Tadeusz Kantor, né à Wielopole Skrzyńskie le 6 avril 1915, mort à Cracovie le 8 décembre 1990, est un metteur en scène polonais, réalisateur de happenings, peintre, scénographe, écrivain, théoricien de l’art, acteur et professeur à l’Académie des beaux-arts de Cracovie. Il est considéré comme l'un des principaux réformateurs du théâtre du XXe siècle, aux cotés de Jerzy Grotowski.
Fondateur en 1955 du théâtre Cricot 2, dont il assure la direction jusqu'à sa mort, il élabore une succession de formules scéniques accompagnées de manifestes. Son oeuvre plastique est indissociable de son travail théâtral. Son attitude artistique s’inspire du constructivisme et du dadaïsme, de la peinture informelle et du surréalisme.
Tadeusz Kantor naît le 6 avril 1915 à Wielopole Skrzyńskie, un village de Galicie au sud de Ropczyce et Sędziszów Małopolski. Il est le fils de Marian Kantor-Mirski, instituteur, légionnaire et officier de l'armée polonaise et d'Helena née Berger. Il passe son enfance au presbythère du village, auprès de sa mère, de sa grand-mère et de l'oncle de celle)ci, le curé et doyen de Wielopole Józef Radoniewicz.
Après la première guerre mondiale, son père ne revient pas à Wielopole : il quitte sa famille et s'intalle en Haute-Silésie. Arrêté le 8 décembre 1940, il est déporté depuis Tarnów et meurt au camp d'Auschwitz-Birkenau le 18 mars 1942. Cette disparition traverse l'œuvre de Kantor, en particulier Je ne reviendrai jamais.
Il étudie à l'Ecole libre de peinture et de dessin de Cracovie, dans l'atelier de Zbigniew Pronaszko, avant d'entrer à l'École des Beaux Arts de Cracovie où il suit notamment l'enseignement de scénographie de Karol Frycz.
Il commence sa carrière par du théâtre expérimental au sein du mouvement d'avant-garde le Groupe de Cracovie (pl), dont il fut cofondateur. Entre 1934 et 1939, la peintre Maria Jarema crée les costumes et les décors.
Pendant l'occupation hitlérienne, il fonde à Cracovie le Théâtre indépendant (Teatr Niezależny). Il travaille alors dans les ateliers de décors du Staatstheater des Generalgouvernements, nom donné par les Allemands au théâtre Słowacki. Les ateliers de décors étaient installés rue Kupa, dans la synaogue Isaac dévastée du quartier de Kazimierz, vidé par la déportation de ses habitants. En 1942, Kantor, sa mère et son beau-frère sont relogés rue Wegierska, à Podgorze, contre les murs du ghetto. Il est donc, selon Krzysztof Pleśniarowicz, un témoin oculaire de la Shoah.
Le Théâtre indépendant réunit à partir de 1942 des peintres et des écrivains qui se retrouvent dans des appartements privés : ils s'y donnent des conférences sur Cézanne, le cubisme ou le futurisme et lisent Wyspiański, Kafka, Gombrowicz, Schulz et Witkiewicz. Ces spectacles clandestins sont à l'origine de l'une des idées maîtresses de Kantor, celle de la « réalité du rang le plus bas ».
En 1945-1946, Kantor est assistant scénographe au Stary Teatr de Cracovie et travaille pour d'autres scènes de la ville. Il épouse en 1945 la peintre Ewa Jurkiewicz, membre du Théâtre indépendant ; leur fille Dorota naît en 1955.
En 1947, il séjourne à Paris où il se fait le relais de la vie culturelle française en Pologne. Ce séjour de six mois, obtenu grâce à une bourse du ministère polonais de la Culture et de l'Art, est son premier contact avec la capitale artistique européenne : il y voit le Louvre, les impressionnistes du Jeu de Paume, Picasso, Kandinsky, Klee, Ernst et Miró. Le retour à Cracovie, sous un régime de plus en plus fermé, n'en est que plus difficile.
