Stefano Bontate ou Stefano Bontade, né le 23 avril 1939 à Palerme et mort le 23 avril 1981 dans la même ville est un chef de la Mafia sicilienne. Il était le capo de la famille Santa Maria di Gesù à Palerme. Il était aussi connu sous les surnoms de « Prince de Villagrazia » ( secteur de Palerme qu’il contrôlait), et Il Falco (le faucon).
Il avait des liens avec plusieurs hommes politiques importants dont Giulio Andreotti. En 1981, il a été assassiné par une faction rivale au sein de Cosa Nostra, les Corleonesi. Son assassinat, commandité par Toto Riina, marque le début de la deuxième guerre de la mafia, nom donné à un conflit interne à Cosa Nostra qui se déroula en Sicile au début des années 1980 et se traduisit par environ mille assassinats.
Bontate est né à Palerme en Sicile, dans une famille de mafiosi. Son père et son grand-père étaient de puissants chefs de la Mafia dans les quartiers de Villagrazia, Santa Maria di Gesù et Guadagna, qui étaient des zones rurales avant d’être absorbés par la ville de Palerme dans les années 1960. Le père de Stefano, Francesco Paolo Bontate, était l’un des plus puissants mafiosi de l’île et a été l’un des porteurs de cercueil aux funérailles de Calogero Vizzini, l’un des chefs mafieux les plus puissants en Sicile après-guerre jusqu’à sa mort en 1954.
Stefano Bontate et son frère Giovanni Bontate, qui deviendra plus tard avocat, ont étudié dans un collège de jésuites. En 1964, à l’âge de 25 ans, Stefano Bontate est devenu le chef de la famille de Santa Maria di Gesù quand son père, Don Paolino, s’est retiré à cause de problèmes de santé (il souffrait du diabète). La Mafia vivait des temps difficile durant cette période. Une sanglante lutte interne, connue comme la Première Guerre de la Mafia, a culminé avec le massacre de Ciaculli en juin 1963, au cours duquel sept officiers de police et militaires ont été tués en cherchant à désamorcer une bombe placée dans une Alfa Romeo Giulietta abandonnée, à laquelle ils s’étaient intéressé après un appel téléphonique anonyme.
Le massacre de Ciaculli a modifié la situation, d’une lutte à l’intérieur de la Mafia à une lutte contre la Mafia. Cela a été la mise en place des premiers efforts anti-mafia concertés de l’État italien après la guerre. Plusieurs centaines d’arrestations. La Cupola (en) (Commission de la Mafia sicilienne) a été dissoute, et les mafiosi qui avaient échappé à l’arrestation étaient exilés ou se cachaient. En 1968, 114 prévenus ont été jugés, mais seules dix de figures mineures ont été condamnées.
Après l’assassinat de Pietro Scaglione, le procureur général de Palerme, 5 mai 1971, la police a réalisé une rafle parmi les chefs connus de la Mafia. Bontate a été arrêté en 1972 et a été condamné à une peine de prison de trois ans lors du deuxième procès des 114 en juillet 1974, mais la sentence a été infirmée en appel. Néanmoins, Bontate a été envoyé en exil à Qualiano, dans la province de Naples. La politique, pratiquée par les autorités, d’exiler des mafiosi dans d’autres régions d’Italie a été contre-productive, car cela les a incités à établir des contacts en dehors de l’île. Bontate a ainsi établi des liens avec Giuseppe Sciorio, du clan Maisto, dans la Camorra, qui sera initié dans Cosa Nostra.
Contrebande de cigarettes et trafic d’héroïne
Bontate et d’autres mafiosi exilés se sont intégrés au marché international de la contrebande de cigarettes, en imposant, d’abord leur protection, ensuite leurs investissements aux trafiquants de Naples connectés à la Camorra et de Palerme, qui pratiquaient cette activité depuis les années 1950. Un trafiquant prospère tel que l’était Nunzio La Mattina a ainsi été initié à Cosa Nostra dans la famille Santa Maria di Gesù.
C’est grâce aux trafics de cigarettes, puis d’héroïne, que de nombreux mafiosi ont été capables de surmonter les difficultés consécutives au massacre de Ciaculli. Ils ont commencé à amasser d’immenses sommes d’argent rapidement. Selon le pentito (repenti de la Mafia) Antonio Calderone, Bontate avait coutume de dire qu’il avait été chanceux que Tommaso Spadaro (parrain d’un de ses fils) ait démarré un petit trafic de cigarette et lui ait donné une part des profits, car ils étaient en train de « mourir de faim ».
