Ce Jour-là

Stenka Razine

Chef cosaque et pirate (1630-1671)

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Stepan (Stenka) Timofeïevitch Razine (en russe : Степан (Стенька) Тимофеевич Разин, en ukrainien : Степан Тимофійович Разін ; 1630-1671) est un chef cosaque et pirate qui mena un soulèvement contre la noblesse et la bureaucratie tsariste dans le sud de la Russie.

La première trace de Stepan Razine remonte à 1661, lors d'échanges diplomatiques entre les Cosaques du Don et les Kalmouks tatars, durant lesquels il participa à plusieurs ambassades de la Troupe du Don chez les Moscovites. La même année, Razine effectua un long pèlerinage jusqu'au monastère Solovetski, situé sur la mer Blanche. Il se fit ensuite connaître en tant que chef d'une communauté de voleurs établis à Panchinskoïe, entre les rivières Tichina et Ilovlia, où il vivait de pillages et de vols.

Issu d'une famille riche, Razine est décrit par ses contemporains comme un homme d'expérience, énergique et intelligent. Le voyageur hollandais Struys décrit en 1669 « Stepko Radzin, que ses cruautés ont rendu célèbre » : « Il avait l'air grand, le port noble, et la mine fière. Sa taille était avantageuse, et son visage un peu gâté de la petite vérole. Il avait le don de se faire craindre, et celui de se faire aimer ».

Les guerres de 1654-1667 contre la Pologne et de 1656-1658 contre la Suède pesèrent lourdement sur le peuple russe. Les taxes et la conscription augmentèrent. Beaucoup de paysans espéraient y échapper, ainsi qu'au servage, en rejoignant les Cosaques dirigés par Stepan Razine qui furent aussi rejoints par des représentants de groupes exclus par le gouvernement russe, comme les classes les plus basses de la société et les ethnies non russes opprimées.

Le premier exploit de Razine fut de détruire un grand convoi de bateaux de fret transportant des richesses appartenant à de riches marchands moscovites ou au patriarche. Razine descendit la Volga avec une flotte de quarante-cinq galères, s'emparant des forts importants de cette voie et dévastant le pays. Au début de l'année 1668 il vainquit le voïvode Iakov Bezobrazov, envoyé contre lui depuis Astrakhan, et durant le printemps, il embarqua pour une expédition de pillage en Perse qui dura dix-huit mois.

Naviguant sur la mer Caspienne, il ravagea la côte perse depuis Derbent jusqu'à Bakou, massacrant les habitants de Racht et, durant l'année 1669, s'établit sur l'île de Suina (en) puis battit en juillet une flotte perse lancée contre lui. Razine et ses hommes s'emparèrent d'un abondant butin ainsi que du fils et de la fille de Mendy-chah. Stenka Razine, comme il était généralement appelé, devint dès lors un potentat que les princes ne pouvaient ignorer.

En août 1669 il réapparut à Astrakhan et accepta une offre avantageuse de pardon formulée par le tsar Alexis Mikhaïlovitch. Le peuple était alors fasciné par ses aventures. Les régions russes les moins assujetties à la loi, près d'Astrakhan, où l'atmosphère était dangereuse et où beaucoup de gens étaient encore nomades, étaient propices à une rébellion comme celle de Razine.

En septembre 1669, effrayés par la puissance de Razine, les voïvodes d'Astrakhan lui ouvrirent les portes de la ville en échange d'une part de son butin. Ce même mois, les détachements de Razine remontèrent la Volga et occupèrent Tsaritsyne. Après avoir libéré les détenus, ils revinrent, accompagnés de centaines de travailleurs d'Astrakhan et de Tsaritsyne, sur le Don. De multiples actes de brigandage eurent ensuite lieu.

