Stephen Joseph Harper, né le 30 avril 1959 à Toronto (Ontario), est un homme d'État et économiste canadien. Il est premier ministre du Canada du 6 février 2006 au 4 novembre 2015.
Il représente la circonscription de Calgary Heritage à la Chambre des communes de 2015 à 2016, après avoir représenté Calgary-Ouest de 1993 à 1997, puis Calgary-Sud-Ouest de 2002 à 2015. Membre fondateur du Parti réformiste, il quitte le Parlement temporairement pour diriger la Coalition nationale des citoyens, un groupe de pression conservateur qui milite en faveur d'une réduction des impôts et du rôle du gouvernement. Après la démission de Stockwell Day de son poste de chef du parti, en 2002, Harper est élu chef de l'Alliance canadienne. En 2003, il réussit à conclure un accord avec Peter MacKay, chef du Parti progressiste-conservateur, pour fusionner les deux partis. Le 20 mars 2004, Harper est élu chef du nouveau Parti conservateur et il le reste jusqu'au 19 octobre 2015.
Le 23 janvier 2006, il remporte les élections fédérales face au premier ministre sortant Paul Martin. Il est assermenté avec son gouvernement le 6 février 2006, formant un gouvernement minoritaire et mettant un terme à plus de douze ans de gouvernement du Parti libéral. Le 14 octobre 2008, il est réélu comme premier ministre pour un deuxième mandat, dans un gouvernement minoritaire renforcé. Au cours de ce mandat, son gouvernement réussit à proroger la session parlementaire pour défaire une coalition potentielle des partis d'opposition. Par ailleurs, il affronte la crise économique de 2008 et ordonne une intervention militaire lors de la première guerre civile libyenne. Il est finalement renversé par une motion de censure pour « outrage au Parlement » en mars 2011. À la suite d'élections fédérales anticipées en 2011, il obtient la majorité absolue et est réélu pour un mandat de quatre ans. Durant son troisième mandat, il abolit le registre des armes d'épaule, retire le Canada du Protocole de Kyoto, lance une intervention militaire en Irak et en Syrie contre l'État islamique et affronte les scandales des appels automatisés des élections précédentes et des dépenses du Sénat.
Bien que Harper soit réélu lors des élections fédérales de 2015, les conservateurs sont battus par le Parti libéral. Son chef Justin Trudeau accède ainsi au poste de premier ministre. Le 25 mai 2016, Stephen Harper fait savoir qu'il quitte la vie politique et démissionnera de son mandat de député avant la reprise des travaux parlementaires ; sa démission est effective le 26 août 2016.
Harper naît le 30 avril 1959, à Toronto, où sa famille emménage quelques années plus tôt. Son père, qui est originaire de Moncton, est comptable agréé et travaille pour Imperial Oil. Durant l'été 1969, il suit des cours d'immersion française. Il entreprend ses études secondaires au Richview Collegiate Institute à Etobicoke, où il suit notamment des cours de français et de latin, et excelle en mathématiques et sciences. Déjà intéressé par la politique, il est membre du club des Jeunes libéraux. En 1978, il s'inscrit à l'Université de Toronto, mais abandonne ses études après deux mois et part pour Edmonton, où il obtient un travail à Imperial Oil. En 1980, il déménage à Calgary, où il travaille au service informatique de la même compagnie.
En 1981, il s'inscrit à un baccalauréat en économie à l'Université de Calgary qu'il complète en 1985. Il retournera plus tard à l'Université de Calgary pour compléter une maîtrise en économie dont il obtient le diplôme en 1991. Déçu de Pierre Elliott Trudeau et du Parti libéral à la suite de la mise en place du Programme énergétique national (PEN) en 1980, il abandonne le Parti libéral et travaille activement à l'élection du député conservateur Jim Hawkes.
En 1985 et 1986, il est l'assistant de Jim Hawkes à Ottawa. Il est cependant rapidement déçu des politiques fiscales de Brian Mulroney et de Jim Hawkes, dont le comité recommande d'étendre les prestations d'assurance-emploi à des groupes de personnes vulnérables. Déplorant aussi le fait que Mulroney n'ait pas été capable de révoquer le PEN avant 1986, il quitte Ottawa et retourne à Calgary où il s'inscrit à une maîtrise en économie.
