La Tchécoslovaquie (en tchèque Československo, en slovaque Česko-Slovensko) est un État souverain essentiellement constitué des actuelles Tchéquie et Slovaquie, qui exista en Europe centrale durant 68 ans, sous plusieurs formes constitutionnelles successives, du 28 octobre 1918 au 15 mars 1939 et du 5 avril 1945 au 31 décembre 1992 ; entre ces deux périodes, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle était reconnue de jure par les Alliés mais de facto ne contrôlait pas son territoire, alors occupé par l'Axe et ses satellites.
La Tchécoslovaquie s'est constituée à partir de l'ancien Empire austro-hongrois (1867-1918) : elle réunissait les États actuels de Tchéquie et de Slovaquie ainsi que, de 1919 à 1938, la Ruthénie subcarpathique (aujourd'hui ukrainienne) ; la Tchéquie est elle-même constituée de la Bohême, de la Moravie et de la Silésie tchèque.
La création de la Tchécoslovaquie en 1918 fut l'aboutissement d'un long processus d'émancipation commencé avec la renaissance culturelle des Tchèques, des Slovaques (initiée par Ľudovít Štúr) et des Ruthènes de l'empire multi-national dirigé par la famille des Habsbourg, processus initialement appelé « austroslavisme ». Depuis le VIe siècle, les Tchèques vivaient principalement en Bohême, en Moravie et dans le sud de la Silésie, tandis que des colons allemands appelés « Sudètes » s'étaient installés en périphérie des régions tchèques depuis le XIIIe siècle. À partir de 1526, la maison des Habsbourg régna sur la Bohême et la Moravie où la monarchie élective devint héréditaire après la bataille de la Montagne-Blanche en 1620. La monarchie Habsbourgeoise comptait en outre l'archiduché d'Autriche et les Länder au sud de celui-ci, le royaume de Hongrie, dont faisaient alors partie la Slovaquie et la Ruthénie, et d'autres territoires qu'elle s'adjoignit par la suite en Silésie, aux Pays-Bas, en Italie, et à l'est au détriment de la Pologne, en Transylvanie et jusque dans les Balkans. Le tchèque, le slovaque et le ruthène n'étaient plus parlés que par les classes populaires, en grande partie illettrées, et un processus de germanisation des élites se déroulait en Bohême-Moravie et en Silésie tchèque, tandis que les pays Slovaques et Ruthènes furent l'objet d'un processus parallèle de magyarisation. Ces territoires étaient alors sous domination de la noblesse autrichienne et de la noblesse hongroise, qui possédaient plus de 80% des terres.
Au XIXe siècle, les sujets de l'empire austro-hongrois souhaitèrent s'émanciper de l'aristocratie et faire reconnaître leurs cultures et leurs langues. Bien que les langues tchèque et slovaque soient très proches, la situation sociale et politique des deux peuples était différente à la fin du XIXe siècle : la Bohême-Moravie était la partie la plus industrialisée de l'Autriche et une classe moyenne tchèque commençait à émerger, soutenant la « renaissance tchèque » ; la Slovaquie et la Ruthénie, en revanche, étaient beaucoup plus rurales et plus traditionnellement gouvernées par la noblesse hongroise. Les deux composantes de l'empire austro-hongrois avaient, de plus, une politique différente vis-a-vis de leurs populations slaves : l'Autriche ne cherchait pas à assimiler les Tchèques, les Polonais ou les Slovènes, et introduisit pour eux des représentations ethniques et des droits linguistiques en Bohême-Moravie alors que la Hongrie était déterminée à magyariser la Slovaquie et la Ruthénie hongroise par la scolarisation et en réprimant les aspirations culturelles et politiques autres qu'hongroises ou allemandes. Au Parlement de Budapest, sur 453 députés, 372 étaient magyars car la nation hongroise (47 % de la population du royaume, et environ 20 % en Slovaquie et Ruthénie) était largement sur-représentée.
Vers le début du XXe siècle, l'idée d'une entité commune « Tchéco-Slovaque » commença à être défendue par les dirigeants tchèques et slovaques après que les contacts entre les intellectuels des deux peuples se furent intensifiés dans les années 1890. En dépit des différences, les Slovaques partageaient des aspirations similaires avec les Tchèques et avec les autres Slaves de l'Empire, dont les Ruthènes. Le refus constant des aristocrates austro-hongrois de toute forme d'autonomie des populations slaves, causa finalement la dislocation de l'empire des Habsbourg.
