Ce Jour-là

Tombe du Soldat inconnu (France)

Tombe sous l'arc de Triomphe de la place de l'Étoile à Paris

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La tombe du Soldat inconnu est une sépulture installée à Paris sous l'arc de triomphe de l'Étoile depuis le 11 novembre 1920. Elle accueille le corps d'un soldat, mort lors de la Première Guerre mondiale et non officiellement reconnu français, pour commémorer symboliquement l'ensemble des soldats qui sont morts pour la France au cours de l'histoire.

La sépulture, entourée de bornes de métal noir reliées entre elles par des chaînes, se compose d'une dalle de granite de Vire sur laquelle est inscrite l'épitaphe : « Ici repose un soldat français mort pour la Patrie, 1914-1918 ». En 1923, une flamme éternelle est ajoutée, ravivée tous les jours à 18 h 30. Après la Seconde Guerre mondiale, est installé au pied de la tombe un bouclier de bronze chargé d'un glaive enflammé, offert par les Alliés à la gloire des armées françaises et en mémoire de la libération de Paris.

L'expression « dalle sacrée », popularisée par le général Weygand, est utilisée par les associations d'anciens combattants pour désigner le tombeau et sa flamme. La garde du monument est assurée en permanence par un service spécialisé de la Police nationale.

Dès la première année de la Grande Guerre, de nombreux projets pour honorer les morts voient le jour. Ainsi se multiplient les plaques, les livres d'or. La mention « mort pour la France » est instituée par la loi du 2 juillet 1915.

Dans un discours au cimetière de l'Est à Rennes le 26 novembre 1916, François Simon, président de la section locale du Souvenir français (association fondée en 1887 pour entretenir le souvenir des morts de la guerre franco-prussienne de 1870), évoque le premier l'idée « d'ouvrir les portes du Panthéon à l'un des combattants ignorés morts bravement » :

« Pourquoi la France n'ouvrirait-elle pas les portes du Panthéon à l'un de nos combattants ignorés, mort bravement pour la patrie, avec, pour inscription sur la pierre, deux mots  : « un soldat »  ; deux dates  : « 1914-1917 » ?  Cette inhumation d'un simple soldat sous ce dôme, où reposent tant de gloire et de génies, serait comme un symbole ; et plus, ce serait un hommage rendu à l'armée française tout entière. »

L'idée ne se concrétise véritablement qu'après la fin du conflit, mais elle prend d'abord la forme d'un livre d'or rappelant tous les morts de la guerre : ce livre serait placé au sein du Panthéon. Elle chemine grâce à la presse et, le 19 novembre 1918, le député d'Eure-et-Loir Maurice Maunoury fait une proposition de loi dans ce sens. La Chambre des députés adopte finalement le 12 septembre 1919 la proposition d'inhumer « un déshérité de la mort » au Panthéon.

Mais le gouvernement a d'autres projets : profiter du deuxième anniversaire de l'armistice pour célébrer le cinquantenaire de la Troisième République et porter le cœur de Gambetta au Panthéon. Il s'agit de donner un sens de continuité aux deux conflits, celui de 1870 perdu et celui de 14-18 gagné, pour asseoir la victoire de la France sur l'Allemagne. Les deux projets — celui porté par l'exécutif et celui porté par la Chambre — alimentent un clivage politique d'autant plus perceptible que les tensions sont fortes entre le pouvoir, décidé à célébrer la victoire de son régime, et les anciens combattants blessés ou traumatisés. Ces derniers préfèrent une cérémonie à l'Arc de triomphe dédiée aux militaires tombés pour la patrie plutôt qu'une cérémonie au Panthéon, lieu qui honore davantage les gloires politiques et civiles. Finalement, le 8 novembre 1920, la Chambre transige en proposant comme sépulture l'Arc de triomphe, réservant le Panthéon au seul Gambetta. La loi est adoptée à l'unanimité par la Chambre des députés et le Sénat.

C'est André Maginot, ministre des Pensions et lui-même mutilé de guerre, qui préside la cérémonie de choix du soldat à inhumer. Elle se déroule dans le lieu mythique de la Première Guerre mondiale : la citadelle de Verdun.

Sous l'Arc de triomphe, un cénotaphe en l'honneur des morts de la Grande Guerre est érigé en 1919. Réalisé par Antoine Sartorio, il s'agit d'une tour en plâtre doré de 17,5 mètres de haut pesant 30 tonnes.

Le 8 novembre 1920, Auguste Thin, soldat de deuxième classe au 132e régiment d'infanterie, alors âgé de 21 ans, est chargé de désigner le soldat inconnu qui reposera sous l'arc de triomphe. Auguste Thin sera plus tard un des Mille.

Huit corps de soldats ayant servi sous l'uniforme français mais n'ayant pu être identifiés sont exhumés dans les huit régions où s'étaient déroulés les combats les plus meurtriers : en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine. Initialement, neuf soldats et neuf secteurs avaient été retenus, mais dans l’un d’eux, aucun des corps exhumés n’offrait la garantie d’être français.

Le 9 novembre 1920, les huit cercueils de chêne sont transférés à la citadelle de Verdun, dans une casemate où ils y sont plusieurs fois changés de place pour préserver l'anonymat de leur provenance.

Le 10 novembre, les cercueils sont placés sur deux colonnes de quatre dans une chapelle ardente dont la garde d'honneur est confiée à une compagnie du 132e régiment d'infanterie. André Maginot, ministre des Pensions, s'avance alors vers un des jeunes soldats qui assure la garde d'honneur, Auguste Thin, engagé volontaire de la classe 1919.

Il lui tend un bouquet d'œillets blancs et rouges, et lui expose le principe de la désignation : le cercueil sur lequel ce jeune soldat déposera le bouquet sera transféré à Paris et inhumé sous l'arc de triomphe.

« Il me vint une pensée simple. J'appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c'est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai. »

Partant par la droite, Auguste Thin fait un tour, puis il longe les quatre cercueils de droite, tourne à gauche, passe devant le 5e et s'arrête devant le 6e cercueil, sur lequel il dépose son bouquet, puis se fige au garde-à-vous.

L'ensemble de l'évènement et de la recherche du soldat sont reproduits dans le film de Bertrand Tavernier La Vie et rien d'autre (1989).

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