Thessalonique (en grec moderne : Θεσσαλονίκη, /θe.sa.lo.ˈni.ci/ ; en langues slaves Солун / Solun, /so.lun/ ; en judéo-espagnol : סאלוניקו / Saloniko ; en aroumain : Sãruna ; en turc : Selânik) ou Salonique (Σαλονίκη / Saloníki, /sa.lo.ˈni.ci/) est une ville de Grèce, chef-lieu du district régional du même nom, située au fond du golfe Thermaïque. Elle est l'actuelle capitale de la périphérie de Macédoine-Centrale en Macédoine grecque et celle du diocèse décentralisé de Macédoine-Thrace. Son titre d'honneur signifie (en grec Συμπρωτεύουσα / Sybrotévousa, /sibroˈtevusa/) la « cocapitale » avec une référence à un statut historique (en grec Συμβασιλεύουσα / Symvasilévousa, /simvasiˈlevusa/) qui signifie littéralement « la ville qui règne aussi sur l'Empire byzantin avec Constantinople ».
L'aire métropolitaine de la ville de Thessalonique compte plus d'un million d'habitants, ce qui en fait la deuxième ville de Grèce en population. Thessalonique est le deuxième centre de la Grèce dans les domaines de la politique, de l'industrie, de la finance et du commerce. Il est aussi un important pôle de transports pour les pays de l'Europe du Sud-Est. Son port commercial joue un rôle capital tant pour le pays que pour l'arrière-pays de l'Europe du Sud-Est. La ville est renommée pour ses festivals, ses manifestations culturelles et sa vie culturelle en général et est considérée comme la capitale de culture de la Grèce. Des événements comme l'Exposition internationale de Thessalonique et le Festival international du film de Thessalonique ont lieu tous les ans, tandis que la ville accueille aussi tous les deux ans la réunion de la diaspora grecque. Thessalonique a été choisie comme capitale européenne de la jeunesse en 2014.
Thessalonique est située dans le nord de la Grèce, à environ 300 km d’Athènes, au fond du golfe Thermaïque s'ouvrant au nord-ouest de la mer Égée. L'agglomération est entourée au nord et à l'est par le massif du Choriártis (en), tandis que s'étend à l'ouest une vaste zone humide formant le parc national de l'Axiós-Loudías-Aliákmonas.
Thessalonique possède un climat semi-aride au borde d'un méditerranéen avec toutefois une influence continentale notable (Köppen : BSk/Csa), (Trewartha: Bsak/Csak). La neige est assez fréquente en hiver et les étés y sont plus humides que dans le reste de la Grèce. Ce sont essentiellement des pluies d'orages.
Thessalonique fut fondée par le roi Cassandre de Macédoine en -315, et baptisée ainsi en l'honneur de son épouse Thessaloniké à qui il offrit la ville en gage de son amour. Le nom de Thessalonique, fille de Philippe II de Macédoine et demi-sœur d'Alexandre le Grand, provient de la contraction des mots Θεσσαλών / Thessalón (« Thessaliens ») et νίκη / níki (« victoire »), en commémoration de la victoire des Macédoniens sur les habitants de Phocide avec l'aide des Thessaliens (voir Thessalie).
Après la conquête romaine, elle devient la capitale de la province de Macédoine. Les Romains en créant la via Egnatia qui relie Dyrrachium à Byzance, font prospérer la ville qui devient une étape incontournable. En 50, saint Paul vient y prêcher le christianisme, nombre de Thessaloniciens se convertissent discrètement.
Plus tard, l'empereur Galère choisit d'y élire domicile et se lance dans la construction de son palais et de nombreux édifices publics. Dans sa lutte contre la chrétienté, il fait de saint Démétrios un martyr, devenu le « saint patron » et protecteur de la ville. Constantin Ier entame en 322 la construction des fortifications ainsi que du port artificiel qui participe au développement économique de la ville. Cependant la fondation de Constantinople, et la concentration du pouvoir politique et religieux qui en découle, ôtent à Thessalonique le rôle central qu'elle pouvait espérer grâce à sa situation géographique. En 390, Théodose Ier fait massacrer la population, qui s'était révoltée, faisant entre sept et dix mille victimes.
