Le Soleil-Royal est un navire de guerre français en service de 1750 à 1759. C'est un vaisseau de ligne de deuxième rang à deux ponts portant 80 canons, le troisième du nom dans la Marine royale française. Il est mis en chantier pendant la vague de construction qui sépare la fin de la guerre de Succession d'Autriche (1748) du début de la guerre de Sept Ans (1755).
Vaisseau-amiral de l'escadre de Brest, il est un peu plus grand et plus fortement armé que les autres 80 canons construits pendant la même période que lui. Bâtiment de prestige, il ne sert qu'une fois en opération, en 1759. Il est détruit cette même année, au surlendemain de la bataille des Cardinaux.
Naissance et caractéristiques d'un vaisseau amiral
Le Soleil Royal est lancé à Brest en 1749 et fait partie de la nouvelle série des deux-ponts plus puissants construits à cette époque pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui dispose de beaucoup plus de navires. Il est mis sur cale au moment où s’achève la guerre de Succession d’Autriche qui a vu la perte de beaucoup de navires et qui nécessite le renouvellement de nombre d’autres qui sont très usés. Il fait partie des onze vaisseaux lancés en 1749, chiffre très élevé pour la marine française de cette époque. C’est le deuxième bâtiment de ce type après le Tonnant lancé en 1743 et qui vient de faire ses preuves au combat.
Comme pour tous les vaisseaux de son temps, la coque du Soleil Royal est en chêne, bois lourd et très résistant. Il a été soigneusement sélectionné par les charpentiers pour sa qualité de coupe et son séchage. Près de 3 000 chênes vieux de 80 à 100 ans ont été nécessaires à sa construction. Pour l’essentiel, ils ont été fournis par les forêts du nord-ouest (pays nantais, Maine) et du centre du royaume (Nivernais, Berry, Bourbonnais) en suivant le bassin de la Loire. Le gréement, (mâts et vergues) est en pin, bois plus léger et souple. De 30 à 35 pins ont été assemblés pour former la mâture. Comme pour la Royal Navy, ce bois a été acheté en Europe du Nord, autour de la Baltique, région qui fournit les essences de pin réputées les meilleures car peu cassantes. Les affûts des canons et des pompes sont en orme, les sculptures de la proue et de la poupe sont en tilleul et en peuplier, les poulies sont en gaïac. Les menuiseries intérieures sont en noyer. Les cordages (plus de 80 tonnes) et les voiles (à peu près 3 000 m2) sont en chanvre de Bretagne.
Dessiné par Jacques Luc Coulomb, le Soleil Royal est long de 183 pieds 2 pouces français, large de 48 pieds 6 pouces et profond de 23 pieds ; il déplace 2 200 tonneaux. Bénéficiant de l’expérience acquise sur le Tonnant, il est plus long de 14,2 pieds et plus large de 4,6 pieds. Gabarit qui s’explique aussi par le nom du vaisseau : le Soleil Royal se doit d’être plus grand car il est destiné à la fonction de vaisseau-amiral, symbolisant la puissance de la Monarchie française sur mer. Cette symbolique se voit aussi pour l’armement : il embarque une prestigieuse et coûteuse artillerie de bronze alors que les autres vaisseaux sont équipés de pièces en fer. L’armement se répartit de la façon suivante :
le premier pont, percé à 15 sabords porte trente canons de 36 livres ;
le second, percé à 16 sabords porte trente-deux pièces de 24 livres ;
les gaillards avant et arrière se répartissent dix-huit pièces de 8 livres.
Pour bien marquer aussi sa particularité par rapport aux autres 80 canons lancés à peu près au même moment que lui (le Foudroyant, le Formidable, le Duc de Bourgogne), sa deuxième batterie est plus puissante car elle porte du 24 livres au lieu du 18 livres, ce qui restera la norme, pour ce type de vaisseau jusqu’en 1765. Le poids de la bordée est de 996 livres (à peu près 488 kg) et le double si le navire fait feu simultanément sur les deux bords. En moyenne, chaque canon dispose de 50 à 60 boulets. Sachant que la Marine de Louis XV n'a plus de trois-ponts de 100-110 canons à flot depuis le début des années 1740, le Soleil Royal est donc la plus puissante unité de la flotte dans les années 1750.
