Ce Jour-là

Sophie Chotek

Femme de l'archiduc François-Ferdinand

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Sophie Marie Joséphine Albine Chotek de Chotkowa et Wognin, née le 1er mars 1868 à Stuttgart et morte assassinée le 28 juin 1914 à Sarajevo, fut demoiselle d’honneur à la Cour d’Autriche avant de devenir l’épouse morganatique de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de l’Autriche-Hongrie. Elle est titrée après son mariage duchesse de Hohenberg.

Elle meurt lors de l’attentat de Sarajevo, qui fut dirigé contre son époux, qui en est aussi mort, et ce qui déclencha la Première Guerre mondiale.

La comtesse Sophie Marie Joséphine Albina Chotek de Chotkow et Wognin est née le 1er mars 1868 à Stuttgart, dans le royaume de Wurtemberg. Elle est la quatrième fille du comte tchèque Bohuslaw Chotek von Chotkow und Wognin et de la comtesse Wilhelmine Kinsky de Wchnitz et Tettau (surnommée Minzie) et est la cinquième d’une fratrie de sept enfants, dont six filles. Les Chotek sont nobles depuis le XIVe siècle mais sans rang dynastique, bien que Sophie soit la descendante d’Elisabeth, sœur de Rodolphe Ier de Habsbourg, « roi des Romains », également ancêtre de François Ferdinand. Les Chotek sont élevés à la dignité comtale en 1723.

Fille d’un diplomate de petite fortune, Sophie Chotek est amenée à voyager beaucoup, de Bruxelles à Vienne en passant par Saint-Pétersbourg et Stuttgart où elle était née. Elle reçoit une éducation raffinée, délivrée par un précepteur : arts, lettres, histoire, et langues (latin, grec, allemand, tchèque, français...). Après la mort de sa mère, elle s’occupe de maison et de la domesticité, qu’elle gère à l’économie. Son père meurt peu après en 1896, la laissant célibataire à 28 ans avec ses six frères et sœurs. Des parents s’occupèrent d’eux.

Sa sœur aînée, la comtesse Zdenka, entre par la suite comme dame d’honneur chez l’archiduchesse Isabelle, née princesse de Croÿ et épouse de l’archiduc Frédéric. Mais la piété ardente de Zdenka et la ferveur de sa foi l’entrainent à entrer en religion (elle finit par devenir mère supérieure d’un couvent du Sacré-Cœur, où sont élevées les filles des familles aristocratiques autrichiennes). Zdenka obtient, avant son départ, d’être remplacée dans sa charge de dame d'honneur de l’archiduchesse, par sa sœur cadette Sophie qui y reste jusqu'à l'âge de trente ans, âge auquel elle est, pour cette raison, toujours célibataire.

L’archiduchesse Isabelle a six filles et invite en sa demeure de Presbourg (Bratislava) (où demeure alors l’archiduc Frédéric) l’archiduc François-Ferdinand, un parti des plus avantageux pour sa fille aînée Marie-Christine, âgée de dix-huit ans. François-Ferdinand, fils de l’archiduc Charles-Louis (frère de l’empereur François-Joseph) et de la princesse Marie Annunziata de Bourbon-Deux-Siciles, âgé de 33 ans, est l’héritier du trône d’Autriche depuis la mort tragique de son cousin Rodolphe à Mayerling. Par ailleurs, il est atteint d’une maladie pulmonaire s’apparentant à la tuberculose. Guéri, il visite ses cousins en 1896 (certaines sources disent 1894 ou 1897) et rencontre alors Sophie, âgée de 28 ans. Sophie et lui se trouvent notamment en commun une fervente piété catholique et d’avoir tous les deux vécu à Prague. Ils mènent une relation secrète jusqu'en 1899. Sur l’entremise de la comtesse Clementine von Lützow, une dame d’honneur de l’impératrice Élisabeth, François-Ferdinand et Sophie Chotek passent quelques jours à l’abri des regards dans la station thermale de Neuenahr en 1898. C’est Sophie qui l’aurait convaincu de se soigner sérieusement. François-Ferdinand et Sophie vivent une idylle secrète durant deux ans.

Difficultés et rebondissements de l’union de Sophie et François-Ferdinand

Les nombreuses visites de François-Ferdinand flattent l’archiduchesse Isabelle, qui ambitionne toujours de faire épouser l’une de ses sept filles par l'héritier du trône. L’idylle du jeune couple est révélée au grand jour quand l’archiduchesse veut regarder dans la montre à gousset oubliée par son prestigieux visiteur mais elle ne contient le portrait d'aucune de ses filles, seulement celui de sa dame d’honneur. Offusquée par ce qui est considérée à l'époque comme une relation inégale, l’archiduchesse devient alors l’ennemie jurée du jeune couple et tente par tous les moyens de rendre impossible leur union. À cette époque, la Cour impériale a déjà été ébranlée en 1889 par la mort de l’archiduc héritier Rodolphe dont la faillite de la vie conjugale était patente. À 30 ans, Sophie Chotek, est démise de ses fonctions auprès de l’archiduchesse Isabelle et l’affaire devient un scandale public à la Cour de Vienne : elle doit se réfugier à Dresde chez son frère et sa sœur.

