Le temple d'Artémis à Éphèse ou l'Artemision d'Éphèse (ouest de l'actuelle Turquie) (en grec Ἀρτεμίσιον / Artemísion, en latin Artemisium) est dans l'Antiquité l'un des plus importants sanctuaires d'Artémis, déesse grecque de la chasse et de la nature sauvage. Il était considéré dans l'Antiquité comme la quatrième des Sept Merveilles du monde.
Sur l'emplacement d'un sanctuaire plus ancien, un temple est bâti vers -560 par Théodore de Samos, Chersiphron et Métagénès et financé par le roi Crésus de Lydie. Ses dimensions colossales (137,74 m de longueur et 71,74 m de largeur) et la richesse de sa décoration expliquent sa mention dans seize des vingt-quatre listes des Sept Merveilles du monde qui nous sont parvenues. Il est incendié volontairement en -356 par le berger Érostrate, qui veut se rendre célèbre en détruisant le temple. Son nom sera donné au complexe d'Érostrate, qui pousse les gens à tout pour être reconnus (d'après Cicéron dans son traité De divinatione[réf. à confirmer], cet incendie eut lieu le jour de la naissance d'Alexandre le Grand, soit le 21 juillet -356). Un second temple est bâti au milieu du IVe siècle avant notre ère sur le même plan. Théophraste a écrit dans Histoire des plantes que les portes à son époque sont faites en bois de cyprès, expliquant au passage la qualité de sa conservation. Le temple est pillé et incendié par les Goths en 263 : « Respa, Veduc et Thuruar, chefs des Goths, prirent le bateau et traversèrent le détroit de Hellespont en Asie. Là, ils détruisirent de nombreuses villes populeuses et incendièrent le temple renommé de Diane/Artémis à Ephèse ». Ce temple est également considéré comme un des premiers établissements bancaires au monde : « le sanctuaire disposait de ses propres finances et faisait fonction de banque. Il était inviolable et le droit d'asile, accordé à ceux qui se plaçaient sous sa protection ». Les ruines d'Éphèse se trouvent aujourd'hui dans la partie sud-ouest de la ville turque de Selçuk, à cinquante kilomètres au sud d'Izmir.
Le site sacré d'Éphèse est beaucoup plus ancien que l'Artemision. Pausanias le Périégète décrit, au IIe siècle de notre ère, le sanctuaire d'Artémis comme très ancien. Il affirme avec certitude qu'il est bien antérieur à l'époque de l'immigration ionienne dans la région d'Éphèse, et plus ancien même que le sanctuaire de l'oracle d'Apollon à Didymes. Il dit que les habitants pré-ioniques de la ville étaient lélèges et lydiens. Cette version est confirmée en 1908 par des fouilles menées par D.G. Hogarth qui ont permis d'identifier trois temples successifs construits sur le même emplacement que le temple d'Artémis à Éphèse. De secondes fouilles en 1987-1988 ont également confirmé la version que donne Pausianas de l'histoire précédant la construction du temple d'Éphèse. Callimaque, dans son Hymne à Artémis, attribue l'origine de la téménos d'Éphèse aux Amazones, dont il imagine déjà un culte centré sur une icône (Bretas) :
« Les belliqueuses Amazones t'élevèrent, jadis une statue, sur le rivage d'Éphèse, au pied du tronc d'un hêtre ; Hippô accomplit les rites et les Amazones, reine Oupis, autour de ton image dansèrent d'abord la danse armée, la danse des boucliers, puis développèrent en cercle leur ample chœur ; [...] Autour de cette statue, plus tard, on construisit un vaste sanctuaire ; la lumière du jour jamais n'en éclaira de plus digne des dieux ni de plus opulent […] »
— Callimaque , Hymnes III à Artémis v. 237-250
Le site d'Éphèse est occupé dès l'âge du bronze, et le premier temple construit sur l'emplacement même du temple d'Éphèse l'a été dans la deuxième moitié du VIIIe siècle avant notre ère. Ce premier temple périptèral à Éphèse est le plus ancien exemple de temple périptèral sur la côte d'Asie Mineure, et peut-être le plus ancien temple de style grec entouré de colonnades.