La carrière du vaisseau pendant la guerre de Sept Ans
Quatre années à quai (1755-1759)
La logique voudrait que le Soleil-Royal serve de vaisseau amiral pour les opérations dans l’Atlantique lorsque la guerre reprend avec l’Angleterre. Or il n’en est rien. C’est le Formidable qui est employé dans cette fonction au printemps 1755 dans l’escadre de Macnemara puis de Duguay qui patrouille au large de Brest pour protéger le départ des renforts vers le Canada et l'arrivée des convois commerciaux. En 1757, c’est encore le Formidable qui sert de vaisseau-amiral à Dubois de la Motte dans l’importante concentration navale (dix-huit vaisseaux) qui sauve Louisbourg de l'invasion cette année-là. Dans cette force se trouve aussi le Tonnant et le Duc de Bourgogne. Du Soleil Royal point… L’explication est simple : la Monarchie, prudente, ne veut prendre aucun risque avec cette unité de guerre au nom prestigieux et symbolique. Le Soleil Royal reste donc à quai à Brest les quatre premières années du conflit.
Tout change en 1759 avec l’intensification de la guerre. Le gouvernement de Louis XV, qui veut venger les insultes de la Royal Navy sur les côtes françaises (île d'Aix, Saint-Malo, Saint-Cast, Le Havre) et les attaques sur ses colonies (Chandernagor, Louisbourg, Gorée, Guadeloupe) décide de frapper un grand coup en débarquant en Angleterre. La préparation de cette opération d’envergure occupe toute l’année 1759 et nécessite la mobilisation du maximum de vaisseaux. Le Soleil Royal va donc occuper pour la première fois le rôle pour lequel il a été construit : prendre la tête d'une grande escadre. Il est placé sous le commandement de Paul Osée Bidé de Chézac, mais le vrai maître à bord est le vice-amiral Hubert de Brienne de Conflans, vieux marin expérimenté (69 ans) qui totalise 54 ans de service et que le roi a fait maréchal l’année précédente.
Le Soleil Royal à la bataille des Cardinaux (1759)
Avec 950 hommes (hors état-major et mousses), le Soleil Royal est doté d’un équipage presque pléthorique mais qui témoigne de son importance dans l’armée navale. Les autres 80 canons de l’escadre embarquent pratiquement tout leur effectif réglementaire (800 hommes sur le Formidable et le Tonnant, 750 hommes sur l’Orient), chance que n’ont pas les autres vaisseaux de 74, 70 ou 64 canons qui accusent souvent un déficit d’une centaine d’hommes, voire plus. Ce manque de matelots s’explique par les rafles de la marine anglaise sur les navires civils au début du conflit et par la catastrophique épidémie de typhus de l'année précédente qui a causé des milliers de morts à Brest et a complètement désorganisé les armements. Beaucoup de vaisseaux ont un équipage de fortune complété avec des artilleurs de terre et des bateliers de rivière, mais sans doute pas le Soleil Royal. Les courriers échangés par Conflans et le ministère montrent aussi que le vaisseau est en excellent état, alors qu'il n’en va pas de même pour les autres unités de la flotte usées par quatre années de guerre et le manque d’entretien.
Le 14 novembre 1759, le Soleil Royal sort de Brest à la tête de l’armée navale. Elle compte vingt-et-un vaisseaux, cinq frégates et corvettes et a pour mission d’escorter un important corps d’armée massé dans la région de Vannes et qui doit embarquer à Quiberon à destination de l’Irlande. Les Anglais, parfaitement au courant de ce plan grâce à leurs espions, montent la garde devant Brest depuis des mois avec une importante escadre, mais une tempête d’automne les a écarté quelques semaines de leur position. L’océan provisoirement dégagé, Conflans a le temps de manœuvrer pour se diriger vers le Morbihan où l’attend l’armée d’invasion. Le 19 novembre, la flotte est au large de Belle-Ile. Au matin du 20 novembre, il croise les quatre ou cinq bâtiments de la division du commodore Duff qui surveille cette partie de la côte. Conflans leur fait aussitôt donner la chasse, mais bientôt les vigies signalent trente-deux voiles à l’horizon. Ce sont les forces de Edward Hawke qui ont appareillé en urgence de Torbay le 17 novembre, prévenues par les frégates restées dans les eaux de Brest. Elles comptent vingt-trois vaisseaux de ligne et neuf bâtiments plus petits.