Ce Jour-là

Sojourner Truth

Abolitionniste et militante afro-américaine pour les droits des femmes

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Isabella Baumfree, dite Sojourner Truth, Belle ou Isabella Wagenen selon les époques ou les circonstances, est une prédicatrice chrétienne évangéliste américaine, née probablement en 1797 à Hurley, une ville de l'ancienne colonie néerlandaise du comté d'Ulster, dans l'État de New York, et morte le 26 novembre 1883 à Battle Creek dans l'État du Michigan. C'est une réformatrice qui figure parmi les abolitionnistes afro-américaines engagées ainsi qu'une militante pour le droit de vote des femmes noires et blanches.

Née dans la condition d'esclave, de parents esclaves, elle porte les noms de ses différents propriétaires. Comme celui d'Isabella Baumfree de 1797 jusqu'en 1827. Elle est mariée contre son consentement. Ne pouvant obtenir son émancipation malgré la loi de 1826, elle s'enfuit et prend le nom d'Isabella van Wagenen, en hommage au couple de Quakers qui la recueille.

En 1828, Isabella Wagenen, soutenue par des Quakers, gagne le procès qui l'oppose à l'esclavagiste qui détient abusivement son fils. Elle devient la première femme noire à gagner un procès contre un blanc pour obtenir la liberté d'un membre de sa famille

Durant ses prêches dans les quartiers pauvres de Manhattan, elle rencontre des prédicateurs - Elijah Pierson (en) et Robert Matthews (chef de secte) (en), un imposteur manipulateur. Cela la pousse à affirmer sa propre foi. Elle fréquente l'église épiscopale méthodiste africaine de Sion, antiesclavagiste, tandis qu'à New York les violences se multiplient contre les Afro-Américains. Elle se lie avec des militantes afro-américaines et participe à l'Underground Railroad pour aider les esclaves fugitifs. L'assassinat de Elijah Parish Lovejoy et l'affaire de l'Amistad décident Isabelle Wagenen à se lancer dans la lutte contre l'esclavage.

Le jour de la Pentecôte de 1843, elle choisit de prendre le nom de Sojourner Truth, à la suite d'une révélation mystique. Par la force de ses prédications, elle devient le symbole de la capacité des pauvres et notamment des femmes à s'élever et s'émanciper, grâce selon elle, à la puissance du Saint Esprit.

Sojourner Truth trouve ensuite dans la Northampton Association for Education and Industry une réelle vie démocratique, fraternelle, sans distinction de classe ou de race. Elle y noue des amitiés durables avec des militants comme Frederick Douglass mais la communauté, criblée de dettes, doit cesser ses activités.

Sojourner Truth ne sachant ni lire, ni écrire, elle dicte son autobiographie qui paraît en 1850, avec succès, sous le titre de Narrative of Sojourner Truth. Elle est invitée à faire des conférences sur le droit des femmes et contre le Fugitive Slave Act avec d'autres militantes afro-américaines. De violentes controverses ont lieu entre celles-ci quant au combat simultané ou non pour le droit des femmes et celui des Afro-Américains. Truth se fait connaître par son discours Ain't I a Woman ? (Ne suis-je pas une femme ?) prononcé le 29 mai 1851 au Congrès des femmes de l'Ohio de 1851 à Akron.

Sojourner Truth prend la parole dans tous les meetings anti-esclavagistes et féministes. Bien qu'opposée à la guerre de Sécession, elle soutient les troupes nordistes de l'Union Army. Truth et d'autres militantes multiplient les conférences abolitionnistes, parfois au péril de leur vie, Avec le Progressive Friends (en) de Longwood, elle présente un mémoire au président Abraham Lincoln quant à l'émancipation des esclaves. C'est sa première rencontre avec le président. Elle le revoit lors de sa campagne en faveur de sa réélection, en 1864.

Après la guerre de Sécession, Sojourner Truth et ses amies s'engagent pour la défense des affranchis au sein du Bureau of Refugees, Freedmen and Abandoned Lands. En 1867, Sojourner Truth prend la parole lors de la convention de l'American Equal Rights Association et attire l'attention sur le sort des femmes de couleur récemment affranchies, réitérant ainsi le lien entre le droit des femmes blanches et celui des femmes noires. Constatant l'état d'exclusion, de pauvreté des affranchis, Sojourner Truth va se battre pour un projet d'implantation dans les territoires disponibles dans l’Ouest américain. Malgré ses efforts et une tournée de plusieurs mois dans le Kansas et auprès de membres du Congrès et du Sénat, elle doit renoncer à ce projet qui n'est ni voté ni financé.

À la fin de l'année 1874, Sojourner Truth tombe malade mais elle reprend ses cycles de conférences à partir de 1878 jusqu'en 1880. Certaines sont relayées par la presse. Elle meurt d'épuisement à son dernier domicile, celui de Battle Creek, le 26 novembre 1883.