Le 1er octobre 1947, il est nommé professeur adjoint à l'École supérieure des arts plastiques de Cracovie, où il enseigne la peinture. L'année suivante, il participe à la grande Exposition d'art moderne du Palais des arts, dernière manifestation d'art expérimental avant l'imposition du réalisme socialiste. En février 1949, il est révoqué de son poste pour « la manière incorrecte d'enseigner » qu'il représentait et pratiquait. Il continue néanmoins de travailler comme scénographe pour le Stary Teatr, le théâtre Słowacki et des scènes de Poznań et de Katowice.
En mai 1955, il retourne à Paris avec le Stary Teatr, invité au Théâtre des Nations. De retour, il se tourne vers une peinture proche de l'action painting, qu'il nomme « informel », et l'expose à la galerie Zachęta de Varsovie ; la même année, il participe avec neuf peintres cracoviens à l'exposition de rupture « 9 peintres », prélude à la refondation du Groupe de Cracovie, dont il sera le premier président.
À l'automne 1955, Kantor fonde avec la peintre Maria Jarema le théâtre Cricot 2, prolongement à bien des égards du Théâtre indépendant de la guerre, réunissant peintres, acteurs, musiciens et poètes. Le nom reprend celui du Théâtre des artistes Cricot, actif à Cracovie de 1933 à 1939. Le premier spectacle, La Pieuvre de Witkiewicz, est créé le 12 mai 1956 dans des costumes de Maria Jarema : Kantor est le premier à remonter Witkiewicz, interdit sous le stalinisme, et lui restera fidèle près de vingt ans.
En 1958, l'ouverture de la galerie Krzysztofory, dans les caves du palais gothique du même nom, donne à la compagnie son lieu et son café-quartier général : c'est là que seront créés la plupart de ses spectacles, ce qui range l'endroit parmi les lieux fondateurs du théâtre du XXe siècle, aux côtés du Berliner Ensemble, du Laboratoire de Grotowski, de la Cartoucherie et des Bouffes du Nord.
En 1965, il obtient une bourse Ford et se rend à New York, où il découvre le minimalisme, le pop art et le happening. Il y rencontre en 1965 Allan Kaprow, inventeur du terme. De retour en Pologne, il réalise le premier happening polonais, Cricotage, le 10 décembre 1965 à Varsovie, avec les artistes et critiques réunis autour de la galerie Foksal, dirigée par Wiesław Borowski, qui sera son principal partenaire pour ces actions.
Les plus grands triomphes de Tadeusz Kantor viendront avec la première de La Classe morte (Umarła klasa, 1975), un récit sur le fugitif et le permanent. Il meurt brusquement le 8 décembre 1990 à Cracovie, après une séance de répétition. Il est enterré au cimetière Rakowicki.
Toute son œuvre se place sous le signe de la peinture et du théâtre. L'œuvre de Kantor est également influencée par la Pologne et son contexte politique. Les sujets récurrents en sont l'enfance (durant la guerre 1940-45), son village natal de Wielopole, la mort, etc. Il aborde des thématiques comme le pouvoir et ses abus, la violence et la permanence des souvenirs.
Au cours des années 60, ses spectacles sont accompagnés par des manifestes. Avec Une petite maison de campagne (décembre 1961), il inaugure un « théâtre informel » où les interprètes, entassés dans une armoire, y jouent une demi-heure serrés comme des vêtements. En 1963, il propose Le Fou et la nonne (1963) qui relève du « théâtre zéro » où une « Machine à anéantir », mobile fait de chaises assemblées récupérées dans une église dominicaine de Cracovie, couvre la voix des acteurs et les repousse hors du plateau. En 1967, il propose un « théâtre happening » avec La Poule d'eau (1967). Il écrit le Manifeste 70 dans lequel il défend l'idée d'une œuvre quasiment impossible, sans valeurs, fondée uniquement sur l'acte créateur. Avec Les Mignons et les Guenons (1973), il propose le « théâtre impossible », où le public doit se frayer un passage à travers un vestiaire.