Théodore Studite, Théodore le Studite ou le Stoudite, c'est-à-dire le moine du Stoudion, né à Constantinople en 759 et mort dans le golfe de Nicomédie le 11 novembre 826, est une des plus grandes figures de l'Église de Constantinople et un fervent défenseur de l'iconodulie.
C'est un saint chrétien fêté le 11 novembre en Occident et le 12 novembre en Orient (dormition) et le 26 janvier pour les orthodoxes (translation de ses reliques dans le monastère du Stoudion).
Il existe trois recensions de la Vita Theodori Studitæ, désignées par les lettres A (BHG 1755), B (BHG 1754) et C (BHG 1755d). Les deux premières sont reproduites dans le vol. 99 de la PG (Vita A col. 113-232 ; Vita B col. 233-328). Pour la Vita C : éd. V. Latišev, « Vita S. Theodori Studitæ in codice Mosquensi musæi Rumianzoviani no 250 », Vizantiskij Vremennik XXI, 1914, p. 258-304. La plus ancienne serait la Vita B, attribuée à un moine Michel, qui date de la fin du IXe siècle (après 868, année de la mort de l'higoumène Nicolas le Studite, soit un demi-siècle après la mort de Théodore). Cette Vita B paraît avoir servi de modèle aux deux autres : la Vita A en est un embellissement du Xe siècle ; la Vita C, plus tardive, mêle les deux.
Aux Vies, il faut joindre la « lettre encyclique » rédigée après la mort de Théodore par son disciple et successeur désigné Naukratios (Encyclica de obitu S. Theodori, en PG 99, col. 1824-49) et le texte anonyme sur la translation des restes de Théodore et de son frère au Stoudion (Translatio Theodori et Iosephi fratris, éd. Charles Van de Vorst, « La translation de saint Théodore Studite et de saint Joseph de Thessalonique », Analecta Bollandiana 32, 1913, p. 27-62).
Sinon les informations viennent principalement de l'œuvre même de Théodore, notamment les oraisons funèbres de sa mère Théoctiste et de son oncle Platon, et son abondante correspondance (560 lettres conservées, à partir de 796, jusqu'à sa mort).
Une grande famille de Constantinople
Théodore est né à Constantinople en 759 dans une famille de très hauts fonctionnaires: son père Photin était tamias tôn basilikôn chrêmatôn (c'est-à-dire sans doute sacellaire, ministre des finances), sa mère Théoctisté. Une trentaine de membres de sa parenté sont connus dans les documents de l'époque, dont Théodote, la deuxième femme de l'empereur Constantin VI. Son frère est saint Joseph de Thessalonique (762-832). L'higoumène saint Platon est son oncle maternel.
Il reçut une éducation soignée, conforme à son rang social, dans les disciplines enseignées à l'époque: la grammaire, la rhétorique et la prosodie antiques, la logique d'Aristote; sa mère Théoctiste était autodidacte (étant restée très jeune orpheline, son éducation avait été négligée), mais elle passait une partie de ses nuits à s'instruire en lisant le Psautier, et était très soucieuse de l'éducation de ses enfants. L'oncle maternel Platon (735-814), lui-même haut responsable de l'administration fiscale, avait abandonné son office pour embrasser la vie religieuse en 759, année de naissance de Théodore, et vécut ensuite comme moine au monastère des Symboles en Bithynie. Il semble qu'à cette époque la famille, bien que très pieuse, n'ait pas vraiment pris position sur la question du culte des images.
Vers 780, après la mort de l'empereur Léon IV, Platon rendit visite à la famille de sa sœur à Constantinople, et persuada tout le monde de se convertir à la vie monastique: Théodore, son père Photin, ses deux frères Joseph et Euthyme et trois frères de Photin partirent avec lui pour la Bithynie où ils fondèrent, sur son ancienne propriété de Boskytion, à l'emplacement d'un oratoire préexistant, un nouveau monastère appelé Sakkoudion. Platon en fut l'higoumène, et Théodore son bras droit. Les femmes de la famille (dont Théoctiste et sa fille) étaient aussi entrées en religion à Constantinople.
À partir de l'élévation de Taraise au patriarcat, en 784, les moines du Sakkoudion soutinrent l'entreprise de restauration du culte des images, accomplie avec le deuxième concile de Nicée en 787. Peu après ce concile, Théodore fut ordonné prêtre par Taraise. En 794, il devint formellement higoumène du Sakkoudion, tandis que son oncle Platon se retirait de toute activité et se vouait au silence.