En 1670, Razine, pendant son retour vers le quartier général cosaque situé sur le Don, commença une rébellion ouverte contre le gouvernement, capturant Tcherkassy, Tsaritsyne et d'autres lieux. Il pénétra le 24 juin dans Astrakhan même, avec une armée de 7 000 hommes surtout composée de cosaques pauvres et de paysans fugitifs. Après avoir massacré tous ceux qui s'opposaient à lui, dont deux princes Prozorovsky, et pillé les riches bazars de la ville, il fit d'Astrakhan une république cosaque, divisant la population en milliers, centaines et dizaines, avec leurs propres officiers. Dirigés par des vétchés (assemblées russes) ou des assemblées générales, leur première mesure fut de proclamer Stepan Razine leur gosudar, c'est-à-dire leur souverain.

Après trois semaines de carnages et de débauches, Razine quitta Astrakhan avec deux cents bateaux remplis de troupes pour établir la république cosaque le long de la Volga, afin d'avancer ensuite jusqu'à Moscou. Saratov et Samara furent prises, mais la ville de Simbirsk résista, et après deux batailles sanglantes près de la rivière Sviaga (1er puis 4 octobre), Razine fut mis en déroute et s'enfuit par la Volga, laissant la majorité de ses troupes et de ses fidèles aux mains des vainqueurs.

La défaite de Simbirsk s'explique surtout par le fait que les troupes de Razine, fortes de vingt mille combattants, formaient une armée indisciplinée et mal organisée, qui affronta des troupes régulières entraînées selon les méthodes occidentales. En effet, à la garnison placée sous le commandement du voïvode Ilya Miloslavski vinrent s'ajouter des renforts du prince Bariatinski, venu de Kazan.

Mais la rébellion se propagea par d'autres moyens. Les émissaires de Razine, partis de Tsaritsyne armés de proclamations enflammées, allèrent dans les gouvernements modernes de Nijni Novgorod, Tambov, Penza et même jusqu'à Moscou et Novgorod. Il ne fut pas difficile d'inciter la population oppressée à la révolte par la promesse d'une délivrance. Razine proclama que son objectif était de renverser les boyards et les officiers, d'installer l'absolue égalité dans toute la Moscovie, en supprimant les hiérarchies.

Razine proclamait son hostilité aux boyards et aux maîtres, mais ne faisait pas du tsar son ennemi. La rumeur voulait alors que Razine eût pour compagnons le tsarévitch Alexis et le patriarche Nikon disgracié. Le peuple et les soldats firent bon accueil aux idées de Razine, et les tribus indigènes souhaitèrent même renverser l'ordre établi. Dans les villes où il passa, les membres des classes supérieures furent massacrés.

Les populations de la Volga, Tchouvaches, Maris, Mordves, Tatars, se joignirent aux insurgés. Toute la région de la Volga et l'est de l'Ukraine s'étaient soulevés, les paysans assiégeant les couvents et mettant à sac les domaines.

Le 30 novembre 1670, les troupes du Général Iouri Dolgoroukov reprirent Temnikov. Alena Arzamasskaia, capturée, fut brûlée vive sur le bûcher.

Au début de l'année 1671, l'issue de la lutte était encore incertaine. Huit batailles menées durant l'insurrection entraînèrent des signes d'épuisement de la part des troupes de Razine, qui n'étaient pas composées de soldats réguliers et qui n'avaient pas l'entrainement nécessaire à une guerre, et cela continua six mois. Cependant, à Simbirsk, le prestige de Razine avait été dissipé. Même ses propres campements à Saratov et Samara refusèrent de lui ouvrir leurs portes et les Cosaques du Don, apprenant qu'il avait été excommunié par le patriarche de Moscou, se déclarèrent même hostiles.

En 1671, lui et son frère Frol Razine furent capturés à Kagalnyk, sa dernière forteresse, et acheminés par les autorités cosaques jusqu'à Moscou, où, après torture, le 6 juin 1671, Stepan fut traîné, pendu et équarri sur la place Rouge.

Astrakhan, dernier foyer de la révolte, se rendit à son tour quelques mois plus tard.

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