Bontate était étroitement lié au réseau Spatola-Inzerillo-Gambino. Ce réseau, et d’autres fournisseurs siciliens ont dominé le trafic d’héroïne à partir du milieu des années 1970 jusqu’au milieu des années 1980, quand les autorités des États-Unis et d’Italie ont réussi à réduire significativement l’approvisionnement d’héroïne via la Mafia sicilienne, ce que l’on a appelé la Pizza Connection. Les trafiquants siciliens Bontate, Spatola et Inzerillo fournissaient les Américains de la famille Gambino à New York, en héroïne raffinée dans des laboratoires sur l’île, à partir de morphine-base provenant de Turquie. Selon le juge anti-mafia Giovanni Falcone, ce groupe a ainsi réalisé 600 millions de dollars de bénéfices. Ces sommes ont été réinvesties dans l’immobilier. Rosario Spatola, qui dans sa jeunesse était livreur de lait, est ainsi devenu le plus grand entrepreneur dans la construction à Palerme et le plus important contribuable de Sicile.
Le repenti Francesco Marino Mannoia, qui appartenait à la famille de Santa Maria di Gesù et qui était réputé dans toutes les familles de la Mafia pour ses compétences de chimiste, a indiqué avoir raffiné au moins 1 000 kilos d’héroïne pour Bontate. Marino Mannoia, qui avait été proche de Bontate a décidé de coopérer avec la Justice italienne en octobre 1989, après que son frère ait été tué par les Corleonesi, ainsi que sa mère, sa sœur et sa tante. Selon Marino Mannoia, le banquier sicilien Michele Sindona a blanchi les revenus de ce trafic d’héroïne.
En mai 1994, le pentito Tommaso Buscetta a déclaré que Bontate avait été impliqué dans l’assassinat d’Enrico Mattei, le patron de l’entreprise d’État pétrolière ENI. Mattei aurait été tué en 1962 à la demande de la Cosa Nostra américaine, plus précisément d’Angelo Bruno, chef de la Mafia de Philadelphie, relayant lui-même une requête de certaines compagnies pétrolières américaines dont les intérêts au Moyen-Orient avaient été contrariés par la politique de Mattei. Buscetta a prétendu que cet assassinat avait été organisé sous la supervision de Stefano Bontate, Salvatore Greco et Giuseppe Di Cristina.
Buscetta a aussi prétendu que le journaliste Mauro De Mauro avait été tué en septembre 1970 sur ordre de Bontate, à cause de son enquête sur la mort de Mattei. Buscetta a dit que Bontate a organisé l’enlèvement du journaliste, parce que les pistes de De Mauro étaient en train de le mener vers la Mafia. D’autres repentis ont dit que De Mauro avait été enlevé par Emanuele D’Agostino, un mafioso de la famille de Bontate. Le corps de De Mauro n’a jamais été retrouvé. Marino Mannoia a témoigné qu’il a reçu l’ordre de Bontate, dans les années 1970, de faire disparaître plusieurs corps, dont celui de De Mauro, en les faisant dissoudre dans de l’acide.
Michele Sindona était le responsable de l’une des plus grosses banques aux États-Unis, la Franklin National Bank, il contrôlait les investissements financiers à l’étranger du Vatican, et il était un important bailleur de fonds du parti au pouvoir, Démocratie chrétienne, selon une commission d’enquête parlementaire en 1982. L’enquête a aussi révélé les relations entre Sindona et Giulio Andreotti, qui a été plusieurs fois Président du Conseil et a une fois défini Sindona comme le « sauveur de la lire ».
Après la faillite de la banque de Sindona, la Banca Privata Italiana, en 1974, ce dernier a fui aux États-Unis. En juillet 1979, Sindona a commandité l’assassinat de Giorgio Ambrosoli, un juriste nommé pour liquider sa banque. Au même moment, la Mafia a tué le surintendant de la police Boris Giuliano qui enquêtait sur les trafics d’héroïne et avait contacté Ambrosoli deux semaines auparavant pour qu’ils comparent leurs enquêtes respectives.
Alors qu’il était sous le coup d’une mise en accusation pour fraude de la Justice américaine, Sindona a mis en scène un faux enlèvement en août 1979 pour dissimuler un séjour mystérieux de onze semaines en Sicile avant la date prévue de son procès. Le beau-frère de Bontate, Giacomo Vitale, était l’une des personnes qui a organisé ce séjour de Sindona. Le but réel de cet enlèvement était d’envoyer des messages aux anciens alliés politique de Sindona, en particulier Andreotti, un chantage à peine déguisé pour que soit organisé le renflouement de la banque de Sindona, et permettre ainsi à la Mafia de récupérer son argent. Cette machination a échoué, et après sa « libération », Sindona s’est rendu au FBI.