Avec Harriet Tubman, Sojourner Truth fait partie des Afro-Américaines les plus célèbres du XIXe siècle.

Les premières années 1797- 1826

Isabella Baumfree naît vers 1797 à Hurley, une ville de l'ancienne colonie néerlandaise du comté d'Ulster, dans l'État de New York. Ses parents sont Makewe, renommé James Bomefree dit également Baumfree, qui en hollandais signifie « arbre » et d'Elizabeth, surnommée Betsey ou « Mau-Mau Bett ». L'un comme l'autre seraient originaires de l'actuel Ghana. Ils donnent naissance à Isabella Baumfree vers 1797 (l'année 1797 est sourcée par le témoignage de ses premiers maîtres). Elle est l'avant-dernière de leurs douze ou treize enfants. Ils sont esclaves du colonel Johannes Hardenberg qui ne s'adresse à eux qu'en néerlandais afin qu'ils ne puissent pas communiquer avec l’entourage majoritairement anglophone. La jeune Isabella Baumfree, surnommée « Belle », ne parle donc que cette langue dont elle gardera un accent tout au long de sa vie.

La famille Hardenberg est un pilier de la communauté néerlandaise calviniste, l'Église réformée néerlandaise, installée dans le comté d'Ulster. Puis, elle embrasse le piétisme du théologien Theodorus Jacobus Frelinghuysen (en) dont elle transmet l'enseignement à ses esclaves et notamment à Elizabeth Beaumfree qui le transmet à son tour à sa fille Isabella, qui en sera durablement influencée.

Johannes Hardenberg meurt en 1799. La famille Beaumfree fait partie de l'héritage transmis à son fils Charles Hardenberg qui l'emmène dans sa nouvelle résidence dans les collines voisines avec une dizaine d'autres esclaves. Avec lui les conditions de vie des esclaves se dégradent, leurs nouveaux logements sont insalubres, les parents d'Isabella sont épuisés, usés autant par les travaux des champs que par leur habitation froide et humide durant les hivers. Malgré des conditions de vies rudes, les Beaumfree transmettent une éducation morale à leurs enfants.

En mai 1808, Charles Hardenberg meurt, ses héritiers décident de vendre aux enchères son bétail, ses chevaux et ses esclaves, dont la famille Beaumfree fait partie. Mais les héritiers décident de garder les parents Baumfree, même de les affranchir ; une fois libres, les parents d'Isabella continuent à travailler au service des Hardenberg. De son côté, Isabella Baumfree est adjugée avec un lot de moutons pour la somme de 100 $ et devient la propriété d'un commerçant, John Nealy qui habite dans le village de Twaalfskill voisin de Kingston dans le comté d'Ulster. Ce dernier se montre brutal envers elle. Isabella Baumfree comprenant mal l'anglais fait des erreurs dans l’exécution des ordres, aussi John Nealy et son épouse la fouettent régulièrement - John Nealy va jusqu'à la battre à coup de tisonnier. Isabella Baumfree essaie d'apprendre l’anglais auprès de ses maîtres mais en vain, ils n'en ont pas la patience. Alors que Mme Nealy continue de lui hurler dessus, progressivement, elle apprend l'anglais mais elle garde des accents néerlandais. Dans cette ambiance de maltraitance, séparée de ses parents, pour seul refuge, elle a la prière, la confiance en Dieu.

Une soirée d'hiver, James Baumfree, qui est affranchi, rend visite à sa fille Isabella. Il découvre qu'elle n'a pas d'habits d'hiver et constate les cicatrices liées aux coups sur le dos de sa fille. En rage, James Baumfree lui promet de trouver une solution. En 1810, il convainc Martinus Schryver, d'ascendance néerlandaise, un pêcheur et un aubergiste d'acheter sa fille. Celui-ci a besoin d'une servante. La famille Nealy se débarrasse donc d'Isabella Baumfree en la revendant pour la somme de 175 $ à Martinus Schryver. Ce dernier va lui offrir un cadre de vie plus agréable, elle est chaudement habillée pendant l'hiver et surtout bien nourrie. Elle ne travaille plus dans les champs, elle est assignée aux tâches domestiques et au service de l'auberge où elle découvre un monde de buveurs ayant constamment une chope à la main, ne pensant qu'à danser ou à jouer, un monde de vulgarité. Plusieurs clients tentent de la séduire, en vain, elle reste chaste. Durant cette période, elle apprend la disparition de sa mère. Puis Martinus Schryver étant en défaut de paiement, il vend Isabella à John J. Dumont, un descendant de huguenot, riche propriétaire terrien de New Paltz, toujours dans le comté d'Ulster.

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