Thomas Robert Bugeaud, marquis de La Piconnerie, duc d'Isly, né le 15 octobre 1784 à Limoges et mort le 10 juin 1849 à Paris, est un militaire français, maréchal de France.
Gouverneur général de l'Algérie pendant la période coloniale, il joue un rôle décisif dans la colonisation et la répression des mouvements de résistance algérienne. Il a été maire de Lanouaille et député de la Dordogne puis de la Charente-Inférieure.
De nombreux hommages lui ont été rendus pendant longtemps. Aujourd'hui, il est surtout présenté comme un symbole du colonialisme français et le responsable de massacres en Algérie et en France (massacre de la rue Transnonain). À ce titre, il est régulièrement dénoncé, notamment par des associations antiracistes, dans le cadre de la décolonisation de l'espace public.
Thomas Robert Bugeaud naît le 15 octobre 1784 à Limoges, paroisse Saint-Pierre-du-Queyroix, de messire Jean-Ambroise Bugeaud, chevalier, seigneur de La Piconnerie, issu d'une famille de la noblesse du Périgord vert, et de dame Françoise de Sutton de Clonard, d'une illustre famille originaire d'Irlande.
Bugeaud s'engage à l'âge de 20 ans dans l'armée, en 1804, comme vélite dans les grenadiers à pied de la Garde impériale. Il est promu caporal à Austerlitz. Il sert ensuite comme sous-lieutenant puis lieutenant au 64e de ligne dans la campagne de Prusse et de Pologne (1806-1807). Il est blessé à la bataille de Pułtusk le 26 décembre 1806. Lors de cette bataille, un camarade l'aide à se rendre vers les ambulances, mais celui-ci est tué ; finalement un second soldat l'aide à se rendre à l'hôpital de campagne.
Il combat ensuite en Espagne où il sert dans le corps d'armée de Suchet, puis dans la division Lamarque. Il est présent le 20 février 1809 à la capitulation du deuxième siège de Saragosse. Il est capitaine au 116e de ligne le 2 mars 1809, chef de bataillon en 1811. Il lutte contre les guérilleros et se comporte avec éclat aux sièges de Lérida (1810), de Tortose (1810-1811) et de Tarragone (1811). Il est promu au grade de lieutenant-colonel après le combat du col d'Ordal en Catalogne (14 septembre 1813) où, avec un seul bataillon, il met en déroute un régiment anglais. Il est promu colonel au 14e régiment d'infanterie de ligne à son retour en France.
Pendant la Restauration, le colonel Bugeaud célèbre les Bourbons dans quelques pièces en vers. Il n'en retourne pas moins auprès de l'empereur pendant les Cent-Jours.
Il rejoint, lors des Cent-Jours, le parti de Napoléon Ier, qui l'envoie dans l'armée des Alpes à la tête du 14e de ligne. Toujours sous les ordres de Suchet, il remporte le 28 juin 1815 la bataille de l'Hôpital, dans la plaine d'Albertville, sur les Autrichiens. Le 27 juin 1815, il est à Moûtiers, sur la Haute-Isère, lorsqu'il apprend le désastre de Waterloo et l'arrivée de 10 000 Autrichiens. Il ne dispose quant à lui que de 1 700 hommes.
Licencié de l'armée à la Seconde Restauration, il se retire dans sa propriété de la Durantie à Lanouaille en Dordogne et s'occupe d'améliorer l'exploitation de ses terres dans les propriétés de son père, marquis de Faverolle et seigneur de La Piconnerie. Il étudie également les belles-lettres. En 1825, il est élu maire de Lanouaille, fonction qu'il occupera jusqu'en 1830.
Au moment de l'invasion de l'Espagne par le duc d'Angoulême, le gouvernement refuse sa demande de réintégration dans l'armée. Adhérant à l'opposition libérale, il est en vain son candidat à une élection en Dordogne en 1829.
Dès lors, il entre dans l'opposition et y reste jusqu'en juillet 1831, où on l'envoie à la Chambre, élu député de la circonscription d’Excideuil en juillet 1831 et bientôt nommé maréchal de camp par Louis-Philippe. À la Chambre, il se fait rapidement une réputation particulière par ses excentricités et ses provocations envers les membres de l'opposition.
