Hòa thượng Thích Quảng Đức, né Lâm Văn Tức en 1897 et mort le 11 juin 1963, est un bonze vietnamien, bouddhiste mahāyāna, célèbre pour s'être immolé par le feu le 11 juin 1963 à Saïgon, en signe de protestation contre la répression anti-bouddhiste ordonnée par le président catholique Ngô Đình Diệm.
Le cliché de la scène de l'auto-immolation, largement diffusé dans la presse internationale, fait dire au président John Fitzgerald Kennedy : « Aucune photo de presse n'a suscité autant d'émotion dans le monde que celle-ci ».
Elle vaut à son auteur, Malcolm Browne, le prix World Press Photo of the Year en 1963, et le prix Pulitzer en 1964, catégorie International Reporting, qui lui est conjointement décerné avec David Halberstam, autre journaliste américain à avoir couvert l'évènement.
Cette photo provoque un impact psychologique considérable sur l'opinion internationale, et met la pression sur le pouvoir vietnamien. Dans un premier temps, Diệm, promet des réformes, espérant calmer les bouddhistes. Mais les promesses ne sont pas tenues et la situation se détériore davantage. Et alors que les manifestations se poursuivent, les Forces spéciales de l'armée de la République du Viêt Nam, fidèles à Ngô Đình Nhu, le frère de Diem, mènent une répression féroce à l'échelle nationale. Elles détruisent de nombreuses pagodes et s'emparent du cœur de Thich Quảng Đức. D'autres moines, nonnes et laïcs vietnamiens s'immoleront ensuite. Les pertes humaines et matérielles sont considérables.
Finalement, ces excès conduisent les États-Unis à soutenir activement le coup d'État pour renverser Diệm, qui est assassiné le 2 novembre 1963.
Les informations sur la vie de Thích Quảng Đức proviennent de diverses organisations bouddhistes. D'après celles-ci, il est né dans le village de Hội Khánh, dans le district de Vạn Ninh de la province de Khánh Hòa au centre du Viêt Nam.
Son nom de naissance est Lâm Văn Tức. C'est l'un des sept enfants de Lâm Hữu Ứng, son père, et de Nguyễn Thị Nương, sa mère.
À l'âge de sept ans, il commence a étudier le bouddhisme auprès du Hòa thượng (« Très Vénérable » en vietnamien) moine Thích Hoằng Thâm, son oncle maternel qui devient son premier Maître spirituel. Celui-ci l'élève comme son fils. Par la suite, le jeune Lâm Văn Tức change son nom pour s'appeler désormais Nguyễn Văn Khiết.
À l'âge de quinze ans, il fait vœu de devenir shramanera (moine novice). Puis, à l'âge de vingt ans, il est ordonné moine (Bhikkhu) sous le nom dharmique de Thích Quảng Đức. Après son ordination, il décide de se retirer à la montagne, à proximité de Ninh Hòa, afin d'y faire une retraite en solitaire durant trois ans.
Au terme de cette période d'isolement, il décide de retourner à la vie sociale et fonde la pagode Thien Loc, située sur la même montagne.
Ensuite, pendant deux ans, il mène une vie de moine itinérant dans le centre du Viêt Nam afin d'y diffuser l'enseignement du dharma, avant de se fixer à la pagode Sac Tu Thien An près de la ville côtière de Nha Trang.
En 1932, il est nommé inspecteur de l'Association bouddhiste de Ninh Hòa, puis inspecteur des moines de la province de Khánh Hòa. Durant cette période passée dans le centre du Viêt Nam, il assume en outre la responsabilité de la construction de 14 pagodes. En 1934, il s'installe dans le Sud, et parcourt les provinces pour y diffuser les enseignements du bouddhisme. Il se rend également au Cambodge, où, pendant deux ans, il étudie les enseignements de la tradition theravāda, avant de revenir au Viêt Nam, où il se réinstalle.
Il supervise la construction de dix-sept nouvelles pagodes, soit au total 31 lieux de culte érigés sous sa responsabilité. La dernière d'entre elles, dédiée à la déesse Quán Thế Âm (sanskrit IAST Avalokiteśvara), est située dans le district de Phú Nhuận, province de Gia Định, en banlieue de Saïgon (la rue dans laquelle elle a été construite, a été renommée rue Thich Quang Duc en 1975).
Après la période consacrée à la construction de ces édifices religieux, il est simultanément nommé président du Groupe des Experts des Cérémonies et Rites de la Congrégation des moines vietnamiens, et moine supérieur de la pagode Phuoc Hoa, qui était alors le siège de l'Association des Études Bouddhistes du Vietnam (AEBV).
Lorsque le siège de l'association sera transféré à la pagode Xá Lợi, alors principale pagode de Saïgon, il démissionnera de ses fonctions de moine supérieur.
Les enquêtes démographiques de l'époque font ressortir qu'entre 70 et 90 % de la population vietnamienne est bouddhiste.
Ngô Đình Diệm, qui appartient à la minorité catholique, mène une politique de discrimination à tous les niveaux de l'État : attribution des postes au sein des services publics, nomination des hauts-gradés de l'Armée, attributions de terrains, avantages fiscaux et commerciaux, favorisent exclusivement les membres de la communauté catholique. Un jour, oubliant — ou ignorant — qu'il s'adressait à un officier supérieur bouddhiste, Diem lui dit : « Placez vos officiers catholiques aux postes sensibles. On peut leur faire confiance ! ».
De nombreux officiers se convertissent au catholicisme afin de favoriser leurs carrières. En outre, dans les villages, les armes à feu d'auto-défense ne sont distribuées qu'aux paysans convertis. Certains prêtres entretiennent leurs propres milices armées, convertissent de force, pillent les villages et brûlent les pagodes. Ceci en toute impunité, car les autorités gouvernementales ferment les yeux sur leurs agissements.