Ce Jour-là

Suicide

Acte délibéré de mettre fin à sa propre vie

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Le suicide (du latin « suicidium », terme composé du préfixe « sui » signifiant « soi », et du verbe « caedere » signifiant « tuer ») est l’acte délibéré de causer sa propre mort.

À l'échelle mondiale, plus de 800 000 personnes se suicident chaque année. C'est, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la treizième cause de mortalité dans le monde, tous âges compris, et parmi les premières causes de mortalité chez les jeunes. Les tentatives de suicide sont estimées entre dix et vingt millions chaque année dans le monde.

Le suicide est étudié par les sciences de la psychologie, sociologie et de suicidologie. Il peut être compris comme résultant de problèmes psychologiques. Les causes en sont le désespoir accompagné de solitude ou d'isolement social, et souvent un trouble psychique tel que la dépression, le trouble bipolaire, la schizophrénie, l'alcoolisme ou l'abus de substances. Des facteurs de stress tels que les problèmes financiers ou des problèmes dans les relations humaines jouent souvent et également un rôle significatif. Le suicide varie en fonction de nombreux facteurs sociologiques comme l'anomie (désintégration sociale), la pauvreté, les taux de chômage, les crises économiques, etc. Les taux de suicide varient en fonction des croyances religieuses. La prévalence du suicide diffère énormément selon les genres et l'âge. Dans les pays occidentaux, elle est souvent de trois à quatre fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes, tandis que la tendance est inverse en Chine.

Depuis 1953, des réseaux d'assistance se sont mis en place pour aider les personnes tentées par le suicide, sous forme de numéros d'urgence joignables par téléphone ou par internet. Des programmes de prévention du suicide sont mis en place dans de nombreux pays et leurs coûts et performances sont évalués. Dans le domaine médical, le suicide assisté pose des problèmes éthiques et n'est autorisé que dans un nombre limité de pays. La question du suicide pose des questions philosophiques, religieuses et politiques. Les religions abrahamiques considèrent que le suicide est une offense envers Dieu[réf. nécessaire].

Le suicide, ses causes et son impact, est un sujet représenté dans les arts et la littérature. Il est également assez fréquemment interprété dans la chanson française.

Le substantif masculin « suicide » est formé, d'après « homicide », du latin sui (« de soi »), génitif du pronom personnel réfléchi se (« se, soi ») et du suffixe « -cide », du verbe latin caedere. Bien que le phénomène soit très ancien, l'origine du mot « suicide » est récente. Sa paternité est souvent attribuée à un écrit de l'abbé Desfontaines en 1737 (Observations sur les écrits modernes, t. XI, p. 299) mais dès 1734, l'abbé Prévost parle de suicide dans sa gazette Pour et Contre, ce néologisme latin semblant même avoir été utilisé dès le XVIe siècle par les casuistes pour contrebalancer le mot homicide utilisé jusque-là et jugé trop fort. Voltaire (qui publie, en 1739, Du suicide ou de l'homicide de soi-même) et les encyclopédistes acceptent ce néologisme et le diffusent. Il est adopté par des jurisconsultes, comme Daniel Jousse, qui feront désormais coexister les deux termes au niveau juridique.

En psychiatrie, le terme tentative d’autolyse peut être employé à la place de tentative de suicide.

Histoire de l'étude du suicide par la médecine et les sciences

L'étude du suicide commence au XIXe siècle et est dominée par deux courants. L'un de ces courants est celui de la médecine et des débuts de la psychiatrie, le second sera celui de la sociologie.

Médecine du XIXe siècle et début XXe siècle

En France en 1838, le médecin Jean-Étienne Esquirol considère que la réaction suicidaire est tellement répandue chez les personnes souffrant de maladies mentales, qu'elle peut être considérée comme un symptôme psychopathologique. L'instinct de conservation est considéré comme normal et son altération est considérée comme un signe d'une pathologie. Cette théorie est reprise par la grande majorité des psychiatres. Pour certains auteurs, les suicidants ne sont pas forcément tous des malades, néanmoins, lors de l'acte suicidaire, ils se trouvent dans un état émotionnel ou affectif pathologique.

