Solange Bertrand, née le 20 mars 1913 à Montigny-lès-Metz (alors annexé à l'Empire allemand), morte dans la même ville le 22 janvier 2011, est une artiste peintre, graveuse et sculptrice française.
Née du mariage de Léon Bertrand et Lucie Herman, Solange Bertrand exprime très jeune son goût pour la création qu’elle développe auprès de Victor Prouvé à l’École des beaux-arts de Nancy de 1934 à 1938, puis aux Beaux-Arts de Paris, mais ne se consacre entièrement à la peinture qu’après la Seconde Guerre mondiale durant laquelle elle se mobilise auprès des enfants comme infirmière diplômée d’État.
Laissant son tempérament s’exprimer, Solange Bertrand, par son œuvre, balade le spectateur à travers des allées et venues picturales, passant aisément de la figuration au sujet abstrait. Car pour l’artiste ce qui compte n’est pas tant la représentation que la force et l’émotion qui se dégagent du tableau. Ces deux idées se retrouvent dans le trait qui donne de l’intensité à ses portraits et particulièrement dans les regards. La très large gamme des couleurs utilisée, tantôt vives, voire agressives, tantôt feutrées, transparentes, ou au contraire avec une forte densité de matière, témoignent de la diversité des émotions et des climats qu'elle livre au spectateur.
Elle rencontre Henri Matisse dans son atelier parisien en 1948, puis Pablo Picasso chaque été de 1950 à 1954 à Golfe-Juan (elle exécute son portrait en 1950). Elle nourrira durablement une admiration profonde pour ces deux maîtres et conservera toujours près d'elle un tableau de Picasso reproduit de tête à la suite d'une exposition, l'hommage au maître (visible en arrière-plan de la photo). Cette influence se retrouve dans les nombreux arlequins qu'elle produit après guerre. Son œuvre préférée reste toutefois La ronde de Matisse.
Elle se partage entre sa maison natale du 35, rue de Reims à Montigny-lès-Metz et Paris où elle dispose d'un atelier dans « l'immeuble-paquebot » du 3, boulevard Victor.
Artiste trop souvent assimilée aux têtes et visages (arlequins et clowns) qu’elle a réalisé, le cœur de son œuvre reste toutefois abstraite et s’inscrit dans le courant de l'abstraction lyrique auquel elle adhère totalement . Sa recherche plastique en la matière débute dès 1945 avec le Carré bleu" notamment, ou "temps et lieu". L’abstraction qui caractérise son œuvre se déploie dans de multiples directions: abstraction géométrique, gestuelle, monochromie... Elle enchaîne les périodes et recherches picturales. En quête permanente de renouvellement elle utilise la peinture noire en bombe aérosol et la technique du pochoir dès les années 1970, offrant à Francis Parent de remarquer « la série de ses Grilles, utilisées comme des pochoirs à travers lesquels la projection de bombe donne naissance à un monde mystérieux de figures allusives et de poésie diffuse ». Francis Parent perçoit cependant que le voyage de Solange Bertrand à Gênes, en 1983, peut constituer un repère important dans l'œuvre de l'artiste : « la découverte des longues plages liguriennes de sable doré impulsera une nouvelle série de tableaux que l'histoire désignera sans aucun doute comme étant le sommet de l'œuvre de Solange Bertrand » : Les imposantes couches d'ocre y suggèrent un désert que « seuls quelques signes fugaces viennent perturber, dernière trace d'une humanité disparue ». On observe ainsi dans l'ensemble de son œuvre de réelles parentés de paysagisme abstrait avec Olivier Debré, Hanna Ben-Dov, Léon Zack, Pierre Tal Coat, Elvire Jan, David Lan-Bar ou Jacques Germain.
L’œuvre dessiné de Solange Bertrand constitue un corpus autonome important. Les thématiques du couple et de la maternité sont dominantes ainsi que les portraits souvent tracés d’un seul trait. Elle réalise également des dessins abstraits mêlant encre de chine et gouache (monotype) sur des supports variés (papier peint, papier calque ou carbone...). Outre le pochoir, elle réalise de nombreux collages dont certains - des personnages réalisés en 1960 - s'approchent fortement des Nus bleus de Matisse.
Force et tempérament, refus de la facilité, refus de plaire et renouvellement incessant caractérisent le travail de Solange Bertrand : ce qui la place parmi les grands créateurs de notre temps, évoque Francis Parent, c'est qu'« elle aura cherché toute sa vie durant des procédés inconnus, expérimenté des matières nouvelles, découvert et utilisé des moyens inédits ». Son tempérament extrêmement marqué l'éloignera progressivement des réseaux de l'art contemporain la réduisant à une certaine confidentialité.
Privée de descendance, elle poursuit le projet de transmettre son œuvre et patrimoine à la fondation qui porte son nom. Cette dernière voit le jour en 2001 et obtient la reconnaissance d'utilité publique. Elle développe un projet culturel mettant en valeur l’œuvre du peintre en assurant la promotion de l'art contemporain auprès du grand public ou de public ciblé; son siège est à Longwy.
À sa mort en janvier 2011, Solange Bertrand est inhumée au cimetière de Montigny-lès-Metz. Les communes de Montigny-lès-Metz et Ennery (Moselle) possèdent une rue portant son nom.
Chevalière de l'ordre des Arts et des Lettres
Solange Bertrand, Illustrations pour enfants, éditions Berger-Levrault, 1935.
Irma Schweitzer (préface d'André Maurois), Lueurs dans les ténèbres, lithographies de Solange Bertrand et Camille Hilaire, 3,000 exemplaires numérotés, Paul Even éditeur, Metz, 1947.
Galerie Di Meo, Paris, juin 1962.
L'artiste contemporain et le cirque, Musée départemental Georges-de-La-Tour, janvier-mars 1968.
68 ou Solange Bertrand et l'abstraction de la rue, Fondapol-Paris, mai 1968.
Lueurs dans les Ténèbres, illustrations de 1947, La Maison natale, Montigny-lès-Metz, octobre 1968.
Résidence Louvois, square Louvois, Paris, avril-mai 1970