C'est en 1917, durant la Première Guerre mondiale, que Tomáš Masaryk créa le Conseil national tchécoslovaque avec Edvard Beneš et Milan Štefánik. Auprès des Alliés, Masaryk aux États-Unis, Štefánik en France, Beneš en France et au Royaume-Uni œuvrèrent pour faire reconnaître le projet tchécoslovaque en s'appuyant sur le « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » et sur le dixième des « Quatorze points » du président américain Woodrow Wilson. En parallèle à cette démarche diplomatique, alors qu'environ 1,4 million de soldats tchèques, slovaques et ruthènes étaient mobilisés durant la Première Guerre mondiale par l'Autriche-Hongrie (environ 150 000 d'entre eux furent tués), plus de 90 000 volontaires tchèques et slovaques, dont la plupart avaient déserté l'armée austro-hongroise, formèrent les « Légions tchécoslovaques » qui combattirent contre les Austro-Allemands sur le front de l'est, en France et en Italie. Après l'échec des négociations entre l'empereur austro-hongrois Charles Ier et les Alliés, ceux-ci reconnurent durant l'été 1918 le Conseil national tchécoslovaque comme représentant légitime de la future Tchécoslovaquie.
Première République (1918-1938)
Le 30 juin 1918, dans la petite ville de Darney (Vosges), la France a été le premier pays à reconnaître officiellement le Conseil national tchécoslovaque. L'indépendance de la Tchécoslovaquie fut officiellement proclamée le 28 octobre 1918 dans le « Hall Smetana » de la mairie de Prague, lieu éminemment symbolique. Les Slovaques ont officiellement rejoint le nouvel État deux jours plus tard dans la ville de Martin. Une constitution temporaire fut adoptée, qui établissait la « nation tchécoslovaque » comme fondatrice et élément principal de l'État, et Tomáš Masaryk fut déclaré président le 14 novembre. En Ruthénie subcarpatique, Grigor Zatkovitch forma d'abord une république ukrainienne indépendante, avant de se rallier au projet tchécoslovaque pour éviter de revenir sous domination hongroise.
Sous la Première République, la Tchécoslovaquie est une république démocratique parlementaire, mais la nouvelle prééminence tchèque, due au poids démographique des Tchèques et à leur bon niveau moyen d'instruction, n'est pas appréciée par les anciennes élites allemandes et hongroises dépossédées de leurs terres, ni par les Slovaques et les Ruthènes, qui souhaitent davantage d'autonomie. Le traité de Saint-Germain-en-Laye, signé le 10 septembre 1919, reconnut formellement la nouvelle république créée à partir de territoires austro-hongrois majoritairement peuplés de Tchèques, de Slovaques et de Ruthènes, et ses frontières avec l'Autriche et la Pologne, mais incluant aussi une importante minorité de langue allemande dans les Sudètes et des populations hongroises le long de sa frontière avec la Hongrie, reconnue par le Traité de Trianon en juin 1920.
Lors de la guerre civile russe, les légions tchécoslovaques formées de prisonniers austro-hongrois capturés par les Russes furent mobilisées par les forces des Russes blancs face aux Bolcheviks. Elles contrôlèrent un temps le Transsibérien et assurèrent l'évacuation des forces antibolchéviques vers Vladivostok. Tout cela contribua à assurer le soutien des Alliés à la République tchécoslovaque, dont les forces furent également mises à contribution contre la Hongrie bolchévique de Béla Kun et contre ses alliés slovaques ; le ralliement de la Ruthénie de Grigor Zatkovitch fut reconnu au traité de Trianon, en juin 1920. Les petits litiges frontaliers avec la Pologne, concernant Těšín/Cieszyn et deux districts de 580 km2 des anciens comitats de Szepes/Spisz et d'Árva/Orava, sont réglés par le partage de juillet 1920. Concernant Těšín/Cieszyn, le Conseil Suprême des Alliés procède au partage du territoire et de la ville entre la Tchécoslovaquie et la Pologne qui reçoit la moitié nord-est, mais s'estime lésée, parce qu'une minorité polonaise passe sous contrôle tchèque dans la moitié sud-ouest. C'est pourquoi, en septembre 1938, la Pologne participera au démantèlement de la Tchécoslovaquie pour annexer la totalité de l'ancien duché de Těšín/Cieszyn.