Todd Rundgren est un auteur-compositeur-interprète, musicien et producteur américain né le 22 juin 1948 à Upper Darby en Pennsylvanie. À travers ses albums solo, il est l'auteur d'une œuvre sophistiquée et originale, synthétisant de nombreuses influences (soul, rock, rhythm & blues, electro, space rock, rap, comédie musicale) d'une façon très personnelle.
Ses titres les plus connus sont I Saw the Light (en), Hello It's Me (en) (1972) et Can We Still Be Friends (1978). Son album de 1973 A Wizard, a True Star est une influence durable pour de nombreux musiciens du monde du rock et de l'electro.
Intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 2021, il est connu pour ses concerts souvent généreux et intenses. Multi-instrumentiste et vocaliste, il est aussi le fondateur des groupes Nazz et Utopia avec lesquels il a également abordé une grande variété de styles.
Son approche innovante des technologies informatiques l'a amené à créer l'un des premiers logiciels de dessin, à promouvoir l'art interactif et à utiliser Internet comme moyen de distribution de la musique dès la fin des années 1990.
Rundgren a été également l'un des producteurs les plus demandés dès le début des années 70. Il a produit de très nombreux artistes, comme The Band, Paul Butterfield, Patti Smith, Sparks, The Tubes, Meat Loaf, Hall and Oates, Grand Funk Railroad, New York Dolls, Badfinger, The Psychedelic Furs, Bad Religion, Steve Hillage ou encore XTC.
Todd Rundgren est originaire d'une banlieue moyenne de Philadelphie. Son père, chargé de la maintenance dans une fabrique de peinture, écoute de la musique classique et des comédies musicales. Au collège il chante dans la chorale de l'établissement, ce qui sera le point de départ de sa passion pour les harmonies vocales. Après un passage dans une petite formation de blues locale nommée Woody's Truck Stop, il fonde le groupe de garage rock Nazz, dont le nom est inspiré d'un titre des Yardbirds The Nazz Are Blue. Inspiré à la fois par les Who et les Beach Boys le groupe se fait remarquer par la qualité de ses concerts. Trois albums voient le jour sur Le label Screen Gems lié à Columbia. Rundgren compose de plus en plus de chansons, notamment Open My Eyes et Hello It's Me qui rencontrent un succès critique en 1968. Le titre Is That The Way You Feel avec ses cascades de chœurs préfigure déjà le style de son œuvre à venir. Rundgren prend aussi de plus en plus de place dans le processus d'enregistrement et de production du groupe qu'il finit par quitter en 1969 frustré du fait que ses compositions les plus personnelles et aventureuses soient laissées de côté.
Après son départ de Nazz, à 21 ans, Todd Rundgren se lance dans une carrière de producteur et de musicien solo. Grâce à Michael Friedman, l'assistant du manager de Nazz, il devient le réalisateur artistique de Bearsville Records, le label d'Albert Grossman, ex impresario de Bob Dylan. Il travaille sur les disques d'artistes du label comme Paul Butterfield ou Halfnelson, les futur Sparks. Boulimique de travail, il met en place le son bien particulier grâce auquel il va devenir un producteur recherché tout au long des années 70 et 80. En 1970, Il enregistre pour Bearsville l'album Stage Fright de The Band, le groupe des musiciens de Bob Dylan. Dans cet environnement, il peaufine l'écriture de ces chansons. Albert Grossman accepte alors de publier sur son label le premier album solo de Todd Rundgren Runt, enregistré avec l'aide des frères Hunt et Tony Sales. Il contient le hit We Gotta Get You a Woman (no 20 aux États-Unis). Aux influences de la pop britannique s'ajoutent maintenant des accents de soul music, une influence durable dans la musique de Rundgren. Un an plus tard, cet album est suivi par Runt: The Ballad of Todd Rundgren, un album de onze chansons composées principalement au piano, instrument auquel Rundgren s'est mis rapidement après les séances de Nazz Nazz. Le thème principal de l'album est la solitude, comme dans la chanson Wailing Wall, inspiré par Erik Satie.
