Thomas Becket, ou Thomas À-Becket ou Thomas de Londres dit saint Thomas de Cantorbéry né à Londres le 21 décembre 1118 ou 1120, et mort à Canterbury le 29 décembre 1170, est archevêque de Cantorbéry de 1162 à 1170. Au cours des années 1160, il est engagé dans un conflit avec le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt sur les droits et privilèges de l'Église catholique d'Angleterre. À la suite de cela, il est assassiné par des partisans du roi en 1170.
Il est canonisé en 1173 dans la cathédrale de Cantorbéry, devenue lieu de pèlerinage. Il est considéré comme un saint et un martyr par l'Église catholique et la Communion anglicane.
Vie avant l'accession à l'épiscopat
Il est né au cœur de Londres, rue Cheapside, en 1118 ou 1120, le jour de la Saint Thomas. Son père Gilbert, originaire de Thierville en Normandie, était un petit propriétaire terrien et peut-être un chevalier. Selon une légende forgée trois siècles après le martyre de Thomas Becket, mais insérée rétrospectivement dans l'hagiographie du XIIe siècle Life of St Thomas d'Edward Grim (en), son père Gilbert Beckett aurait rencontré sa mère Mathilde alors qu'il était en croisade en Terre sainte. Gilbert fut capturé par des Sarrasins, devint esclave d'un musulman dont la fille Mahatz (appelée aussi Roesia et plus tard Mathilde) le délivra par amour. Cette légende a été reprise au XIXe siècle par les historiens romantiques, dont Froude et Sharon Turner en Angleterre et Amédée Thierry, ainsi que Jules Michelet en France.
Il reçut une excellente éducation à l’école-cathédrale de Canterbury, complétée par des études à Bologne, alors le centre majeur en Occident pour la science juridique.
De retour en Angleterre, il attira l’attention de Thibaut du Bec, archevêque de Cantorbéry, qui lui confia plusieurs missions importantes à Rome et le fit nommer archidiacre de Cantorbéry et prévôt de Beverley. Il se distingua par son zèle et son efficacité, aussi Thibaut du Bec le recommanda-t-il au roi Henri II quand le haut poste de primat d'Angleterre fut vacant. Il fut élevé à cette dignité le 11 janvier 1155.
Henri II, comme tous les rois issus de Normandie et d'Anjou, désirait être le maître absolu, tant de son royaume que de l’Église d'Angleterre, et pouvait, pour ce faire, s'appuyer sur les traditions de sa maison. Il le fit quand il voulut se débarrasser des privilèges du clergé anglais qu’il voyait comme autant d'entraves à son autorité. Thomas Becket lui parut être l’instrument adapté pour accomplir ses desseins ; ce dernier se montra dévoué aux intérêts de son maître et un agréable grand ami tout en maintenant avec diplomatie une certaine fermeté, de sorte que personne, sauf peut-être Jean de Salisbury, n’aurait pu douter de sa totale fidélité à la cause royale.
Le roi Henri II envoya son fils Henri le Jeune, plus tard le jeune roi, vivre au domicile de Becket qui devint son précepteur et maître d'armes, comme c’était la coutume pour les enfants nobles d’être accueillis dans une autre maison. Plus tard, ce sera une des raisons pour lesquelles « le jeune roi » se retourna contre son père, s’étant affectivement attaché à son tuteur Becket.
L’archevêque de Cantorbéry Thibaut du Bec mourut le 18 avril 1161, et le chapitre apprit que le roi proposait Thomas Becket comme successeur. Il se rallia, avec quelque indignation, à l’avis royal ; l’élection eut lieu en mai 1162, et il fut consacré le 3 juin 1162.
Dès qu’il fut nommé, une transformation radicale du caractère du nouveau primat s’opéra, à la stupéfaction générale du roi et de tout le royaume. Le courtisan gai et amant des plaisirs fit place à un prélat ascétique en robe de moine, prêt à soutenir jusqu’au bout la cause de sa hiérarchie. Dans la Légende dorée, Jacques de Voragine raconte qu’il se mortifiait en portant le cilice caché sous ses habits et que, chaque soir, il lavait les pieds de treize pauvres, les nourrissait, et les renvoyait avec quatre pièces d'argent.
Devant le schisme qui divisait l’Église, il se déclara pour le pape Alexandre III, fidèle à un homme voué aux mêmes principes hiérarchiques, et il reçut le pallium d’Alexandre au concile de Tours.
