Susan Brownell Anthony, née le 15 février 1820 et morte le 13 mars 1906 est une militante américaine des droits civiques, qui a notamment joué un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis qui a abouti en 1920 à l'adoption du dix-neuvième amendement de la Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
Cofondatrice, avec Elizabeth Cady Stanton, de la National Woman Suffrage Association, elle sillonne les États-Unis et l'Europe en donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes, pendant plus de 45 ans. Lors de l'élection présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Ulysse S. Grant pour un second mandat, Susan Anthony est arrêtée et condamnée pour avoir tenté de voter.
Susan B. Anthony naît et est élevée à West Grove, près de la ville de Adams (Massachusetts). Elle est la deuxième enfant d'une fratrie qui en compte huit — Guelma Penn (1818–1873), Hannah Lapham (1821–1877), Daniel Read (1824–1904), Mary Stafford (1827–1907), Eliza Tefft (1832–1834) et Jacob Merritt (1834–1900). Ses parents sont Daniel Anthony (1794–1862) et Lucy Read (1793–1880). Un de ses frères, Daniel Read Anthony, devient un éditeur engagé dans le mouvement anti-esclavage dans l'État du Kansas, tandis qu'une de ses sœurs, Mary Stafford Anthony, devient enseignante et défenseuse des droits de la femme.
Son père était un fabricant de coton et un abolitionniste notoire, né dans la religion des quakers mais pourtant très ouvert d'esprit. Il ne tolère pourtant pas de jouets ou de distractions dans le ménage, en prétendant qu'ils détourneraient l'âme de ses enfants de la « lumière intérieure ». Sa mère, Lucy, était élève dans l'école de Daniel. Les deux jeunes gens tombent amoureux et se marient en 1817, malgré les craintes de Lucy au sujet de son intégration parmi les quakers. Elle participe à une convention tenue en août 1848 sur les droits des femmes de Rochester, deux semaines après l'historique convention de Seneca Falls, et signe la Déclaration des Sentiments de la Convention de Rochester. Lucy et Daniel Anthony encouragent leurs enfants à faire preuve d'autodiscipline, et d'estime de soi.
Susan est une enfant précoce. Elle a ainsi appris à lire et à écrire seule à l'âge de trois ans. En 1826, sa famille déménage du Massachusetts pour l'État de New York, dans le hameau de Battenville. Elle fréquente alors une école locale, où un instituteur refuse de lui enseigner les divisions, parce qu'elle est une fille. Apprenant cela, son père la place dans une école à domicile en groupe, où il donne lui-même des leçons. Elle commence alors en même temps à nourrir de l'admiration pour Mary Perkins, une autre de ses enseignantes, qui la conforte dans l'idée que les femmes aussi peuvent prétendre à des professions intellectuelles.
En 1837, elle est envoyée à la Deborah Moulson's Female Seminary, un pensionnat de quakers de Philadelphie. Elle n'y est pas très heureuse mais n'y reste en définitive que peu de temps. Elle est alors plus ou moins forcée de mettre un terme à ses études, car sa famille, comme beaucoup d'autres, se retrouve ruinée financièrement par la panique de 1837. Leurs pertes financières étaient tellement grandes que ses parents ont même tenté de se séparer de tous leurs biens lors d'une vente aux enchères, jusqu'à ce qu'un oncle, Joshua Read, leur vienne en aide.
En 1839, la famille déménage à Hardscrabble (dans l'État de New York), encore en raison de la crise financière. La même année, Susan Anthony quitte la maison familiale pour partir enseigner et ainsi aider son père à payer ses dettes. Elle travaille tout d'abord au Eunice Kenyon's Friends' Seminary, puis à la Canajoharie Academy en 1846, où elle devient directrice du département scolaire féminin. Son premier combat féministe est alors de se battre pour des salaires équivalents entre les enseignants des deux sexes, alors que les professeurs masculins gagnent en moyenne quatre fois plus que leurs collègues féminines.
