Ce Jour-là

Suger

Abbé et homme d'État français

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Suger (prononciation en français : [syʒɛʁ]), peut-être né à Chennevières-lès-Louvres en 1080 ou 1081 et mort à Saint-Denis le 13 janvier 1151, est un abbé et homme d'État français. Principal conseiller des rois Louis VI le Gros et Louis VII le Jeune, il est connu surtout par ses ambitions théologiques et artistiques qui le conduisirent à reconstruire la basilique de Saint-Denis, première construction d'architecture ogivale, et à donner naissance à l'art gothique.

L'origine de Suger est disputée parmi les historiens : selon les médiévistes Régine Pernoud et Jacques Heers, c'était un fils de serf, famille de paysans attachés à une terre.

Selon l'hypothèse d'un autre historien médiéviste qui s'est penché sur cette question, Jean Dufour (historien), Suger serait au contraire issu d'une famille assez aisée, probablement des minores milites possédant des terres à Chennevières-lès-Louvres situé à 18 km de Saint-Denis, sans en dépendre (peut-être y est-il né). Selon un autre historien, Rolf Grosse, la famille de Suger était probablement liée à la famille chevaleresque des « Orphelin » d'Annet-sur-Marne. L'obituaire de l'abbaye de Saint-Denis donne le nom de son père, Hélinand (Helinandus), un frère, Raoul (Radulphus), et une belle-sœur, Émeline (Emmelina). Ses recherches montrent que l'oncle de Suger, dont il porte probablement le nom, faisait partie des ministériaux de l'entourage de l'abbé de Saint-Denis Yves Ier (1072-1093/1094). La femme de cet oncle aurait été la maîtresse de l'abbé Yves Ier et la marraine de Suger. Cet abbé aurait été le parrain de Suger. Cela expliquerait le choix qu'aurait fait le père de Suger, après la mort de sa femme, vers 1091, de placer son fils, vers neuf ans, comme oblat voué à saint Denis, plutôt que comme novice d'après l'historien Erwin Panofsky. C'est pendant cette première période qu'il rencontre le prince Louis, le futur roi Louis VI, à l'abbaye de Saint-Denis pendant quelques mois vers 1091/1092 avant que ce dernier soit confié au pedagogus Hellouin de Paris.

Il étudie pendant dix ans au prieuré d'Estrées en tant qu'oblat pour devenir moine et rejoint le chapitre de Saint-Denis à l'âge de 20 ans, vers 1101. Il commence peu après à s’intéresser aux archives de l'ensemble monastique avant d'être envoyé dans un monastère inconnu par l'abbé Adam vers 1104, et ce, pour une durée de deux ans. Michel Bur suppose qu'il devait s'agir de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, bien qu'aucun document concernant ces deux années n'ait été conservé.

En 1106, il assiste au concile de Poitiers, puis l'année suivante, il se trouve à l'abbaye de La Charité-sur-Loire, où il défend devant le pape Pascal II l'abbaye de Saint-Denis contre les prétentions de l'évêque de Paris. En 1107, il assiste à la conférence de Châlons. Il administre à cette date la prévôté de Berneval, en Normandie.

En 1109, Suger, alors âgé de 28 ans, est nommé par l'abbé Adam prévôt de Toury. Cette prévôté de l'abbaye de Saint-Denis gouvernait ses possessions dans la Beauce. Face aux agressions de Hugues III du Puiset dont le château se trouve à proximité de Toury, Suger demande l'intervention du roi Louis VI lors de l'assemblée tenue à Melun à partir du 12 mars 1111. À cette réunion sont présents l'archevêque de Sens Daimbert, l'évêque Yves et le chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, les abbés de Saint-Père et de Saint-Jean-en-Vallée, l'évêque d'Orléans Jean II (1096-1135), Étienne de Garlande en tant que prieur de l'église Saint-Aignan d'Orléans, l'abbé de Saint-Denis, Adam, et Suger. Hugues du Puiset ne s'est pas rendu à l'assemblée pour répondre, aussi aucune décision n'est prise. Louis VI demande à Suger d'assurer la mise en défense de Toury. C'est à Compiègne, en juin 1111, qu'une assemblée formée en cour judiciaire — curia regis — prononce la confiscation des fiefs d'Hugues du Puiset. L'ost du roi prend le château de Toury. Par un acte fait en 1118, le roi demande à l'abbé de Saint-Denis d'organiser la défense de la place[réf. incomplète]. Cet acte permet de montrer que le roi s'appuie sur l'abbaye pour assurer la défense de son domaine en garantissant les droits de l'abbaye de Saint-Denis. En 1112, il est le témoin de la convention passée à Moissy-Cramayel entre le roi et Hugues du Puiset. Ce dernier se révolte de nouveau contre le roi et Suger réussit à résister à ses attaques contre Toury. Le roi réussit à reprendre le château avec l'aide des troupes réunies par Suger dans l'été 1112. Il fait alors détruire le château et remet Hugues du Puiset en prison. Il est présent au concile du Latran de 1112 convoqué par le pape Pascal II qui annule les droits d'investiture de l'empereur.

