Jean-Baptiste Frédéric Isidore, baron Thielemans dit Toots Thielemans, né le 29 avril 1922 à Bruxelles et mort le 22 août 2016 à Braine-l'Alleud, est un musicien belge de jazz, harmoniciste et guitariste, parfois même siffleur, à la carrière internationale. Il obtient la double nationalité américaine[réf. incomplète].
Ses parents tiennent un café au 241 de la rue Haute, au cœur du quartier populaire bruxellois des Marolles où joue régulièrement un accordéoniste que le très jeune Jean-Baptiste aime regarder jouer et écouter. Son père ayant remarqué son intérêt pour l'instrument, lui offre son premier instrument lorsqu'il a trois ans... Mais en carton.
Personne n'est musicien chez les Thielemans mais rapidement, il joue à la demande dans le bistrot familial des morceaux populaires de l'époque, beaucoup de musette, la Tonkinoise ou l'Internationale. Son père a des sympathies pour la gauche de Léon Blum. Voyant son talent et déjà le succès qu'il a auprès de la clientèle, ses parents l'encouragent et lui trouvent un professeur.
En 1929, la famille Thielemans quitte le quartier pour reprendre à Molenbeek, place communale, une mercerie, lingerie et vêtements de travail : « Au Palais du Cache-Poussière ». Jean-Baptiste va à l’école primaire rue de la Prospérité à Molenbeek, et effectue les secondaires à l’Athénée Royal de Koekelberg.
Dans les années 30, le jeune Jean-Baptiste découvre l'harmonica au cinéma dans un film avec James Cagney. Il achète alors son premier harmonica diatonique, un instrument qui va l’aider par son action « souffler-aspirer » afin de mieux contrôler l’asthme qui l’affectera toute sa vie.
Vers 1938, âgé de 16 ans, il découvre les étendues de jeu de l’harmonica en tentant de rejouer des musiques de film jouées par Ray Ventura, Larry Adler et Max Geldray . En 1939, il se décide à changer pour acheter son premier harmonica chromatique et s’inscrit en mathématiques à l’ULB (Université libre de Bruxelles). Il échoue cette première année à l’université, mais il a déjà d’autres plans de carrière.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale provoque la fermeture des universités et l’empêche de poursuivre ses études. Pendant l’Occupation, il se prend d'une forte passion pour le jazz et son jeu d’harmonica progresse vite, il joue ce qu’il écoute à la radio, et il découvre Louis Armstrong et Fats Waller sur un phono à remonter.
En 1941, Jean-Baptiste est malade et cloué au lit. Son copain Gilbert vient lui rendre visite avec une guitare. Jean-Baptiste veut l’essayer et Gilbert décide alors d’un pari : « Si tu parviens à jouer ça, je te donne ma guitare! ». L’affaire est entendue. Après quelques minutes d’écoute d’un disque de Django Reinhardt, Jean-Baptiste, jeune accordéoniste-harmoniciste devient donc… guitariste en apprenant à en jouer à l’instinct et l’oreille. Une photographie atteste sa présence en 1942, lorsqu’avec les jeunes musiciens belges, il accueille Django Reinhardt qui devient son idole à la sortie de la Gare du Nord à Saint-Josse-ten-Noode.
Il se tourne alors vers la guitare qu’il travaille avec passion.
À la Libération, aguerri, il rejoint Le Jazz Hot, la formation d’Herman Sandy. Rapidement, il est considéré avec René Thomas, comme l’un des meilleurs guitaristes de Belgique.
Conscients de ses talents musicaux, Herman Sandy et Jacky Theunis estiment que « Jean-Baptiste, c’est pas assez « hip » », et qu’il devrait se choisir un prénom plus américain. « Et pourquoi pas « Toots » comme le trompettiste-compositeur-arrangeur Toots Camarata ou comme Toots Mondello, le saxophoniste de Lionel Hampton? » dont les journaux parlent à l’époque.
Après quelques instants de réflexions, Jean-Baptiste est convaincu : « Va pour Toots! ». Beaucoup plus swing que Jean-Baptiste, il ignorait alors que ce nouveau surnom va lui coller à la peau pour le reste de ses jours.
Toots Thielemans intègre l’orchestre de Robert De Kers en 1946, puis il joue dans ceux d’Yvon Debie et Rudy Bruder. Toujours « bon guitariste », il est alors surtout considéré comme un phénomène de l’harmonica chromatique avec lequel il improvise dans l’esprit de Charlie Parker.
Durant la fin d’année 1947, il profite d’une occasion inespérée pour accompagner à New York son oncle qui s’y rend pour ses affaires : ce sera son premier voyage aux États-Unis où il rêve de faire carrière avec son nouveau prénom. Durant son séjour, Toots Thielemans fait le tour des clubs, jamme à l’harmonica dans la 52e Rue et rencontre Billy Taylor, Howard McGhee, Lennie Tristano et Hank Jones. On le retrouve aussi photographié par le journaliste photographe William P. Gottlieb, jouant de la guitare pour accompagner le clarinettiste Joe Marsala sur la terrasse de l’Hickory House, 144 West 52nd Street, à New-York.
On le retrouve ensuite à Miami où Billy Shaw, l’impresario de Benny Goodman, le remarque alors qu’il joue sur la guitare de Chuck Wayne. Billy le recommande au clarinettiste, et ils lui proposeront quelques mois plus tard de les rejoindre à New York. Mais les demandes de visa et de carte verte sont longues et échouent souvent.
Sans possibilité de rester sur place, Toots rentre en Belgique et devra encore attendre quatre ans avant de pouvoir s’expatrier vraiment. Reconnu comme un des jazzmen belges des plus créatifs, il participe, à la guitare au festival de Nice en 1948, avec Jean Leclère (piano, vibraphone) et au Festival international de jazz à Paris All Stars à la Salle Pleyel début mai 1949. Des jam sessions lui offrent la possibilité de rencontrer enfin son idole, Charlie Parker, mais aussi de côtoyer Sidney Bechet, et un certain Miles Davis dont c’est le premier voyage à l’étranger. Il retrouvera par la suite le Bird à l’occasion de son séjour en Suède de 1950 à 1952.
La guitare devient son meilleur ambassadeur à cette époque, mais Toots gardera toujours un accordéon et ne se séparera jamais de ses harmonicas. Ses collègues musiciens le chambrent lorsqu’il se met à jouer de l’harmonica : « C’est un jouet, jette ça! », disent-ils. Mais ils ont tort, car Toots a déjà trouvé le son qui le rendra immortel, avec ses longues notes essentielles, ses modulations, ses altérations et ses résonances.
Le 22 août 1949, il épouse Netty et part en Italie avec le saxophoniste Flavio Ambrosetti pour une tournée. Arrivé à Rome, il rencontre Benny Goodman, lequel se souvient d'avoir apprécié les enregistrements que Billy Shaw lui a fait écouter. Ils conviennent de se retrouver au Palladium de Londres pour la tournée européenne de Benny Goodman en 1950. Toots intègre à l’harmonica le sextet du clarinettiste qu’il accompagnera aussi au Danemark et en Suède.