Les talibans ou taliban (pachto : طالبان / ṭāliban, ouzbek : Tolibon ; « étudiants » ou « chercheurs ») sont des fondamentalistes islamistes regroupés dans une organisation militaire, politique et religieuse dénommée l'émirat islamique d'Afghanistan puis Mouvement islamique des talibans, au pouvoir entre 1996 et 2001 et depuis 2021. Ce mouvement est dirigé par Haibatullah Akhundzada, qui a été proclamé commandeur des croyants de l'émirat le 25 mai 2016.
Le mouvement, en guerre contre le gouvernement de l'État islamique d'Afghanistan, conquiert Kaboul en 1996 et y instaure le régime de l'émirat islamique d'Afghanistan de 1996-2001 avec à sa tête le mollah Mohammad Omar. Il ne contrôlera toutefois jamais l'intégralité du pays et sera renversé par l'intervention de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en 2001, contre laquelle il mènera ensuite une guérilla. Après presque vingt ans de présence militaire de l'OTAN, l'accord de Doha du 29 février 2020 est signé au Qatar entre les États-Unis et le groupe armé. Il interdit aux États-Unis et à leurs alliés de recourir à la force en Afghanistan, de s'immiscer ultérieurement dans les affaires internes du pays et acte un calendrier de retrait de leurs troupes. En échange, les talibans s'engagent à lutter activement sur le sol afghan contre tout groupe ou individu menaçant la sécurité des États-Unis et de leurs alliés et à ne leur fournir ni visa, ni permis de voyager. Le Conseil de sécurité des Nations unies entérine cet accord le 10 mars 2020. Parallèlement à son entrée en application, le groupe armé reprend progressivement le contrôle du pays à partir de mai 2021. Kaboul, la capitale, est reprise le 15 août quelques heures après la fuite du président afghan Ashraf Ghani. Les Talibans contrôlent actuellement l’intégralité du pays.
On distingue parfois les talibans « afghans » se battant contre les forces internationales et nationales sous l'égide de l'organisation militaire de l'OTAN dans la guerre d'Afghanistan, et les talibans « pakistanais », opposés aux autorités pakistanaises dans le conflit armé du Nord-Ouest du Pakistan.
Taleb désigne en pachto un étudiant en théologie dans une madrasa (université théologique musulmane). Le mot vient de l'arabe طالب (ṭālib), qui signifie simplement « étudiant » (pas forcément en théologie). On parle aussi de « talibé » dans certains pays d’Afrique de l'Ouest : au Sénégal, Mali, Guinée, Niger, Bénin, Togo, Ghana et en Côte d'Ivoire. Le pluriel est ordinaire, marqué par le suffixe -ān pour les animés et personnes. Tout comme celui de « spaghettis », le double pluriel « talibans » est couramment employé en français, « taliban » marquant abusivement le singulier en lieu et place de « taleb ».
Durant la guerre contre les Soviétiques, des millions de jeunes Afghans sont éduqués dans les madrasas de la zone tribale pakistanaise, implantées par le parti religieux Jamiat Ulema-e-Islam (JUI). Ils y sont fortement influencés par une école de pensée, l'école deobandi, qui prône le retour à « un islam juste et respectant les principes islamiques ». En particulier, « l'une des madrasas ouverte par une faction dissidente du JUI, la madrasa Dar ul-Ulum Haqqania, forme une grande partie de la future direction talibane (le mollah Omar n'a cependant jamais étudié au Pakistan). […] À côté d'un islam deobandi extrême, l'idéologie talibane intègre un autre fondamentalisme, le wahhabisme issu d'Arabie saoudite, mais aussi des éléments purement pashtouns comme le Pashtunwali », le code tribal des Pachtounes.
Les chefs de guerre se déchirent pendant et après l'occupation de l'Afghanistan par l'URSS. Les talibans, eux, veulent d'abord réislamiser les mœurs, la justice, les êtres humains. La forme de l'État n'a pas d'importance pour eux à la condition de respecter la loi divine. Et seuls ceux qui l'ont étudiée, c'est-à-dire les talibans, sont à même de l'expliquer et d'en assurer le respect.
C'est pour cela qu'ils déclarent dans leurs premières années qu'ils ne veulent pas le pouvoir politique. C'est aussi pour cela qu'ils attachent tant d'importance à tout ce qui touche à la vie quotidienne, publique ou privée.
