Ce Jour-là

Tanis

Site archéologique de Basse-Égypte

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Tanis est le nom grec de l’antique cité de Djanet (Djâni en copte), et aujourd'hui un important site archéologique du nord-est de l'Égypte, sur la branche tanitique du Nil. La première étude de Tanis date de 1798 et de l'expédition de Bonaparte en Égypte. L'ingénieur Pierre Jacotin en dressa le plan qui fut publié dans la Description de l'Égypte. Tanis a été fouillée en 1825 par Jean-Jacques Rifaud, qui y trouva les deux sphinx en granite rose exposés au musée du Louvre, puis par Auguste Mariette entre 1860 et 1864, puis par William Matthew Flinders Petrie de 1883 à 1886. Les travaux ont été repris par Pierre Montet de 1929 à 1956. La Mission française des fouilles de Tanis (MFFT) créée en 1964, a fouillé sous la direction de Jean Yoyotte, puis de Philippe Brissaud, et de François Leclère depuis 2013.

Le visage de l’antique capitale apparaît peu à peu, sortant des brumes d’un site longtemps considéré comme peu intéressant par les égyptologues, ne présentant que peu de vestiges monumentaux, au contraire des sites proches du Caire ou de ceux, en bien meilleur état, de la Haute-Égypte. La découverte des tombes royales par Pierre Montet en 1939 changea la donne. Les travaux et études effectués depuis 1985 ont permis de formuler l’hypothèse que Tanis avait été conçue d’emblée par ses fondateurs comme une Thèbes du Nord.

On distingue encore aujourd’hui les principales parties du temple, grâce à la présence de ces grands obélisques qui marquaient les différents pylônes comme dans d’autres temples. Tous tombés au sol et couchés dans une direction unique, ils semblent avoir été abattus par un violent tremblement de terre durant l’époque byzantine. Ces obélisques forment d’ailleurs l’un des aspects les plus spectaculaires du site. Les archéologues en ont compté plus d’une vingtaine. L'accumulation de vestiges de différentes époques participa à la confusion des premiers archéologues, qui virent en Tanis la ville des temps bibliques dans laquelle les Hébreux auraient subi l’esclavage de pharaon. Pierre Montet, en inaugurant ses grandes campagnes de fouilles dans les années 1930, partait du même postulat, espérant ainsi découvrir des traces qui confirmeraient les récits de l’Ancien Testament. Ses fouilles allaient peu à peu infirmer cette hypothèse, même s'il en fut jusqu’à la fin le défenseur convaincu. Il fallut attendre la découverte de Qantir/Pi-Ramsès et la reprise des fouilles pour que la place de Tanis soit enfin restituée dans la longue chronologie des sites du delta.

La ville a longtemps été considérée comme la capitale de l'Égypte sous Ramsès II. Il n'en est rien, même si certaines traces le laissent paraître, notamment les innombrables blocs inscrits aux noms du célèbre pharaon.

Mais Tanis est surtout connue pour les trésors funéraires issus de la nécropole royale des rois tanites de la XXIe dynastie (tombes de Psousennès Ier, d'Amenemopet, du général Oundjebaoundjed) et de la XXIIe dynastie (sarcophage intact de Sheshonq II, caveaux violés de Takélot Ier, Osorkon II, Sheshonq III et Pami). L'ensemble découvert entre 1939 et 1946 par la mission Montet représente le trésor royal le mieux conservé d'Égypte après celui de Toutânkhamon.

En réalité, les Tanites voulaient reconstituer la capitale du Sud, Thèbes, dans le delta du Nil, une copie en quelque sorte. Mais la ville n'attint jamais la splendeur thébaine.

À l'époque grecque, les souverains lagides embellirent la cité, qui devait être déjà un véritable musée en plein air tant elle comprenait de monuments déménagés, littéralement recomposés des anciens temples précédents sur le site ou importés des anciennes villes pharaoniques, y compris de sites des environs du Caire. C'est de Tanis que proviennent un grand nombre des statues et de colonnes qui ornent les collections des grands musées, y compris du Musée du Caire, comme les fameux sphinx d'Amenemhat III de la XIIe dynastie, dont l'aspect léonin est si singulier.

