Theodore Philip Stephanides ou Theódoros Stefanídis (grec moderne : Θεόδωρος Στεφανίδης ; 21 janvier 1896 à Bombay, Raj britannique - 13 avril 1983 à Kilburn, Londres) est un poète gréco-britannique, également traducteur, médecin, naturaliste et scientifique. Il est principalement connu comme l'ami et le mentor du célèbre naturaliste et écrivain Gerald Durrell, qui en fait l'un des personnages importants des récits autobiographiques portant sur la période qu'il a vécue dans l'île grecque de Corfou, de 1935 à 1939. L'ensemble de ces récits est connu sous le nom de Trilogie de Corfou, qui comprend : Ma famille et autre animaux, Oiseaux, bêtes et grandes personnes et Le Jardin des dieux. Il apparaît également dans Fillets of Plice, non traduit en français à ce jour. Lawrence Durrell, romancier, frère aîné de Gerald, l'évoque aussi dans Prospero's Cell, ainsi qu'Henry Miller dans Le Colosse de Maroussi.
Polymathe, Stephanides est un scientifique et un médecin respecté ainsi qu'un poète de langue anglaise renommé. Il traduit un important corpus de poésie grecque en anglais, notamment de nombreuses œuvres du poète grec Kostís Palamás, le récit proche du genre épique Erotókritos du poète crétois Vitzentsos Kornaros, ainsi que des dizaines de poèmes courts de Sappho et d'autres auteurs grecs de l'Antiquité.
Biologiste de valeur, Stephanides donne son nom à quatre espèces. Trois d'entre elles, Cytherois stephanidesi, Thermocyclops stephanidesi et Schizopera stephanidesi, sont des organismes aquatiques microscopiques et la quatrième, Arctodiaptomus stephanidesi, est un crustacé (copépode) décrit sous le nom Diaptomus stephanidesi par Otto Pesta en 1935.
Theodore Stephanides est l'auteur en 1948 d’Une étude de la biologie des eaux douces de Corfou et de quelques autres régions de Grèce (A Survey of the Freshwater Biology of Corfou and of Some Other Regions of Greece), un traité qui fait encore référence. Son récit autobiographique de la bataille de Crète, Climax in Crete (1946), et son ouvrage semi-fictif sur Corfou et les Îles Ioniennes, Island Trails (1973), rencontrent le succès par le passé mais sont maintenant épuisés.
Theodore Philip Stephanides naît à Bombay, en Inde, de Philip (Fílippos) Stephanídis, originaire de Thessalie, en Grèce, et de Caterina Ralli, née et formée à Londres. Son père, qui travaille pour la société internationale des Frères Ralli (Ralli Brothers), dont la famille est originaire de Chios, en Grèce, épouse la fille du patron. Théodore passe ses premières années à Bombay. Sa langue maternelle était l'anglais, qu'il parlait avec un net accent britannique. Lorsque son père prit sa retraite en 1907, la famille s'installa à Corfou, où la famille Ralli avait un domaine. C'est alors seulement que Theodore apprit le grec, à l'âge de onze ans.
La Première Guerre mondiale et la guerre gréco-turque (1919-1922)
Pendant la Première Guerre mondiale, qui commença alors qu'il avait dix-huit ans, Theodore Stephanides servit comme artilleur dans l'armée grecque sur le front macédonien, après quoi il participa à la désastreuse campagne anatolienne de 1919-1922.
Par la suite, Stephanides rédigea un compte rendu de la période au cours de laquelle il servait dans les brigades de l'artillerie grecque, en Macédoine, en 1917-18. Il déposera une copie du texte dactylographié (non publié) à l’Imperial War Museum de Londres dans les années 1970. Commencé dans les années 1920, achevé en 1931, révisé dans les années 1960, et intitulé Pot-pourri macédonien (Macedonian Medley), ce récit était basé sur un journal tenu au quotidien pendant ses deux périodes d'engagement sur le front macédonien (de juin 1916 à février 1918 et d'août à octobre 1918).