Le nouveau général devient l'ami du pouvoir. Attaché à une politique conservatrice, il est un défenseur intransigeant du protectionnisme douanier. Nommé gouverneur de la citadelle de Blaye, il a la duchesse de Berry sous sa garde et se charge d'accompagner sa prisonnière jusqu'à Palerme. Durant les débats de la Chambre des députés du 16 janvier 1834, Denis Larabit, un ami d'Alfred de Vigny, se plaint de l'autoritarisme du ministère Soult et de la manière dont Bugeaud s'acquitte de la garde de la duchesse. De nombreux royalistes considèrent en effet qu'il ne respecte pas celle-ci, perdant ainsi tout honneur, ce qui lui vaut le surnom d'« ex-geôlier de Blaye ». Bugeaud l'aurait alors interrompu par ces mots : « L'obéissance est le premier devoir du soldat. » Un autre député, François-Charles Dulong, fils naturel de Dupont de l'Eure, aurait alors demandé, caustique : « Même si on lui demande de devenir geôlier ? ». C'est cet incident qui aurait provoqué, le 27 janvier 1834, le duel entre Bugeaud et Dulong, qui y meurt d'une balle dans la tête.
« L'homme de la rue Transnonain »
Au cours de l'insurrection parisienne des 13 et 14 avril 1834, le général Bugeaud reçoit d'Adolphe Thiers, ministre de l'intérieur, l'ordre de réprimer durement le mouvement : « Il faut tout tuer. Amis, pas de quartier, soyez impitoyables. » Les 40 000 hommes des troupes destinées à écraser cette insurrection sont divisés en trois brigades, dont l'une commandée par Bugeaud. Lors de l'attaque d'une barricade par l'armée, rue Transnonain (aujourd'hui rue Beaubourg), un officier est, selon la thèse officielle, blessé d'un coup de feu parti d'une maison voisine. Les soldats du 35e de ligne, sous les ordres du général Lascours, pénètrent dans la maison, tuent douze habitants désarmés et en blessent de nombreux autres (hommes, femmes, vieillards, enfants). Bien que l'endroit ne soit pas dans la circonscription assignée à la brigade de Bugeaud et que lui-même n'y ait nullement participé, la haine du peuple lie son nom à ce massacre et, malgré les déclarations contraires, persistera à le stigmatiser comme « l'homme de la rue Transnonain ».
Il se consacre ensuite principalement aux affaires agricoles et propose, en 1840, une loi visant à créer des chambres d'agriculture, qui n'est pas adoptée. Il est réélu député de la circonscription d’Excideuil aux élections de 1834, 1837, 1839, 1841, 1842 et 1846.
Bientôt, le général Bugeaud est envoyé en Algérie le 6 juin 1836 avec ordre d'écraser la résistance d'Abdelkader. Il remporte un premier succès à la Sikkak le 6 juillet 1836. À l'époque du ministère Molé, il est lieutenant général. La résistance des Algériens remet en cause tous ses projets et le contraint à signer le traité de la Tafna avec l'émir Abdelkader le 30 mai 1837. Par ce traité, Abdelkader reconnaît aux Français la possession d'enclaves stratégiquement très importantes que sont Alger et Oran.
Rentré en France, Bugeaud déconseille, par son rapport, la conquête de l'Algérie et déplore une « possession onéreuse dont la nation serait bien aise d'être débarrassée ». Il préconise le maintien des territoires conquis sous statut militaire, pour éviter toute colonisation de peuplement. Ce statut perdurera jusqu'en 1870.
Bugeaud, lieutenant-général depuis le 25 août 1836 et grand officier de la Légion d'honneur, est cependant nommé gouverneur général de l'Algérie par le ministre Thiers en 1840. Il embarque à Toulon pour Alger sur le Phaéton, le 19 février 1841, en compagnie de son aide de camp Eynard, chef d'escadron, et de Louis de Rochemore, son officier d'ordonnance. Le jour même de son arrivée à Alger, le 22 février 1841, Bugeaud adresse une proclamation aux habitants européens de l'Algérie et une autre à l'armée. Aux Européens, il expose qu'il a été l'adversaire de la conquête absolue en raison des moyens humains et financiers qu'elle exige, mais qu'il s'y consacrerait désormais tout entier. À l'armée, il dit que son but n'est pas de faire fuir les Arabes, mais de les soumettre.