En 1987, sur la recommandation du professeur Bob Mansell, il se rend à Vancouver pour participer à une conférence qui devait servir de tremplin à la fondation du Parti réformiste par Preston Manning. Il y présente un texte écrit conjointement avec John Weissenberger intitulé « A Taxpayers Reform Agenda ». Reprenant les arguments typiques de la droite, ils opposaient les intérêts des contribuables à ceux des fonctionnaires et groupes de pression dont le revenu dépend essentiellement des largesses de l'État. Ils recommandaient aussi la fin des nominations partisanes, une plus grande implication de la base dans les politiques du parti, la réduction de la taille de l'État et le rejet de l'Accord du lac Meech, parce qu'il accordait un statut spécial au Québec, en contradiction avec le principe d'égalité des provinces.
Le 30 octobre 1987, à l'assemblée de fondation du Parti réformiste à Winnipeg, il donne une conférence intitulée « Achieving Economic Justice in Confederation », dans laquelle il reprend des calculs selon lesquels l'État fédéral aurait extorqué aux provinces de l'Ouest quelque 70 milliards de dollars au profit des provinces de l'Est et particulièrement du Québec. Il dénonce le renforcement par Mulroney des exigences de bilinguisme dans la fonction publique, la montée de l'État providence et la faiblesse d'Ottawa face aux demandes du Québec. Il développe aussi la nécessité d'un traitement équitable de toutes les provinces et d'une représentation régionale au Sénat, selon la formule du « triple E ». Ce discours longuement acclamé valut à Harper d'être nommé directeur des politiques du Parti réformiste.
Nommé candidat dans la circonscription de Jim Hawkes à Calgary-Ouest, il prépare la plateforme électorale du parti, dont le slogan est The West wants in. Sur le plan des politiques sociales, ce document rejette les lois sur le salaire minimum, les allocations familiales, le crédit d'impôt pour enfant, l'exemption de personne mariée, les déductions pour garderie ainsi que les contributions fédérales d'assistance sociale, de pension et de logement subventionné. Il perd l'élection de 1988 par une large marge. Toutefois, Deborah Grey ayant été élue peu après, il devient son conseiller et rédige ses discours de 1988 à 1993.
En 1992, il s'oppose à Preston Manning sur la position à prendre vis-à-vis de l'Accord de Charlottetown, qu'il rejette radicalement, alors que son chef est plutôt enclin à une position de compromis. Sa position est très populaire auprès de la base du parti et finit par l'emporter.
Il remporte l'élection de 1993 face à Jim Hawkes et entre au Parlement avec 51 autres députés de son parti. Il semble avoir bénéficié d'une campagne publicitaire de 50 000 $ organisée par la Coalition nationale des citoyens visant à détruire l'image de Jim Hawkes, sans toutefois que soit mentionné le nom de Stephen Harper.
Député remarqué au Parlement, il se signale par ses positions modérées en matière sociale. Ainsi, il vote en première et seconde lecture en faveur de la mise sur pied d'un registre canadien des armes à feu, mais finit par voter contre afin de ne pas décevoir son électorat. Il s'oppose aussi à une résolution du caucus de son parti visant à exclure les homosexuels de la Charte canadienne des droits et libertés, mais il s'oppose à un projet de loi qui veut étendre les avantages fiscaux de personne mariée aux couples de même sexe.
Il est surtout actif sur le front constitutionnel. Au fil des ans, les rapports avec Manning sont devenus de plus en plus tendus. Dès 1994, il avait sapé la crédibilité de son chef en révélant à la presse que le Parti lui versait en cachette un supplément de salaire de 31 000 $ par an. Cette révélation avait fait scandale et créé de fortes tensions dans les rangs de son parti. Le 14 janvier 1997, il démissionne de son poste de député pour devenir vice-président de la Coalition nationale des citoyens (NCC).