Le Special Operations Executive (SOE, « Direction des opérations spéciales ») est un service secret britannique qui opère pendant la Seconde Guerre mondiale. Le SOE est créé le 19-22 juillet 1940 par Winston Churchill et dissout le 30 juin 1946. Il a pour mission de soutenir les divers mouvements de résistance des pays d'Europe occupés par l'Allemagne et l'Italie et, progressivement, de tous les pays en guerre, y compris en Extrême-Orient (« Force 136 »).
Présent dans les pays de l'Axe Rome-Berlin-Tokyo, le SOE déploie également des sections dans des pays neutres (Espagne, Syrie, etc.).
La place du SOE dans l'histoire de la Résistance est complexe et donne lieu à certaines confusions : rattaché au ministère de l'Économie de guerre, le SOE ne dépend pas du ministère de la Guerre (« War Office »), pas davantage que des autres services secrets britanniques, tels que le Intelligence Service.
Les Britanniques cherchent à orienter l'activité des résistants des pays occupés dans un sens qui contribue à la réalisation de leurs plans de guerre globaux. L'activité des résistants revêt plusieurs formes :
sabotages pour contrer le dispositif de guerre : sabotages d'installations militaires, industrielles ou ferroviaires ;
opérations destinées à inquiéter, déstabiliser, affaiblir l'ennemi, au cœur des pays occupés : attentats, assassinats, déraillements de convois de troupes.
obtention de renseignements sur les plans de l'ennemi : les intentions générales, les mouvements de troupes prévus ou constatés.
Le SOE est l'organisation chargée de l'action, dans l'attente de la reprise des opérations militaires. Pour ce faire, il doit, pour chaque pays concerné, procéder par étapes :
commencer par s'assurer de l'existence effective d'une résistance, et prendre contact avec ses membres ; au besoin, susciter la création de groupes de résistance ;
maintenir le contact, après qu'il a été établi ;
fournir aux résistants les moyens nécessaires pour mener la lutte contre l'ennemi : l'encadrement (organisation en réseaux, direction des réseaux, méthodes de lutte clandestine, désignation des missions, protection et évasion des résistants en danger), le matériel (les armes, les munitions et les explosifs, les vêtements, la nourriture, etc.) et l'argent.
Techniques utilisées pour les opérations
Pour réaliser ses opérations, le SOE a développé différentes techniques de guerre clandestine :
Transports. Il s'agit d'acheminer et de déposer dans les pays occupés les agents et les matériels (conteneurs, armes et munitions, documents, argent, etc.), ainsi que de récupérer et de rapatrier en Angleterre des agents en fin de mission ou en danger, des soldats, des résistants ou des personnalités (par exemple : André Dewavrin, Pierre Brossolette, Jean Moulin, Jean de Lattre de Tassigny et François Mitterrand).
Opérations maritimes. Pendant les premiers mois de son activité, le SOE n'a comme choix que la voie maritime, dans les limites imposées par l'amirauté : barques de pêche bretonnes, vedettes lance-torpilles, felouques méditerranéennes, sous-marins, bateaux de marchandise armés, etc. permettent des débarquements individuels ou des ramassages pour les sections F et RF, ou des évasions, soit pour la ligne VAR de la section DF (la ligne se termine par une traversée depuis la côte nord de Bretagne), soit pour la section EU/P (felouques avec équipages polonais), de Gibraltar à la Côte d'Azur, d'Afrique du Nord en Corse, de Corse en France ou en Italie.
Opérations aériennes. C'est la RAF qui assure les transports aériens pour le compte du SOE, comme pour tous les services spéciaux britanniques. Le plus souvent, les vols ont lieu de nuit, par ciel clair et en période de pleine lune, de façon à faciliter la navigation à vue et le repérage précis des lieux de destination des parachutages et des atterrissages.
Parachutage. Cette méthode est utilisée pendant toute la guerre pour l'acheminement des armes et dans les premiers temps pour celui des agents. Lorsque l'agent ne dispose pas de comité de réception au sol, on parle de parachutage à l'aveugle. Le premier agent parachuté de cette façon est Georges Bégué, dans la nuit du 5-6 mai 1941, dix mois après la formation du SOE.
Atterrissage. Pour améliorer l'efficacité (précision et sécurité) par rapport au parachutage, le SOE fait atterrir des avions derrière les lignes ennemies. Des résistants, avertis par message codé émis par la BBC, forment un comité de réception : celui-ci prépare un balisage lumineux au sol (en L) pour indiquer au pilote l'endroit et le sens de l'atterrissage ; il accélère les transferts ; il réceptionne les nouveaux arrivants ; il aide l'avion à redécoller et il efface les traces sur le terrain. Cette méthode est surtout utilisée en France zone nord, avec le Westland Lysander (voir l'image ci-contre). C'est dans la nuit du 4-5 septembre 1941 que le premier agent du SOE à être acheminé de cette façon, Gerry Morel, atterrit près de Chateauroux, le Lysander étant piloté par Nesbitt-Dufort. Autre avantage de la méthode, l'avion peut être chargé à nouveau pour son retour et ramener ainsi soit des personnes soit des documents (courrier, rapports, plans) en Angleterre. Pour améliorer encore la précision des atterrissages, le SOE utilise de nouveaux appareils :