Au VIIe siècle avant notre ère, une inondation[réf. incomplète] détruit le temple et dépose plus d'un demi-mètre de sable sur le site. Bammer note que, bien que le site soit inondable et ait été rehaussé de près de deux mètres entre les VIIIe et VIe siècles av. J.-C., et de 2,4 m entre le VIe et IVe siècles av. J.-C., le site a été retenu, ce qui signifie selon lui « que le maintien de l'identité de l'emplacement réel joue un rôle important dans l'organisation sacrée » (Bammer 1990:144). Selon Pline l'Ancien, le site a en revanche été sélectionné pour son caractère marécageux, comme précaution contre les tremblements de terre, et non en raison de l'ancienneté de la pratique cultuelle sur le site[réf. incomplète].
Le nouveau temple périptère, construit en marbre, avec une double rangée de colonnes laissant la place pour un large passage cérémoniel autour de la cella, a été conçu et construit autour de -560/-550 par les architectes crétois Chersiphron et son fils Métagénès. Une nouvelle statue cultuelle en ébène est sculptée par Endoios, la précédente ayant été probablement détruite dans l'inondation, et un naïskos pour l'abriter est érigé à l'est de l'autel en plein air. Cette reconstruction a été financée par Crésus, le riche roi de Lydie.
Le temple a attiré de nombreux marchands, rois, et curieux, ainsi que de nombreux fidèles du culte d'Artémis dont beaucoup ont rendu hommage sous forme de bijoux et de diverses marchandises. On y a retrouvé ce qui pourrait être les plus anciennes pièces en électrum (alliage or-argent) ainsi que de nombreux autres objets de valeur. Ce temple était également très respecté comme lieu de refuge, une tradition liée au mythe des Amazones, qui se seraient réfugiées sur le site du temple face à Héraclès et Dionysos.
Le temple fut incendié le 21 juillet 356 av. J.-C. par Érostrate, qui voulait ainsi se rendre célèbre. Apprenant le mobile de l'incendiaire qui avait détruit le temple qui faisait la fierté de tous les Grecs, les magistrats de la Cité le firent torturer et tuer. Il fut interdit que son nom soit prononcé sous peine de mort. Cet arrêt ne fut respecté que vingt-trois ans, jusqu'à l'arrivée d'Alexandre le Grand, qui proposa de financer la restauration du temple. Quand les Éphésiens apprirent la date de naissance de leur bienfaiteur — la même nuit que celle de l'incendie fatal — le nom d'Érostrate fut révélé. Craignant que le triomphe d'Alexandre ne fût de courte durée, les Éphésiens refusèrent diplomatiquement, expliquant qu'il n'était pas convenable à un dieu de dédier un temple à un autre. La reconstruction fut donc financée par plusieurs cités envers lesquelles l'Artémision faisait fonction de banque. Privé de certaines de ses œuvres d'art les plus célèbres par Néron, pillé par une expédition de Goths venus de la mer Noire vers 262, endommagé par des tremblements de terre, le temple fut définitivement fermé, comme les autres temples païens, par l'édit général de Théodose Ier en 391. Le temple est cité dans les Actes des Apôtres, notamment pour l'émeute qu'y déclencha la prédication de Paul de Tarse.
Il n'y a aucune preuve que le culte d’Artémis ait perduré après le passage des Goths ni d'une réparation du temple après 262 ou d'une seconde destruction . Si on sait que Constantin utilisa des pierres de l'empire pour fabriquer le palais impérial de Constantinople, rien ne permet d'affirmer une réutilisation des colonnes du temple d'Artémis. Le petit concile de 401 par les chrétiens ne concernait que l'Église déjà en place sur les lieux[réf. nécessaire].
Après six années de patientes recherches, le site du temple a été redécouvert en 1869 par une expédition commanditée par le British Museum, et conduite par John Turtle Wood. Bien que plusieurs artéfacts et sculptures aient été retrouvés, il ne reste aujourd'hui qu'une unique colonne du temple proprement dit.
Un voyageur britannique, Edward Falkener (en), séjourna en Asie Mineure en 1844-1845 et passa deux semaines à Éphèse. Il y fit un relevé de toutes les ruines qu'il y vit, tentant de reconstituer un plan de la ville. Il publia ses hypothèses en 1862. Il avait identifié (avec raison) les ruines dans la vallée entre le mont Pion et le mont Coressus comme celles de la porte de Magnésie. Il avait alors subodoré (assez justement) que le temple devait se trouver dans l'alignement de la porte.