Ta Mok, pseudonyme de Ung Chœun, dit également Chhit Chœun, Eang Eng ou Nguon Kang (né en 1924 ou 1926, selon les sources, dans la province de Takeo - décédé à l’hôpital de Phnom Penh le 21 juillet 2006), est un homme politique cambodgien, qui fut l’un des plus sanguinaires chefs des khmers rouges et l’un des derniers dirigeants du mouvement dirigé d’une main de fer par Pol Pot.
Sa personnalité est mal connue et on ne disposa longtemps d’aucune photo de lui. On sait qu’il a perdu une jambe durant la guerre civile, au début des années 1980.
Dans son témoignage Le Portail, François Bizot en fait le portrait d’un homme cruel et cupide.
Issu d’une prospère famille paysanne du district de Tram Kak dans la province de Takeo, Ung Choeun, alias Ta Mok, est l’aîné d’une famille de huit enfants. Devenu bonze, il obtient un diplôme d’enseignant de premier cycle en Pali à Phnom Penh. Ayant échoué à entrer à l’école supérieure de Pali, il retourne à la vie laïque.
Dans les années 1940, alors que le Cambodge connaît alternativement la domination coloniale française et japonaise, Ta Mok s’engage dans la guérilla des khmers issarak contre le colonialisme français et est également actif dans la résistance anti-japonaise. En juin 1949, chef du mouvement Issarak pour les districts de Tram Kak et de Kong Pisey, il est dénoncé pour les exactions commises à l’occasion de collectes de fonds.
Cadre du Parti communiste cambodgien
En 1950, il rejoint le Parti communiste indochinois (PCI). Il est à cette époque très proche des communistes vietnamiens qui assurent la formation de leurs collègues cambodgiens. Quand le PCI se scinde en organisations nationales, il rejoint le Parti révolutionnaire du peuple khmer, ancêtre du Parti communiste du Kampuchéa. Militant militaire et politique dans la zone du Sud-Ouest, il est nommé membre du Comité central du Parti dès 1963 et devient en 1966 secrétaire adjoint pour la zone sud-ouest.
En 1968, il devient secrétaire du Parti pour la zone du Sud-Ouest, un poste qui lui permettra d’être élu en tant que membre des comités permanent et militaire du Comité central. Ces fonctions lui confèrent l’autorité de facto et de jure sur tous les subordonnés du Parti communiste cambodgien, en particulier ceux de la zone sud-ouest. Ta Mok exerce alors d’importantes fonctions militaires dans le mouvement khmer rouge.
Cadre militaire et politique de la zone sud-ouest (le Nirdey), secrétaire du parti pour la même région, il orchestre de vastes purges et ordonne des massacres de grande ampleur dans la zone sous sa juridiction dès 1973, avant même la prise du pouvoir par les khmers rouges. Ses hommes remplacent alors progressivement les cadres éliminés pour collusion avec le Viêt Nam. Les cadres du Sud-Ouest seraient alors devenus le fer de lance de la révolution.
Le 18 mars 1974, lors de la prise de Oudong, ancienne capitale impériale, par ses miliciens, renforcés par ceux de Ke Pauk, la ville est systématiquement rasée et la population, forte de 20 000 habitants, est déportée. Enseignants, fonctionnaires et soldats républicains sont systématiquement assassinés. « La prise de Oudong et ses suites anticipent ce qui se produira à Phnom Penh un an plus tard », écrit Raoul-Marc Jennar.
Nommé par Pol Pot chef d’état-major de l’armée nationale du Kampuchéa démocratique, nom officiel du régime khmer rouge, son parcours est désormais jalonné de nombreux carnages. Il fait, en 1975, massacrer par ses troupes originaires du Sud-Ouest plus de 30 000 personnes dans le seul district d’Angkor Chey et plus de 50 000 autres à Kompong Cham.
Le 20 mars 1976, Ta Mok devient Premier Vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple et poursuit son œuvre d’extermination. Il s’acquitte avec zèle des purges sanglantes qui caractérisèrent le régime polpotiste durant ses années au pouvoir. Il s’en prend particulièrement aux communautés musulmanes et entreprend la purge des « traîtres de la région est » qualifiés d’« esprits vietnamiens dans des corps khmers ». Il est alors responsable de la mort de plus de 100 000 personnes et selon ses anciens compagnons, il aurait lui-même participé directement et activement aux tueries.
Marie-Alexandrine Martin estime que dans la lutte qui oppose les différents clans khmers rouge, « le clan Pol Pot-Ieng Sary sort vainqueur parce qu’il dispose de Ta Mok et de son armée de jeunes tueurs disciplinés (...) ».
Avec Nuon Chea, le « numéro deux » du commandement militaire des khmers rouges et son commissaire politique en chef de 1970 à 1975, Ta Mok est considéré comme l’un des principaux organisateurs des massacres de masse durant la dictature de Pol Pot et ses exactions lui valent d’être surnommé « le boucher ». Selon ses anciens compagnons de massacres, Ta Mok est le seul haut dignitaire du régime à avoir directement participé à des exterminations.
Après la chute des Khmers rouges
Après la chute du Kampuchéa démocratique et l’invasion-libération vietnamienne de décembre 1978, Ta Mok prend le maquis avec les autres partisans de Pol Pot et devient le chef militaire suprême khmer rouge. Même après les accords de paix de Paris signés en 1991, il refuse de rendre les armes.
On estime alors que 3 000 à 6 000 combattants restent fidèles à Pol Pot, et sont dirigés par Ta Mok. Ils tiennent le secteur du Phnom Malai (en), où les forces gouvernementales (pas plus que les forces vietnamiennes de 1979 à 1989), n’ont pas réussi à pénétrer. Ta Mok, Nikorn et Son Sen se seraient repliés à Samlaut (en), au nord de Pailin.
Au début des années 1980, il perd une jambe, suite, suivant les sources, à un accident de tracteur ou l'explosion d'une mine.