La même année, l'empereur Constantin VI décida de répudier son épouse Marie d'Amnia pour épouser la koubikoularia (suivante) de celle-ci, Théodote, qui était devenue sa maîtresse (et se trouvait être une cousine de Théodore). Les accusations portées contre Marie d'Amnia étant fumeuses, le patriarche Taraise aurait tenté quelque temps de résister, mais finalement il céda et autorisa le nouveau mariage, célébré non par lui-même, mais par Joseph, un prêtre de Sainte-Sophie.
C'est alors que Théodore se posa en défenseur de l'« acribie », l'application stricte de la loi religieuse, sans considération des circonstances ni des personnes: il dénonça le mariage illégitime et exigea l'excommunication du prêtre Joseph et de tous ceux qui avaient, après sa forfaiture, maintenu avec lui la communion (ce qui concernait apparemment l'empereur, le patriarche et toute la cour). Constantin semble avoir tenté d'amadouer Théodore et Platon, qui, par le mariage litigieux, étaient devenus ses parents par alliance: prenant les eaux aux thermes impériaux de Pruse, il les invita à venir le rencontrer, mais ils refusèrent.
Ulcéré, l'empereur envoya des troupes au Sakkoudion pour les arrêter, disperser les moines et fermer le monastère. Théodore fut fouetté et exilé avec dix autres moines à Thessalonique; Platon fut incarcéré à Constantinople. Les exilés arrivèrent à Thessalonique en mars 797, mais n'y restèrent pas longtemps: en août de la même année, Constantin fut renversé et eut les yeux crevés sur l'ordre de sa propre mère Irène, qui annula aussitôt les condamnations. Le prêtre Joseph fut destitué, et Théodore reçu au palais par l'impératrice (qui, ayant pris le pouvoir, se fit d'ailleurs appeler « empereur »). Ainsi prit fin provisoirement l'histoire assez embrouillée qui est restée dans l'histoire sous le nom de « schisme mœchien » (du grec moichios, « relatif à un adultère »).
Refondation du monastère du Stoudion
Théodore et ses compagnons retournèrent au Sakkoudion, mais bientôt, en 798 ou 799, Irène l'Athénienne invita Théodore et Platon à venir s'installer à Constantinople pour relever l'ancien monastère Saint-Jean de Stoudios, fondé au Ve siècle par le dignitaire de ce nom, mais à l'époque, semble-t-il, à peu près abandonné. Cette proposition fut peut-être en partie motivée par les raids qu'effectuaient alors les Arabes en Asie Mineure, et qui arrivaient désormais jusqu'en Bithynie ; également, le monachisme prôné par Théodore était fort peu porté à l'isolement dans un désert et à la rupture avec la vie sociale, et qu'en tout cas l'installation en milieu urbain ne le contrariait en rien.
Théodore se lança dans des travaux très importants, fit construire une bibliothèque, un scriptorium et plusieurs ateliers pour assurer l'auto-suffisance du monastère du Stoudion dont il fit rapidement le plus important de la capitale. Il mit en place autour de lui une congrégation, dont faisaient partie le Sakkoudion et au moins trois autres monastères, et qu'il dirigeait par un courrier abondant acheminé régulièrement par ce qui ressemblait à une poste privée. Les homélies qu'il adressait trois fois par semaine à ses moines (les catéchèses) devinrent vite célèbres. Il fit du monastère refondé l'un des centres les plus influents du monachisme byzantin, et en proposa, sur plusieurs points, un nouveau modèle, différent du monachisme oriental des siècles précédents.
Conflit avec les deux Nicéphore
En février 806, le patriarche Taraise mourut et il fallut pourvoir à son remplacement. L'empereur Nicéphore Ier choisit un haut fonctionnaire laïc, son homonyme, à qui on fit franchir en quelques jours tous les échelons de la hiérarchie ecclésiastique (on avait du reste procédé de même en 784 pour Taraise, qui, avant son élévation au patriarcat, était prôtoasêkrêtis, chef de la chancellerie impériale, comme son successeur l'avait été). Les Stoudites élevèrent immédiatement une protestation publique, qui provoqua l'incarcération de Théodore et de Platon pendant vingt-quatre jours.