Durant les premières années de leur prise de pouvoir, les talibans jouissent d'un réel soutien populaire, surtout, mais pas uniquement, de la part des populations pachtounes du Sud et de l'Est. Les Afghans sont fatigués de leur guerre avec l'URSS et des exactions des chefs de guerre qui ensanglantent le pays, et beaucoup accueillent volontiers ces religieux qui amènent l'ordre et la sécurité.
De 1994 à fin 1997, les talibans profitent aussi d'un soutien moral, sinon financier et militaire, de la part des services secrets pakistanais, dans une relative indifférence internationale. La présence sur le territoire afghan, à partir de 1996, d'Oussama ben Laden, qui a déclaré haut et fort qu'il allait, entre autres, s'attaquer aux États-Unis par tous les moyens, change la donne. Ben Laden avait déjà eu l'occasion de rencontrer le ministre taliban aux frontières, Djalâlouddine Haqqani, en 1986, lors du programme afghan de la Central Intelligence Agency.
Il existe en Afghanistan principalement quatre peuples : les Pachtounes, les Tadjiks, les Ouzbeks, et les Hazaras. Les Ouzbeks sont présents au nord ainsi qu'en Ouzbékistan, les Tadjiks parlent une langue iranienne, vivant dans l'Ouest, le Nord-Est et au Tadjikistan. Les talibans sont issus majoritairement des Pachtounes, estimés à 15 millions d'habitants. Le « noyau dur » du mouvement vient des tribus pachtounes du Sud, qui ont fourni une grande partie des réfugiés au Pakistan. Selon leurs vicissitudes, les talibans obtiendront, puis perdront le soutien de la plupart des chefs tribaux pachtouns.
En 1980, les Soviétiques envahissent l'Afghanistan dans le but, selon certains, de rallier ce pays au bloc soviétique, pour d'autres, de répondre, à ses frontières, au soutien actif des États-Unis d'Amérique aux moudjahidines luttant contre le régime communiste de Kaboul. L'ancien conseiller à la sécurité nationale américain du président Carter, Zbigniew Brzeziński, confirmera par la suite que les États-Unis ont aidé les opposants quelques mois avant l'invasion soviétique.
À l'origine, les talibans sont les élèves des écoles religieuses deobandi créées dans les camps de réfugiés au Pakistan. Lors du retrait soviétique, ils étendent leur activité sur le territoire afghan. Ils fournissent quelques volontaires aux moudjahidines, mais ne jouent encore qu'un rôle effacé. Selon la tradition du mouvement, c'est en 1994 que le mollah Omar et ses élèves prennent les armes pour protéger la population locale, à la suite de deux agressions : le viol et le meurtre de deux jeunes filles par un chef de bande, puis la mort d'un jeune homme disputé entre deux chefs de bande. Ils reçoivent le soutien de l'ISI pakistanaise et de la puissante corporation des camionneurs, qui font appel à eux pour mettre fin au banditisme sur la route qui relie le Pakistan à l'Asie centrale.
Montée en puissance des talibans
Les talibans deviennent une force importante en octobre 1994. Ils s'emparent de Kandahar et saisissent un important stock d'armes appartenant au chef de guerre Gulbuddin Hekmatyar. Ils prennent, en quelques mois, le contrôle de la moitié sud du pays. En février 1995, ils sont à Maydan Shahr à une vingtaine de kilomètres au sud de Kaboul, et à une centaine de kilomètres d'Hérat dans l'Ouest. Les talibans ayant défait le Hezb-i-Islami dans le Lôgar et tué Mazari, le chef hazara du Hezb-i-wahdat, Ahmed Chah Massoud, chef tadjik du Jamiat-Islami, en profite pour prendre le contrôle total de Kaboul. La capitale est détruite à 40 % par les combats de la guerre civile.
Hérat est prise en septembre 1995, Kaboul le 27 septembre 1996 et les talibans en profitent pour tuer l'ancien président communiste Mohammad Najibullah qui avait trouvé refuge dans une maison de l'ONU depuis sa destitution. Le mollah Omar, chef des talibans, devient de facto le nouveau chef d'État sous le titre de commandeur des croyants. Le régime politique mis en place par les talibans prend le nom d'émirat islamique d'Afghanistan.