Suzanne Rachel Flore Lenglen (prononcé [lɑ̃.ˈɡlɛn]), née le 24 mai 1899 à Paris où elle est morte le 4 juillet 1938, est une joueuse de tennis française. Surnommée « la Divine », elle fut la première star internationale du tennis féminin.
Elle possède des records d'un autre temps : 241 titres, une série de 181 victoires et un pourcentage de 98 % de matchs gagnés (341-7). Elle s'impose quatre fois au Championnat de France, deux fois aux Internationaux de France, six fois à Wimbledon et remporte la médaille d'or olympique du simple dames aux Jeux d'Anvers 1920. Le deuxième court principal du stade Roland-Garros porte son nom.
Suzanne Lenglen naît à Paris (16e arrondissement), au hameau de Boulainvilliers, à l'angle avec la rue du Ranelagh, le 24 mai 1899, de Charles Servais Adolphe Lenglen (1859-1929), rentier et pharmacien de formation, et d'Anaïs Dhainault. Suzanne a un petit frère qui décède prématurément en 1904. La famille s'installe en 1906 en Picardie. C'est en 1911, peu avant ses 12 ans, que Suzanne touche pour la première fois une raquette de tennis, offerte par son père, pour qu'elle puisse s'amuser sur le court familial en terre battue, à Marest-sur-Matz (Oise). Sportive accomplie, elle s'initie à différents sports tels que le golf, la natation (championne de France en 1919), le tir à l'arc et l'équitation. Son père remarque très vite son aisance sur le court et son goût pour le tennis ; il décide de devenir son entraîneur. Il la fait progresser rapidement, notamment en précision, à l'aide des cibles placées sur le court, telles que son chapeau ou des mouchoirs, et grâce à de nombreuses heures d'exercice, une préparation physique intense comprenant de la gymnastique et de la danse classique.
Suzanne Lenglen dispute son premier tournoi en 1911 à Chantilly, où elle atteint la finale, puis rencontre ses premiers succès entre 1912 et 1913 en s'imposant aux Championnats de Picardie, à Lille, à Wimereux et au Touquet. En janvier 1914, elle est sollicitée par le champion du monde néo-zélandais Anthony Wilding pour faire équipe en double mixte à l'occasion des tournois hivernaux de Nice et Cannes au Beau-Site et au Carlton, compétitions qu'elle remporte également en simple. Elle poursuit sa progression et atteint au mois de juin la finale du championnat de France, battue par la tenante Marguerite Broquedis. Trois semaines plus tard, elle se révèle au grand public en étant sacrée championne du monde sur terre battue à Saint-Cloud en simple contre Germaine Golding et en double dames avec Elizabeth Ryan. M. Lenglen ne prend pas le risque d'inscrire sa fille pour le tournoi de Wimbledon, se déroulant sur une surface inconnue pour Suzanne et dans un pays étranger.
La Première Guerre mondiale ne paraît pas troubler le quotidien de la jeune championne, qui poursuit son entraînement avec ses amis ou des officiers de retour du front. Les partenaires masculins sont nombreux, ce qui lui permet de s'endurcir physiquement comme techniquement. Elle prend modèle sur leur jeu et s'inspire notamment de celui de Tony Wilding afin d'imiter les gestes des champions. La famille Lenglen quitte Marest-sur-Matz en 1914 avant l'arrivée des Allemands. Leur maison étant endommagée, Suzanne et ses parents déménagent à Nice, avenue Auber, où ils ont l'habitude de passer les hivers. Suzanne y perfectionne son jeu avec son père et Joseph Negro, professeur niçois réputé, sur les courts du Nice Lawn Tennis Club, place Mozart, puis au Parc-Impérial, avenue de Russie. La ville met à disposition des Lenglen la Villa Ariem située juste en face du club. Suzanne y restera très attachée, ce qui engendre à l'époque une hausse importante de la fréquentation de Nice.