On retrouve Suger, signataire d'un acte de l'abbé Adam en 1114 comme sous-diacre et religieux à Saint-Denis. C'est à partir de 1118 que Suger devient un familier de l'entourage royal. Il semble que cette présence soit probablement due aux liens que sa famille devait avoir avec les Orphelins liés aux Garlande qui sont des proches du souverain.

Il rejoint, à la demande du roi Louis VI, l'ambassade conduite par l'abbé de Saint-Germain-des-Prés Hugues IV de Saint-Denis (1116-1146) auprès du pape Calixte II à l'hiver 1121. Ils retrouvent le pape à Bitonto le 27 janvier 1122.

Élection de Suger comme abbé de Saint-Denis

C'est sur le chemin du retour qu'un moine de Saint-Denis retrouve Suger et lui annonce la mort de l'abbé Adam, le 19 février 1122 et sa propre élection comme abbé de Saint-Denis. Cette élection avait été faite sans demander l'avis du roi. Louis VI aurait d'abord mal pris cette élection quand les principaux dignitaires et les « plus nobles vassaux » ont soumis ce choix à son assentiment, mais il le choisit peu après comme principal conseiller et ministre, le chargeant de conduire le futur Louis VII pour épouser Éléonore d'Aquitaine.

Cette élection sans l'accord préalable du roi ne faisait que reprendre les obligations de la réforme grégorienne d'où a résulté la querelle des Investitures entre la papauté et l'empereur, mais aussi avec les autres puissants.

Pour le roi, dont les évêchés et les abbayes sont des éléments importants de la stabilité de son pouvoir, il ne peut être question de laisser à des clercs la liberté de choix sans prendre un risque politique dans une période d'affrontements féodaux.

En France, Yves de Chartres avait proposé une solution pour essayer de régler les conflits que cette réforme avait entraînés entre les rois de France et l'Église catholique en séparant la part spirituelle des fonctions religieuses réservée aux hommes d'Église et la part matérielle concernant les biens et droits seigneuriaux pouvant être laissée à l'investiture laïque.

Suger cherche alors à concilier cette opposition entre le respect du droit canonique de l'Église en envoyant un clerc romain auprès du pape, et l'accord nécessaire avec le roi en dépêchant deux émissaires vers lui. Ceux qui l'ont élu connaissaient ses relations avec le roi et son entourage. À son arrivée, ses émissaires lui apprennent que le roi lui a accordé sa paix, que les prisonniers sont libres et que son élection a été acceptée. Le roi l'accueille avec d'autres dignitaires ecclésiastiques. Le lendemain de son arrivée, le 11 mars 1122, Suger est ordonné prêtre et le dimanche suivant consacré abbé de Saint-Denis dans l'abbatiale. À la mi-mars, le roi accorda la confirmation des biens et privilèges de l'abbaye octroyée pendant l'abbatiat d'Adam.

Réformateur de l'abbaye de Saint-Denis

Il en devient l'abbé de 1122 à 1151. Esprit pondéré, répugnant aux excès d'ascétisme, il s'oppose à Bernard de Clairvaux. On sait par une lettre LXXVIII de Bernard de Clairvaux (1090-1153) à Suger (1081-1151) qu'une réforme de l'abbaye a eu lieu en 1127. Le goût des ornements dont Suger veut doter son église s'oppose à l'exigence de dépouillement, le refus de tout ornement et de tout luxe ou de sujets figuratifs détournant les moines de la prière que prône saint Bernard dans ses écrits et dans l’Exordium Magnum Ordinis Cisterciensis. Bernard de Clairvaux écrit dans l'Apologie à Guillaume de Saint-Thierry :

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