Son troisième album solo, Something/Anything? paraît en 1972. Rundgren réalise seul (écriture, enregistrement et interprétation de tous les instruments) trois des quatre faces de cet ambitieux double album qui rencontre un grand succès, notamment grâce aux singles I Saw the Light (no 16) et Hello It's Me, ré-enregistrée pour l'occasion (no 5). L'album offre la reconnaissance internationale à son auteur, il est certifié disque d'or et reste sa meilleure vente à ce jour. Rundgren y fait preuve d'une grande créativité, composant, produisant et enregistrant vingt cinq chansons aux influences multiples en un temps record. Parfois, entre deux titres, le musicien s'adresse à l'auditeur pour lui proposer un jeu comme reconnaitre des bruits parasites dans l'enregistrement. C'est aussi dans cet album qu'il commence à développer un système d'accords complexe et personnel, appelé Todd Chords (comme dans la chanson Torch Song). Des voicings inhabituels dans la pop musique avec souvent des basses à la 7ème mineure, la quarte et la 9ème. Un choix d'harmonies très particulières qui sera l'une de ses marques de fabrique tout au long de sa carrière.
Todd Rundgren vient de montrer qu'il est capable d'écrire et de produire d'excellentes chansons pop à toute allure: Au vu de ce succès, les responsables de la maison de disque Warner qui distribue les productions de Bearsville records ambitionnent d'en faire une vedette internationale pour le grand public. Le plan va vite tourner court car Rundgren ne joue pas le jeu: Il construit son propre studio pour être indépendant, expérimente diverses drogues psychédéliques, et se passionne pour l’ésotérisme. Surtout il ne supporte de faire deux fois la même chose comme il l'explique dans une émission qui lui est consacrée en France sur France Culture en 1995.
C'est dans ce contexte que sort en 1973 A Wizard a True Star, un album expérimental et particulièrement créatif, composé de chansons enchevêtrées et de bruitages divers. La pochette, portrait surréaliste et psychédélique du musicien est réalisée par le peintre Arthur Wood. Très riche, l'album contient aussi bien des hymnes visionnaires comme International Feel, ou Just One Victory (le titre qui clôt souvent les concerts de Rundgren), des chansons revendicatives comme Is It my Name? , des reprises soignées et de titres soul de Curtis Mayfield, des instrumentaux éthérés et des gags sonores. Devenu culte pour son public, l'album est cité comme influence majeure par des groupes comme Daft Punk (qui utilise International Feel pour son film Daft Punk Electroma), Justice, The Lemon Twigs (qui collaborera avec Rundgren), Tame Impala (qui reprend des titres de cet album pour la BBC). Finalement A Wizard a True Star, marque une étape nouvelle dans la carrière de Todd Rundgren : Si les ventes ne sont pas à la hauteur des souhaits des responsables de Warner, celui-ci gagne la réputation de sorcier (Wizard) de studio qui en fait un des producteurs les plus demandés. Surtout, il lui vaudra la reconnaissance fidèle d'un public acquis à sa cause, conquis par l'originalité de son écriture, de ses compositions et de son positionnement artistique très intimiste.
Un an en plus tard, en 1974, paraît le double album “Todd“, qui prolonge l'exploration musicale tous azimuts et conclut une trilogie particulièrement créative. Il présente des chansons à thème politique comme “Sons of 1984“ (En référence à George Orwell), spirituel comme dans IThink You Know sur la télépathie, des instrumentaux, des balades pleines de charme inspirées par l'écriture harmonique des comédies musicales de Broadway ( A Dream Goes on Forever) , du heavy metal ( Heavy Metal Kids). Le titre Don't You Ever Learn est une ode à la connaissance, marquée par une construction harmonique particulièrement originale: après une introduction avec des gammes de tons en tons décalées au piano la chanson se déploie sur toute une suite de Todd Chords, ces accords à forte teneur émotionnelle que Rundgren continue à explorer.