C'est à Wimbledon que Lenglen fait son retour en 1919 et affronte Dorothy Lambert Chambers, âgée de 40 ans, qui a déjà remporté sept fois le tournoi. La voyant faiblir après la perte du second set, son père lui lance un flacon de cognac dont elle boit une gorgée. À la surprise générale et au terme d'une partie acharnée, la jeune Suzanne sauve deux balles de match à 6-5 et remporte finalement la rencontre (10-8, 4-6, 9-7). À la suite de cet épisode, le cognac deviendra son remontant habituel durant les matchs. Elle enchaînera désormais les victoires jusqu'en 1926. Elle retrouve de nouveau Chambers en finale l'année suivante mais elle remporte cette fois-ci la rencontre plus facilement (6-3, 6-0). C'est à la suite de cette édition du tournoi que les dirigeants du club décident de construire un nouveau grand stade à Church Road afin d'accueillir un plus grand nombre de spectateurs. Après sa victoire en 1921, ils abandonneront également le système du Challenger Round qui permettait à la tenante du titre de ne jouer que la finale.
Quelques semaines après son succès londonien, elle livre une performance remarquable aux Jeux olympiques d'Anvers puisqu'elle décroche la médaille d'or en simple en ne concédant que quatre jeux en cinq matchs. Dans un tableau moins relevé que dans un championnat du monde, elle bat en finale Dorothy Holman, titrée à Saint-Cloud en début de saison. En double dames avec Élisabeth d'Ayen, elle échoue en demi-finale contre une paire britannique dont la tactique était de la faire jouer le moins possible et doit ainsi se contenter du bronze. Elle gagne enfin une 3e médaille puisqu'elle s'impose en double mixte associée à Max Decugis. C'est en cette même année que Lenglen croise pour la première fois, à la Faisanderie dans le Parc Saint-Cloud, Bill Tilden, qui effectue une tournée en Europe. Les deux stars ne s'apprécient guère, l'Américain considère notamment que la Française fait de l'ombre à sa carrière. Sous la pression de nombreux spectateurs présents, ils se résolvent à s'affronter lors d'un set d'entraînement que Tilden remporte facilement sur le score de 6-0 en y mettant toute son énergie.
Entre 1919 et 1926, elle remporte six fois le tournoi de Wimbledon, quatre fois les Championnats de France et deux fois les Internationaux de France en simple. Elle est également victorieuse à quatre reprises des Championnats du monde sur terre battue (1914, 1921, 1922 et 1923). Au cours de sa carrière, elle remporte 241 tournois (81 en simple, 73 en double dames et 87 en double mixte) et trois médailles olympiques. Elle signe entre 1921 et 1926 une série de 171 victoires consécutives. La championne incontestée domine et transforme le tennis féminin tout en attirant les foules. Elle devient une star en Angleterre dès 1919 et son premier succès contre Chambers. Ce n'est qu'en 1925 après ses trois victoires aux premiers Internationaux de France qu'elle obtient le même statut dans son pays d'origine.
En 1921, Suzanne Lenglen se rend pour la première fois en Amérique, contre l'avis de son père, afin de participer à des exhibitions caritatives destinées à récolter des fonds pour les régions touchées par la Guerre. Les organisateurs de l'US Open profitent de sa présence sur le continent pour l'inscrire à leur tournoi alors qu'elle n'avait pas l'intention d'y jouer. Afin de ne pas contrarier le public, elle se résout à y participer et bénéficie d'un forfait pour le premier tour. N'étant pas protégée par un statut de tête de série, elle affronte le 16 août Molla Mallory, cinq fois vainqueur du tournoi, dès le deuxième tour. Ayant souffert du mal de mer pendant trois jours puis d'une coqueluche, elle abandonne au début du second set après avoir perdu la première manche 6 jeux à 2, sous les huées d'une partie du public. C'est la première fois depuis 1919 qu'elle perd un set dans un match. Cet abandon est mal compris par les 6 000 spectateurs présents, voyant la joueuse évoluer en dessous de ses standards habituels, ce qui oblige Lenglen à présenter ses excuses pour cette prestation quelques jours plus tard. La presse américaine ne se prive pas pour critiquer sévèrement la Française. Sa réputation outre-Atlantique n'est rétablie que lorsqu'elle participe à une tournée professionnelle en 1926. Après cette déconvenue, Lenglen ne prend plus de risque pour sa santé et se retire des tournois où elle ne se sent pas prête. En conséquence, elle restera invaincue jusqu'à la fin de sa carrière.