À partir du siècle suivant Thessalonique devient la capitale de la préfecture du prétoire d'Illyricum, vaste circonscription de l'empire qui englobe la quasi-totalité de la péninsule balkanique. La romanisation des populations thraces avoisinantes est à l'origine des minorités valaques actuelles, tandis que la christianisation précoce d'une majorité d'habitants fait entrer la ville dans la civilisation byzantine.
Pendant les premiers siècles de l'Empire romain d'Orient, la ville connaît un essor économique constant. Sa position stratégique au débouché de la péninsule balkanique et sur la via Egnatia favorise le commerce et, forte d'une activité portuaire intense, la cité est en relation directe avec Le Pirée et Constantinople. Cette période voit la ville s'enrichir de nombreux monuments et d'imposantes églises telles Sainte-Sophie, l'église de l'Acheiropoiètos et la basilique de Saint-Demetrios, patron de la ville.
À partir de la fin du VIe siècle des tribus slaves s’installent dans l’arrière-pays de Thessalonique. Elles s’organisent en « Sklavinies » qui s’intercalent entre les « Valachies » existantes, et l’empire, aux prises avec les Perses sur le front oriental, préfère les considérer comme des vassaux, qu’intervenir en force. Les Avars établis au nord du Danube exploitent la situation, rassemblent certains Slaves et mènent plusieurs attaques contre la ville tout au long du VIIe siècle.
En 676, pour venger la mort de leur chef Perbound, trois tribus slaves attaquent la ville, assiégée durant deux ans (676-678). Les Bulgares leur succèdent. Cette période de repli dure jusqu’au début du Xe siècle.
Qui plus est, Thessalonique est prise par les Sarrasins en 904. Jean Caminiatès a laissé le récit des atrocités qui s’y déroulèrent. Léon le Tripolitain, renégat grec originaire d’Attalia en Pamphylie, attaque la ville avec 54 navires sarrasins et un peu plus de 10 000 hommes. Caminiatès et les autres habitants de la ville qui n’ont pas été tués, sont réduits en esclavage ou échangés contre rançon. Le Tripolitain repartit avec son butin et 22 000 jeunes gens.
Cependant, le Xe siècle et le début du XIe siècle correspondent à une période de redressement, et l’empire est réorganisé en thèmes. Thessalonique devient la capitale d’un thème qui durera jusqu’au XVe siècle.
Cependant, en 1185, les Normans prennent et détruisent la ville. Puis, en 1204, la ville tombe aux mains des Croisés et devient capitale du royaume de Thessalonique. En 1224, elle est prise par le despote d'Epire, puis revient à l'empire byzantin en 1246. Durant la période Paléologue, la ville est un centre culturel, artistique et religieux important et de nombreuses églises et monastères y sont construits ou restaurés. Elle est aussi au cœur des guerres civiles byzantines et théâtre de la révolte des Zélotes au XIVe siècle. Après être brièvement passée sous le contrôle des Turcs à la fin de ce siècle, elle revient aux Byzantins avant que le dernier despote de Thessalonique, Andronic Paléologue, ne la cède en 1423 à la république de Venise. Ceux-ci ne parviennent pas à empêcher les Ottomans de s'en emparer en 1430 et de la rebaptiser Selanik (Salonique).
Au carrefour des routes terrestres et maritimes, Salonique tient une place importante dans l'économie ottomane. Comme la majorité des villes portuaires, elle est cosmopolite et la coexistence entre les trois grandes communautés : musulmane, orthodoxe et juive, entraîne une sorte d'émulation dans les domaines économique, religieux et culturel. Salonique devient ainsi la ville ottomane la mieux fournie (proportionnellement à sa population) en établissements scolaires dont se sont dotées les différentes communautés. Son élite libérale et intellectuelle fait qu'au milieu du XIXe siècle, à l'époque des Tanzimat, elle est choisie comme capitale du vilayet de Salonique, créé en 1867, et comme laboratoire des réformes urbaines mises en place par le pouvoir ottoman dans sa stratégie de régénération de l'Empire.
À la suite de l'expulsion des Juifs d'Espagne, de nombreux Juifs sépharades se sont installés à Salonique formant l'une des plus importantes communautés juives d'Orient et constituant durant plusieurs siècles la majorité des habitants de cette cité. À partir du XVIIe siècle et jusqu'au rattachement à la Grèce en 1912, la ville fut centre du mouvement messianique juif, déclenché par Sabbataï Tsevi. Les Sabbatéens y étaient regroupés jusqu'à l'échange de populations qui les conduisit en Turquie dans les années 1920.