À son retour en Angleterre, Becket mit immédiatement à exécution le projet qu’il avait préparé, de libérer l’Église d’Angleterre des limitations mêmes qu’il avait contribué à faire appliquer. Son but était double : l’exemption complète de l’Église de toute juridiction civile, avec un contrôle exclusif de sa propre juridiction par le clergé, liberté d’appel, etc., et l’acquisition et la sécurité de la propriété comme un fonds indépendant.
Le roi comprit rapidement le résultat inévitable de l’attitude de Becket, et convoqua le clergé à Westminster le 11 octobre 1163, demandant l’abrogation de toute demande d'exemption des juridictions civiles, et que soit reconnue l’égalité de tous les sujets devant la loi. Le haut clergé tendait à consentir à la demande du roi, ce que refusa l’archevêque. Henri II n’était pas prêt à une lutte ouverte et proposa un accord plus vague relevant de la coutume de ses ancêtres. Becket accepta ce compromis, en maintenant cependant des réserves sur la sauvegarde des droits de l’Église. Rien ne fut résolu, et la question restait ouverte. Henri II quitta donc Londres très content.
Henri II convoqua une autre assemblée à Clarendon le 30 janvier 1164 où il présenta ses demandes en seize points. Ce qu’il demandait impliquait un relatif recul par rapport aux concessions faites aux Églises par Henri Ier lors du concordat de Londres en 1107, puis par le roi Étienne d'Angleterre en 1136, mais se situait dans la droite ligne d'une monarchie qui, depuis l’époque de Guillaume le Conquérant, entendait gouverner sans partage toutes les affaires du royaume. Les constitutions de Clarendon représentaient cependant une codification écrite, plus contraignante que la coutume qui prévalait jusque-là, et surtout entendaient placer tous les sujets du roi, y compris les clercs, de plus en plus nombreux, sur un pied d’égalité judiciaire (ce qui signifiait aussi percevoir les amendes afférentes aux condamnations), tous ne relevant que des tribunaux royaux. Le roi s’employa à obtenir l’accord du clergé et apparemment l’obtint, sauf celui du primat.
Becket chercha encore à parvenir à ses fins par la discussion, puis il refusa définitivement de signer. Cela signifiait la guerre entre les deux pouvoirs en place. Henri essaya de se débarrasser de Becket par voie judiciaire et le convoqua devant un grand conseil à Northampton le 8 octobre 1164, pour répondre de l'accusation de contestation de l'autorité royale et malfaisance dans son emploi de chancelier.
Une autre raison de leur désaccord fut son refus d'autoriser le mariage de Guillaume Plantagenêt, vicomte de Dieppe et frère du roi d'Angleterre Henri II, avec Isabelle de Warenne, pour cause de consanguinité.
Becket dénia à l'assemblée le droit de le juger. Il fit appel au pape et, sentant que sa vie était trop précieuse pour l'Église pour être risquée, partit en exil volontaire. Le 2 novembre 1164, il embarque à Sandwich, sur un petit bateau de pêcheurs, et gagne le port de Gravelines qui le débarqua en Flandre. Dans une lettre célèbre alors adressée au pape, il exalte le principe de la supériorité pontificale, notamment en matière judiciaire. Il s'en prend surtout à l'attitude des autres évêques anglais qui sont ralliés au roi et qui, selon lui, méconnaissent le principe de hiérarchie ecclésiastique. Il alla à Sens, où était réfugié le pape Alexandre III. Ce dernier venait de recevoir des ambassadeurs envoyés par le roi d'Angleterre, qui demandait au pape de prendre des sanctions contre Becket, et réclamait qu'un légat soit envoyé en Angleterre avec autorité plénière pour résoudre le conflit. Le pape Alexandre y opposa son refus et quand, quelques jours plus tard, Becket arriva et lui fit le récit complet de la procédure, le pape lui accorda son soutien.
Henri II poursuivit l'archevêque fugitif avec une série de décrets applicables à tous ses amis et partisans aussi bien qu'à Becket lui-même ; mais Louis VII de France le reçut avec respect et lui offrit sa protection, d'autant qu'il s'agissait là d'un moyen d'affaiblir son royal vassal Plantagenêt (pour ses possessions continentales). Thomas Becket resta presque deux ans dans l'abbaye cistercienne de Pontigny (voir Cîteaux, ordre cistercien) (fin 1164-1166), jusqu'à ce que les menaces d'Henri l'obligent à se rendre de nouveau à Sens où il demeura à l'abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens. Louis VII, comme Alexandre III, organisa diverses missions de conciliation auxquelles prirent part des religieux de divers ordres, notamment chartreux et grandmontains.