La cité conserva de l'importance jusqu'à l'époque romaine. Lors de la période byzantine, elle devient le siège d'un évêché. Avec la conquête arabe, elle tombe dans l'oubli comme les autres cités du delta oriental. Victime du même sort que la ville de Ramsès, ses monuments de pierre disparurent sous les coups des carriers et des chaufourniers.

Aujourd'hui, il n'en reste que des ruines, dont celles d'un temple d'Amon avec des obélisques et des statues, ainsi que la nécropole royale et le temple de Mout.

Tanis, nouvelle capitale et nécropole royale

Les fouilles récentes effectuées à Tanis donnent une vision plus claire de la cité antique, qui vécut au rythme des vicissitudes de l'histoire de la Troisième Période intermédiaire puis de la Basse Époque.

Le temple d'Amon était orné de dix obélisques, placés par paires ou bien par groupe. Le téménos comportait un lac sacré et la nécropole royale qui fut utilisée par les pharaons des XXIe et XXIIe dynasties. Un téménos consacré à Mout se trouve au sud-ouest de celui d'Amon, développé selon un axe perpendiculaire.

Le temple consacré à Amon fut fondé au début de la XXIe dynastie. Des traces repérées sur le site suggèrent que la ville apparut à la charnière des XXe et XXIe dynasties. Ce grand temple ne cessa d'être modifié par les souverains des dynasties suivantes, à l'instar du temple d'Amon-Rê de Karnak.

À la suite de ces réaménagements, le temple, orienté est, occupe actuellement le centre de l'enceinte ptolémaïque, alors qu'initialement, l'enceinte de Psousennès, plus petite, le longeait par son mur sud. S'étendant sur une longueur de près de quatre-cents mètres pour une façade de cent mètres de largeur, il ouvrait à l'ouest par la Porte Monumentale, édifiée en granit par Sheshonq III, encadrée de colosses et statues royales. Elle desservait une avant-cour précédant un premier pylône édifié par Osorkon II et doté, à une date inconnue, d'une paire d'obélisques. Dans cette avant-cour, une colonnade palmiforme formait un kiosque monumental. Ces colonnes monolithes sont probablement des remplois de l'Ancien Empire comme les autres colonnes retrouvées à Tanis dans le temple de l'Est et celui de Mout. En effet, la capitale fut construite à l'aide de blocs, éléments architecturaux et statues provenant principalement de Pi-Ramsès. La grande porte de Sheshonq III est constituée de blocs parfois colossaux qui portent les décors originaux ayant appartenu aux temples de la capitale des XIXe et XXe dynasties.

L'emplacement des tombes royales juste au sud de l'avant-cour marquait un déplacement de la nécropole royale au cœur du temple dynastique. Ce choix signe une période nouvelle pour les dynasties royales qui se succéderont alors en Égypte. En effet, l'abandon de Thèbes dès la XXIe dynastie comme nécropole royale officielle achevait de tourner la page du Nouvel Empire et de l'ère ramesside qui s'était vue plongée dans un chaos et une insécurité telle que les prêtres d'Amon eux-mêmes sous le pontificat des grands prêtres Hérihor et Pinedjem cachèrent les dépouilles royales en deux endroits différents, attestant que dès cette époque les trésors royaux avaient été pillés.

La royauté s'était définitivement fixée au cœur du delta du Nil, déjà à Pi-Ramsès aux deux précédentes dynasties, et lorsqu'elle fut revendiquée par Smendès se réclamant de la succession du dernier des Ramsès, le choix fut fait de fonder une nouvelle capitale qui comprendrait en son cœur la nécropole royale, gage d'une sécurité recouvrée.

À dater de cette époque les tombes royales seront systématiquement installées dans les temples des différentes capitales qui se succédèrent, et en cela les Ptolémées poursuivirent mais cette fois à Alexandrie, l'exemple des pharaons.

La découverte des tombes des XXIe et XXIIe dynasties confirmait d'une part les textes anciens qui attestent l'existence d'une nécropole royale également à Saïs. Mais elle éclaire aussi d'un jour nouveau cette période, qui par bien des égards est la digne héritière de l'époque ramesside, bien que cet héritage fût réutilisé en grande partie par les nouveaux monarques.

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