Une tentative de coup d'État en Turquie a lieu dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, principalement à Ankara et Istanbul. Elle est l'œuvre du « Conseil de la paix dans le pays », une faction des Forces armées turques que le gouvernement turc accuse d'être liée à Fethullah Gülen. La tentative échoue après avoir fait plus de 290 morts et près de 1 500 blessés.
Dans les jours suivants le putsch, les autorités turques entreprennent une série d'arrestations et de renvois au sein des Forces armées du pays, militaires, gendarmes, dans la police, mais aussi de l'enseignement, de la justice, du secteur de la santé, des médias et du secteur privé. Durant la purge, 16 chaînes de télévision accusées d'être proches du mouvement güleniste sont mises hors service et supprimées du satellite Türksat par le Conseil supérieur de l'audiovisuel et 24 journalistes sont arrêtés. L'état d'urgence est décrété pour une durée de trois mois et la Turquie annonce qu'elle va temporairement déroger à la Convention européenne des droits de l'homme.
Le président Recep Tayyip Erdoğan et le AKP mènent alors une purge à grande échelle, 3 millions de citoyens ayant depuis été poursuivis, 527,000 détenus, 160,000 fonctionnaires, juges, militaires, élus, enseignants ont été licenciés car considérés comme favorables aux putschistes, ou à des mouvements d'opposition estimés comme proche de groupes terroristes actifs en Turquie.
Histoire politique marquée par de nombreux coups d'État
Depuis le coup d'État de 1960, la Turquie a connu trois autres putschs en 1971, 1980 et 1997. Il s'agit par ailleurs de la première tentative de putsch qui échoue. Pour la sociologue turque Pınar Selek, « il y a toujours eu un système militariste et une dimension autoritaire » en Turquie car à « chaque période de tension, on coupe la tête du problème par un nouveau coup d’État, sans jamais régler le problème au niveau structurel ».
Critiques à l'égard du pouvoir en place
Le président Erdoğan, élu pour cinq ans le 10 août 2014, après avoir été Premier ministre de 2003 à 2014, est souvent accusé de dérive autoritaire. Ainsi, les putschistes déclarent vouloir « réinstaller l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l'homme et les libertés, assurer que la loi règne à nouveau dans le pays ».
Tensions avec l'Armée et le mouvement Gülen
À partir des années 1980, le mouvement islamiste et conservateur Gülen infiltre l'armée turque, garante de la laïcité. L'état-major procède à plusieurs épurations des écoles militaires, mais l'accession de l'AKP au pouvoir a pour conséquence de faire cesser ces purges et de permettre l'avancement des officiers liés au Gülen.
Après avoir utilisé les réseaux de Gülen et purgé l'armée turque de ses élites kémalistes avec le procès Ergenekon entre 2007 et 2013, Recep Tayyip Erdoğan, qui s'est brouillé avec l'influent Fethullah Gülen en 2013, a accusé celui-ci d'être à la tête d"un « État parallèle » dans le but de nuire au parti au pouvoir. Erdoğan n'a ainsi pas hésité à accuser les sympathisants de Gülen d'être les instigateurs de cette tentative de coup d'État, ce que Gülen a nié.
Vague d'attentats à Istanbul et Ankara
Le putsch était principalement concentré dans les villes d'Istanbul et Ankara, respectivement la plus grande ville et la capitale de la Turquie. Ces deux villes ont connu depuis l'automne 2015 de nombreux attentats terroristes, orchestrés par l'État islamique et des séparatistes kurdes, qui ont fragilisé la Turquie et instauré un climat d'insécurité au sein de la population.
Dans la soirée du 15 juillet 2016, des sources militaires affirment que l'armée a pris le pouvoir. Les putschistes, prétendant s'exprimer au nom de l'état-major de l'armée turque, annoncent que l'opération « vise à rétablir la démocratie ».
Une présentatrice sur la chaîne publique TRT prétendant s'exprimer au nom de l'armée annonce qu'un couvre-feu et la loi martiale sont instaurés et qu'un « Conseil de la paix dans le pays », « yurtta sulh konseyi » en turc, nom que se donnent les putchistes, dirige désormais le pays.
De son côté, dans une allocution à la télévision CNN Türk diffusée via l'application de visioconférence FaceTime, Erdoğan dénonce le « soulèvement d'une minorité au sein de l'armée » et appelle les Turcs à descendre dans les rues pour résister à la tentative de coup d'État. Cette allocution intervient alors que des rumeurs affirment que le président aurait demandé l'asile politique en Allemagne. Toujours via FaceTime, l'ancien président, Abdullah Gül, appelle aussi à contrer le putsch.
Le numéro un et chef d'état-major de l'armée est pris en otage par les forces putschistes, son adjoint et numéro deux reste loyal au gouvernement. Des F-16 putschistes suivent et accrochent l'avion présidentiel au radar mais n'ouvrent pas le feu.
Dans la nuit du 15 au 16 juillet, des F-16 abattent un hélicoptère des putschistes, lesquels auraient disposé d'un maximum de six F-16 de la Akıncı Air Base (en) ravitaillés par deux Boeing KC-135 Stratotanker. De plus, 17 policiers sont tués par des tirs d'hélicoptères à Ankara. Plus tard dans la nuit, dans la capitale, le Parlement turc est bombardé, de même que le palais présidentiel. Au même moment, les putschistes attaquent aussi l’hôtel où séjournait très peu de temps auparavant Erdoğan accompagné de sa famille, qui est situé à Marmaris.
Les sites ayant subi des attaques aériennes putschistes (F-16 précités et hélicoptères, ceux-ci provenant de la Ankara Güvercinlik Army Air Base (en)) sont les suivants :