L’empereur François-Joseph lui demande d’y réfléchir quelques mois et l’archiduc accepte. Le délai dépassé, François-Ferdinand sûr de ses sentiments pour Sophie, tient tête à l’empereur François-Joseph qui se retrouve face à un choix cornélien : accepter le mariage de son neveu avec une jeune femme noble mais n’appartenant pas à une famille royale ou princière, ou l’écarter du trône au profit de son plus jeune frère l’archiduc Otto (père du futur empereur Charles), connu pour mener une vie parsemée de scandales et de débauche.

En 1899, l’empereur cède en partie en acceptant le mariage morganatique de son héritier : François-Ferdinand reste son successeur mais accepte que sa future descendance soit exclue de la succession au trône d’Autriche, et que Sophie ne soit pas élevée au titre d’archiduchesse mais reste comtesse et ne partage pas les charges et privilèges des membres de la famille impériale. Elle aurait pourtant pu être sacrée princesse de Hongrie car le rang de princesse de naissance n’y est pas nécessaire pour être couronnée, mais le pacte de succession stipule qu’un membre de la maison de Habsbourg-Lorraine ne peut être roi de Hongrie que s’il est héritier d’Autriche de plein droit. En revanche, François-Ferdinand conserve son rang. Ce compromis est en contradiction avec le principe de la maison de Habsbourg-Lorraine qui veut que le fils succède au père.

François-Ferdinand prête serment d’obéir à ce pacte le 28 juin 1900, à la Hofburg, résidence d’hiver de l'empereur et sa famille à Vienne, devant les archiducs, les ministres, le cardinal et les dignitaires de la cour, déclarant publiquement que son mariage avec Sophie Chotek sera une union morganatique. Il s’agit du premier mariage morganatique dans la maison de Habsbourg-Lorraine[Quoi ?] et son caractère est reconnu par une loi du 24 juin 1900. Le couple se marie le 1er juillet 1900 à Reichstadt (aujourd'hui Zákupy, en République tchèque). Quelques rares membres de la famille impériale sont présents, comme l’archiduchesse Marie-Thérèse, belle-mère de l'archiduc — qui avait appuyé la décision de François-Ferdinand auprès de l’empereur — et ses deux filles. Les journalistes de l’époque décrivent la comtesse Chotek comme « une femme aux grands yeux sombres, à la belle chevelure aux reflets bleutés à force d’être noire, avec un sourire ravissant dévoilant une jolie fossette, portant une robe de satin blanc, une couronne de myrte et d'oranger, avec un diadème en diamants offert par l’archiduc ». Leur lune de miel se déroula dans le château tchèque de Konopiště.

la princesse Sophie de Hohenberg, née à Konopiště (1901-1990)

le prince Maximilien de Hohenberg, né au château du Belvédère (1902-1962), titré duc de Hohenberg en 1917 avec droit de transmission au chef de la maison de Hohenberg

le prince Ernest de Hohenberg (1904-1954)

Leur mariage, régulier selon le droit civil et le droit canonique de l’Église catholique mais de rang inégal, écarte alors de la succession au trône leurs fils qui ne sont donc pas archiducs.

Sophie mène une vie de famille épanouie auprès de son époux et de leurs enfants dont elle s’occupe elle-même. Ils vivent tantôt en Bohême, dans la propriété de Konopiště de l’archiduc, ou à Vienne dans le palais du Belvédère, évitant les fêtes de la couroù la différence de rang entre les époux est particulièrement mise en exergue. Sophie entretient de très bonnes relations avec sa belle-mère l’archiduchesse Marie-Thérèse et avec Stéphanie de Belgique qui fut l’épouse de l’archiduc Rodolphe et qui, après son remariage (morganatique en 1900), l’invite régulièrement pour des chasses dans son château de Karlsbourg-Oroszvár près de Presbourg-Bratislava. En revanche, ses relations avec la Cour sont très distendues, car cette dernière ne lui épargne pas les mesures vexatoires, la surnommant même « la domestique ». Bien que l'archiduc François-Ferdinand soit l'héritier du trône austro-hongrois, le grand chambellan de la cour impériale, le prince de Montenuovo, s’attache à faire respecter l’ordre protocolaire aux dépens de Sophie et ses enfants qui voient ainsi passer devant eux toutes les archiduchesses y compris en bas âge : la place d’impératrice à la Cour pour les fêtes et les solennités est alors occupée par Marie-Josèphe, femme de l’archiduc Otto, frère cadet de François-Ferdinand et première dame de la cour (fonction qu'aurait tenu l'épouse de François-Ferdinand si elle était née princesse du sang). D'autre part, le protocole ne permet pas à Sophie d'assister à un spectacle aux côtés de son mari, qui se devait d'être présent dans la loge impériale. Il en est de même lors d'une cérémonie religieuse et de toute manifestation publique en présence de membres de la famille impériale. Mais l’amour sincère des époux semble perdurer pour tous les observateurs, comme le laissent présumer les six photos de Sophie présentes sur le bureau de François-Ferdinand selon le témoignage de Jean Pozzi, alors que les archiduchesses subissent toutes des mariages arrangés selon la vie sociale interne de la Cour impériale. Les chicanes protocolaires empêchent beaucoup de cours royales d’Europe d’accueillir le couple, mais avec des exceptions : Guillaume II d’Allemagne est le premier souverain étranger à consentir à recevoir officiellement l’épouse de François-Ferdinand à sa Cour. De même, le couple rencontre au château de Windsor entre le 17 et le 21 novembre 1913 le roi George V et la reine Mary.

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