Stephanides servit dix-huit mois dans un secteur du front macédonien où aucune bataille majeure n'eut alors lieu. il s'agissait de la zone située au sud de Ghevgheli (occupée par les Bulgares), à proximité des villes de Kilkís et Isvor (en territoire allié). Les lignes de front ne bougèrent guère pendant cette période. Stephanides se déplaçait beaucoup car une grande partie de son travail consistait à poser des lignes téléphoniques et électriques entre les positions et, du fait qu'il parlait anglais, français et grec, il était également souvent envoyé pour assurer la liaison avec les unités britanniques et françaises positionnées à proximité.
En 1921–1922, Il fut arrêté et traduit en cour martiale pour avoir « insulté » le roi Constantin Ier de Grèce. Ses opinions politiques et ses critiques des autorités militaires grecques furent à l'origine de cette situation.
Il existe des projets de publication de Macedonian Medley
Les expériences de Stephanides pendant la guerre ne furent pas très fructueuses, mais les récits qu'il en tira sont caractéristiques de son humour caustique et firent les délices de ceux qui découvrirent ainsi les situations étranges dans lesquelles il se trouva. Ainsi, Alan G.Thomas, un ami proche de Stephanides et de Lawrence Durrell, éditeur du livre de ce dernier Spirit of Place, mentionne l'incident amusant suivant survenu pendant la guerre:De temps en temps, Théodore se souvient de la période où il servait comme artilleur. Aucun homme, semble-t-il, ne pouvait être nommé officier d'artillerie à moins d'avoir dirigé le feu au moins une fois. À cette époque, les armées alliées étaient enfermées dans un territoire étroit, chaque unité étant située presque au-dessus de l'autre. Théodore reçut les données relatives à un exercice la nuit précédente, et, déterminé à réussir, étudia le sujet avec la rigueur scientifique qui le caractérisait. Le grand moment arriva, le canon fit feu : le projectile atterri sur une tente de l'équipe médicale, sous laquelle une intervention chirurgicale était en cours... Certain de l'exactitude de ses calculs,Théodore insista pour qu'ils soient vérifiés. Il s'avéra qu'ils étaient exacts mais qu'ils étaient basés sur le nord vrai alors que le canon avait été placé en référence au nord magnétique. «Je suis probablement le seul médecin», a l'habitude de se rappeler Théodore en souriant, «qui ait laissé tomber un obus dans une salle d'opération».Les expériences de Stephanides au cours de la campagne d'Anatolie furent tout aussi désastreuses. Gerald Durrell, qui tenait l'anecdote de Stephanides lui-même, rapporte que ce dernier se vit confier par son commandant la direction des troupes entrant dans Smyrne. À cette occasion, il montait un cheval blanc. Voici ce qu'il disait :Alors que je chevauchais en tête de colonne, une vieille femme surgit d'une rue latérale et se mit à lancer de l'eau-de-Cologne. Cela ne dérangea pas le cheval jusqu'à ce que, par malheur, un peu d'eau de toilette atteignît ses yeux. Il était plutôt accoutumé aux défilés ainsi qu'à l'enthousiasme des foules, entre autres choses, mais pas du fait d'avoir les yeux aspergés d'eau-de-Cologne. Il en fut perturbé... euh... au point de se comporter davantage comme un cheval de cirque que comme un destrier. Je ne réussis à rester en selle que parce que mes pieds s'étaient coincés dans les étriers. La colonne dut rompre les rangs pour tenter de le calmer, mais il était tellement bouleversé que le commandant jugea déraisonnable de le laisser participer à la suite du défilé. Ainsi, pendant que la colonne poursuivait sa route dans les rues principales au son des orchestres et sous les vivats de la foule, je dus m'éclipser par les ruelles sur mon cheval blanc, tous deux, pour ajouter à la honte, empestant l'eau-de-Cologne.
Années 1920: études de médecine à Paris et traduction de poésie
De 1922 à 1928, Stephanides étudie la médecine à l'Université de Paris. Il se spécialise en radiologie et compte, parmi ses professeurs, Marie Curie. C'est à Paris qu'il découvre et se passionne pour l'astronomie, qui restera toute sa vie son principal centre d'intérêt, comme en témoignent nombre de ses poèmes. Il est encouragé dans cette voie par l'un des principaux astronomes français, Camille Flammarion, qui souhaite en faire son principal élève et son héritier.