Tanger (en arabe : طَنْجَة, Ṭanǧa ; en amazighe standard marocain : ⵜⴰⵏⵊⴰ, Tanja ; en espagnol : Tánger) est une ville du nord du Maroc, capitale de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et chef-lieu de la préfecture de Tanger-Assilah. La ville se situe à l'extrémité du nord-ouest du pays sur le détroit de Gibraltar à quatorze kilomètres de la côte espagnole. Sa population s'élève à 1 275 428 habitants selon le recensement de 2024.
Réputée pour ses lieux touristiques elle est aussi un des pôles économiques les plus importants du pays après Casablanca.
Tanger est située dans la baie de Tanger, ouverte sur l'extrémité occidentale du détroit de Gibraltar, à environ 15 km des côtes espagnoles, à la périphérie du massif montagneux du Rif. Le port de la ville est la principale destination des bateaux de voyageurs en provenance de l'Europe. Tanger est l'un des lieux de passage des voyageurs circulant entre l'Europe et l'Afrique.
Sa population s'élève à 947 952 habitants selon le recensement de 2014. Il existe une importante diaspora tangéroise dans le monde, notamment dans le sud de l'Espagne et dans le Benelux. Une grande partie des Tangérois est originaire du Rif. Tanger est donc à la fois une ville andalouse, jeblia et rifaine de par les liens historiques qu'elle a noués avec les deux ethnies habitants le Rif, à savoir les Jbalas et les Rifains. Tanger a connu une incroyable immigration de la part des Rifains durant le xixe siècle et le xxe siècle. Les Rifains formaient plus d'un quart de la population tangeroise en 1957, d'après une estimation de D. M. Hart. Les Jbalas forment eux aussi une part très importante de la population tangeroise. Enfin, depuis plusieurs décennies déjà, une importante population venue des autres régions du Maroc est arrivée à Tanger pour travailler et continue d'y affluer.
Relief, géologie et hydrographie
D'abord établie sur la colline de la kasbah, la ville de Tanger s'est progressivement étendue sur les massifs la bordant à l'ouest en direction du cap Spartel (plateau du Marshan, Vieille Montagne) puis, au long de la plage, en direction du cap Malabata. En dépit de ces reliefs, son site ne présente pas de réseau hydrographique notable.
Le climat de Tanger est du type méditerranéen, tempéré par l'influence océanique ; L'automne, l'hiver et le printemps sont doux, voire frais (18 degrés en journée et 7 degrés la nuit en moyenne) et assez humide. Les inter-saisons sont modérément pluvieuses. L'été est très sec avec des températures relativement modérées (30 degrés en journée).
En général, les précipitations sont comprises entre 600 et 1 000 mm par an. La ville est cependant souvent sujette à des perturbations météorologiques : de mi-octobre jusqu'au début mai, des vents forts, des orages violents et des pluies diluviennes peuvent facilement survenir.
En été, un vent chaud provenant du Sahara, le sirocco communément appelé « chergui » au Maroc, élève fortement la température et assèche l’atmosphère, car c’est un vent venu de l’est.
Les records enregistrés dans la région sont les suivants : Température minimale : −4,2 °C (28 janvier 2005) ; Température maximale : 43,5 °C (1er aout 2003) ; Pluviométrie : 200 mm de pluie orageuses enregistrée en une journée (23 novembre 2008).
Dans les mythologies berbère et grecque, Tingis était une déesse et l'épouse du géant Antée Ce dernier vivait en Libye dont il était roi et défiait tous les voyageurs et passants à la lutte ; il était invincible tant qu'il restait en contact avec sa mère la Terre. Il fut vaincu par Héraclès, alors que celui-ci était à la recherche des pommes d'or du jardin des Hespérides lors de ses Douze Travaux, le demi-dieu ayant eu l'idée de le soulever de terre pour l'étouffer à mort. Il fut ainsi le seul à réussir à battre Antée.
Selon Plutarque, les Amazigh croyaient qu'Héraclès épousa Tingis après la mort d'Antée, et qu'elle enfanta de lui Sophax. Selon le mythe, Sophax fonda alors la ville de Tanger (qui était connue sous le nom de Tingis selon les sources anciennes) qu'il nomma ainsi en hommage à sa mère.