En 1849, à l'âge de 29 ans, elle quitte l'enseignement et retourne à la ferme familiale de Rochester. Elle commence à participer à des conventions et des rassemblements de la ligue de tempérance. Elle assiste aux messes de l'église unitarienne locale et prend de plus en plus de distance avec les quakers, en partie en raison de comportements hypocrites de certains, qui n'hésitent pas à prêcher la prohibition et qui en cachette boivent de l'alcool. D'ailleurs, le temps passant, elle s'éloigne de plus en plus des pratiques religieuses.
Très consciente de l'importance de son apparence et de l'art de la rhétorique, Susan Anthony a pourtant longtemps hésité à prendre la parole en public, craignant de manquer d'assurance. Malgré ces doutes, elle devient peu à peu une femme publique qui s'engage avec conviction à défendre le droit des femmes.
L'époque d'avant la guerre de Sécession affirme le rôle prépondérant de Susan Anthony dans les mouvements abolitionnistes et de tempérance à New York. En 1836, à l'âge de seize ans, elle organise une pétition contre l'esclavage, en réponse à la loi de la Chambre des représentants interdisant ce genre de moyen de pression. En 1849, à l'âge de vingt-neuf ans, elle devient secrétaire des Daughters of Temperance, ce qui lui donne l'occasion de bénéficier d'une tribune où manifester contre l'abus d'alcool et se faire connaître de l'opinion publique.
Fin 1850, elle lit dans le New York Tribune un compte-rendu détaillé de la National Women's Rights Convention qui s'est tenue à Worcester (Massachusetts). Dans l'article, le rédacteur en chef Horace Greeley décrit de façon particulièrement admirative l'allocution finale donnée par la féministe Lucy Stone. Cet article finit de convaincre Susan Anthony de consacrer sa vie à défendre les droits des femmes.
En 1851, à Seneca Falls, elle est présentée à Élisabeth Cady Stanton par une connaissance, ainsi qu'à d'autres féministes comme Amelia Bloomer. Avec la première, elle rejoint la première organisation de tempérance féminine aux États-Unis, alors qu'au début de l'année une demande similaire dans une autre organisation s'était vu retourner une fin de non-recevoir, en raison de son sexe. Élisabeth Stanton reste durant sa vie une amie intime de Susan Anthony, en dépit du fait que la première ait eu des positions bien plus radicales dans son combat féministe. Ensemble, elles traversent les États-Unis en donnant des discours et tentant de persuader le gouvernement que la société devait traiter les hommes et les femmes de la même façon. Elle est invitée à parler à la troisième convention annuelle nationale des droits des femmes (National Women’s Rights Convention) qui se tient à Syracuse (New York), en septembre 1852. Elle et Matilda Joslyn Gage font là leurs premiers grands discours publics. Elle commence à rallier des avis et se poser comme une puissante défenderesse de l'émancipation féminine ainsi qu'une voix nouvelle qui donne un nouveau souffle au mouvement. En conséquence, elle participe à chaque convention annuelle, servant même comme présidente en 1858.
En 1856, elle tente d'unifier les mouvements de défense afro‑américain et féministes lorsque, recrutée par l’abolitionniste Abby Kelley, elle devient un agent de l'American anti-slavery society (fondée par William Lloyd Garrison) de New York. S'exprimant à la neuvième National Women’s Rights Convention, le 12 mai 1859, elle déclare : « Où, dans le cadre de notre déclaration d'indépendance, l'homme Saxon obtient-il le pouvoir de priver l'ensemble des femmes et des Noirs de leurs droits inaliénables ? ».
Le 1er janvier 1868, Susan Anthony fonde un journal hebdomadaire qu'elle appelle The Revolution. Imprimé à New York, sa devise est : « La vraie République - les hommes, leurs droits et rien de plus ; les femmes, leurs droits et rien de moins » (The true republic—men, their rights and nothing more; women, their rights and nothing less). Elle travaille comme éditrice et responsable commerciale, tandis qu'Élisabeth Cady Stanton est rédactrice en chef. L'idée maîtresse du journal est de promouvoir le droit de vote des femmes et des Afro-américains, mais il traite également de l'égalité des salaires, de l'assouplissement des lois sur le divorce et de la position de l'Église à l'égard des femmes. Le journal est financé par l'homme d'affaires indépendant George Francis Train, qui fournit les 600 $ nécessaires au lancement.