous souhaitent la prise de contrôle d'un certain nombre de bassins miniers, notamment en Ukraine et dans le Caucase : Thyssen, par exemple, souhaite non seulement contrôler totalement les mines de manganèse de Tchiatoura, dans le Caucase russe, et de Krivoi Rog, mais aussi faciliter le transport de ces minerais vers l'Allemagne. Dans le même temps, le 19 décembre, une conférence réunit à Bad Kreuznach, Guillaume II, son chancelier, son ministre des Affaires étrangères et le Haut État-Major pour fixer le niveau des demandes à adresser au nouveau pouvoir russe. Mais, rapidement, lors de la première quinzaine de janvier 1918, les divergences entre dirigeants allemands et austro-hongrois créent les conditions d'une grave crise politique entre eux.
À ces projets des empires allemand et austro-hongrois visant à donner des bases solides à leurs puissance futures répondent les projets des bolcheviques russes, présentés le 25 décembre 1917 marqués par la volonté émancipatrice et internationaliste de la recherche d'une paix sans annexion ni indemnité. Les projets austro-hongrois et allemands, préparés par Czernin sont ainsi de fait caducs avant même leur négociation en raison des conditions préalables posées par les Russes. La rédaction des propositions des empires centraux leurre une partie de la délégation russe, mais suscitent une forte opposition de la presse allemande comme du haut-commandement, ce qui oblige finalement les représentants allemands et austro-hongrois à lever les dernières illusions russes, les 26 et 27 décembre 1917, par une formulation abrupte de leurs objectifs réels.