Tanger, à sa base Tangis ou plus généralement « le libyen tinjit », selon Mercier, a pu désigner en libyque non seulement un fleuve mais toute masse d’eau.
Après une présence phénicienne, dont il subsiste deux petites nécropoles, les Carthaginois firent de la ville un comptoir important au IVe siècle av. J.-C. En 146 av. J.-C., à la chute de Carthage, la ville est incluse au royaume de Maurétanie. Tanger (Tingis) prend une telle importance, qu'elle devient, vers le Ier siècle, le chef-lieu de la province romaine de Maurétanie tingitane. C'est l'une des principales métropoles du diocèse d'Hispanie, qui regroupe les provinces espagnoles et la Tingitane après la réforme administrative de l'empereur Dioclétien. C'est sous son règne qu'eurent lieu les martyres de saint Marcel et de saint Cassien. La ville est fortement christianisée dans les siècles suivants.
Appelés par le comte Boniface qui aurait même organisé leur passage, les Vandales ariens, accompagnés d'Alains, peuple et armée, soit 80 000 personnes, franchissent le détroit de Gibraltar en 429 en échange de la promesse d'un soutien militaire au comte. Bien vite en désaccord avec Boniface, ils battent les Romains et ne peuvent être contenus autour de Tanger et Ceuta (alors Septem Fratres). Mais ils préfèrent se tourner vers ce qui deviendra le royaume vandale d'Afrique (Algérie orientale et Tunisie actuelles).
Justinien conquiert la ville, au début du VIe siècle, elle est rattachée à l'Empire byzantin et subit les attaques des Wisigoths à partir du sud de l'Espagne.
Le général musulman Moussa Ibn Noçaïr, gouverneur du Maghreb au service des Omeyyades de Damas, s'intéresse à Tanger pour sa position stratégique et c'est donc de là qu'en 711 commence la conquête de l'Espagne par les troupes de Tariq ibn Ziyad (un lieutenant d'Ibn Noçaïr), à qui Gibraltar doit son nom (Djebel Tarik, la « montagne de Tarik »). Pendant les cinq siècles qui suivent, des dynasties différentes se disputent la souveraineté de Tanger. Les Idrissides de Fès, les Omeyyades de Cordoue, s'affrontent pour sa domination pendant plus d'un siècle. En 1075, les Almoravides en deviennent maîtres jusqu'en 1149, date à laquelle la ville passe aux Almohades avant de devenir mérinide en 1274.
Après trois tentatives, les Portugais s'en emparent en 1471 et la cèdent à l'Angleterre en 1661 comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles II d'Angleterre. À l'époque où Tanger était encore une ville portugaise, elle se trouvait à la tête du domaine colonial portugais du Maroc. Dès 1679 Moulay Ismaïl, sultan alaouite de l'Empire chérifien, entreprend le siège de la colonie anglaise de Tanger qui lui est abandonnée en 1684, sur décision de Charles II, estimant son occupation par les troupes anglaises inutile et beaucoup trop coûteuse. Au XVIIIe siècle la ville devient la « capitale diplomatique » de l'Empire chérifien et le siège des représentations étrangères accréditées auprès du sultan. Les États-Unis y ouvrent, en 1821, ce qui deviendra leur plus ancien consulat permanent dans le monde. La flotte française, commandée par le prince de Joinville, bombarde la ville en 1844 en représailles au soutien du Maroc à l'Emir Algérien Abd el-Kader et démantèle les fortifications. Elle met ainsi sous pression le souverain marocain Abderrahmane ben Hicham. Avec le traité de Tanger du 10 Septembre 1844, la France oblige le Maroc à cesser son soutien à Abd el-Kader. Les rivalités européennes pour le contrôle de la ville, porte entrouverte sur le Maroc et point de contrôle du passage entre l'Atlantique et la Méditerranée, débutent au cours des années 1870. La France, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Allemagne multiplient les missions diplomatiques, commerciales et militaires pour placer leurs pions, mettant la ville au centre des rivalités internationales.