Selon l'historien Jean Starobinski, depuis la médecine d'Hippocrate, il existe au moins deux formes de suicide décrites par des expressions diverses : « Les images du suicide, dans la culture de l'Occident, oscillent entre deux types extrêmes : d'un côté, le suicide accompli en pleine conscience, au terme d'une réflexion où la nécessité de mourir, exactement évaluée, l'emporte sur les raisons de vivre ; à l'opposé, l'égarement démentiel qui se livre à la mort sans penser la mort. Les deux exemples antithétiques pourraient se nommer Caton et Ophélie ». La clinique moderne décèle la plupart du temps un mélange des deux types : « On voit fonctionner des formes mixtes, c'est-à-dire celles où raison et déraison se mêlent et se confondent, sans qu'il soit possible de départager ». L'entité psychiatrique la plus souvent invoquée est la dépression et ses différentes formes dont le délire mélancolique ou le raptus suicidaire, qui est une manifestation impulsive liée à une frustration majeure, un mouvement violent incontrôlé, en d'autres termes, pour reprendre la distinction précédente, à une fureur de déraison.

Sociologie du XIXe siècle et début XXe siècle

Émile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie, publie en 1897 le livre Le Suicide où il analyse ce phénomène sous un angle social et par une approche statistique. Son approche est totalement nouvelle : il dégage des régularités statistiques sur un phénomène considéré alors comme relevant seulement de la décision individuelle. Il défend l'idée que la désintégration sociale est la cause première véritable du suicide. Inspiré des travaux de Durkheim, le sociologue Maurice Halbwachs interprète également les taux de suicide dans le contexte général des sociétés et civilisations, parlant de « courants collectifs suicidogènes » qui agissent de plusieurs façons : désintégration du groupe social (suicide égoïste) ; surintégration sociale (suicide altruiste, en particulier dans les sociétés primitives) ; dislocation du groupe social (crises politiques ou économiques) ou insuffisance de cohésion sociale (suicide anomique) ; excès de réglementation sociale (suicide fataliste, chez les esclaves en particulier).

Tandis que cette approche semble opposée à celle de la psychiatrie et de la tradition clinique, ces deux théories sur le suicide sont synthétisées dans l'ouvrage de Deshaies sur le suicide en 1947. Une théorie psychologique du suicide voit alors le jour, intégrant les méthodes statistiques et les observations cliniques, pour envisager le suicidant sous plusieurs dimensions, physique, psychique et sociale.

La suicidologie est, depuis 1969, l'étude des comportements suicidaires et la prévention du suicide. Les approches sont celles de la psychologie et de la sociologie. Le psychologue américain Edwin Shneidman est considéré comme le fondateur de cette discipline avec la fondation en 1958 aux États-Unis d'un premier centre de recherche scientifique voué à l'étude du suicide et à sa prévention.

En psychiatrie contemporaine, les pensées suicidaires, la tentative de suicide ou le suicide, ne sont pas considérés comme des troubles psychiatriques. Ainsi le manuel de diagnostic psychiatrique DSM-5 ne donne pas de code spécifique aux conduites suicidaires. Cette absence de prise en compte sur le plan psychiatrique contraste avec le fait que les conduites suicidaires sont la première raison des hospitalisations d'urgence en psychiatrie hospitalière (cf. controverses scientifiques ci-dessous). De fait, les conduites suicidaires sont considérées comme des conséquences ou complications d'autres troubles mentaux, et non comme des troubles mentaux spécifiques.

Apparue au début du XXIe siècle, la suicidologie critique s'est imposée comme un domaine de recherche et de pratique rassemblant différents acteurs (chercheurs, praticiens, décideurs politiques, usagers de services, etc.) afin de repenser et de réimaginer la recherche du suicide. Les suicidologues critiques affirment que les modèles de recherche traditionnels sur le suicide pathologisent et individualisent la question du suicide, occultant ainsi les contextes sociaux, politiques et historiques qui contribuent à la souffrance humaine et sont essentiels à la théorisation du suicide ainsi qu'à sa prévention. Jennifer White affirme en 2017 « Il est important de noter que travailler dans une perspective de suicidologie critique ne nécessite pas de rejeter la science, les pratiques fondées sur des données probantes ou la suicidologie traditionnelle. Cela ne signifie pas non plus que nous devrions cesser de fournir des soins de santé mentale de haute qualité à ceux qui recherchent une aide professionnelle. La suicidologie critique est plutôt un appel à des paradigmes conceptuels plus larges, dynamiques et créatifs, qui permettront un éventail plus large de réponses. » Parmi les suicidologues critiques notables, on peut citer Jennifer White, Ian Marsh, Katrina Jaworski, Emily Yue et Alexandre Baril.

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