Suharto (également retranscrit Soeharto), né le 8 juin 1921 et mort le 27 janvier 2008 à Jakarta, est un général militaire, homme d'État indonésien, et président de la république d'Indonésie de 1967 à 1998.
Né dans l'île de Java de parents paysans, Soeharto fait sa carrière dans l'armée jusqu'à atteindre le grade de major-général. Une tentative de coup d'État le 30 septembre 1965, contrée par les troupes dirigées par Soeharto, est imputée à tort au Parti communiste indonésien, tandis que Soeharto arrache le pouvoir au président fondateur de la république d'Indonésie, Soekarno. Sous sa dictature, l'armée conduit aussitôt une sanglante purge anti-communiste par la suite étendue à d'autres secteurs de la société (immigrants, chrétiens, etc.) provoquant de 500 000 à 1 million de morts en quelques mois.
Il est nommé président par intérim en 1967 et président l'année suivante. En 1975, les troupes indonésiennes envahissent le Timor oriental, dont 200 000 habitants sont tués durant les premières années d'occupation.
Son règne de 31 ans à la tête de l'Indonésie est marqué par un développement de l'économie du pays, mais également par un très fort autoritarisme et par une importante corruption. Transparency international le considère comme le dirigeant le plus corrompu de la planète dans les années 1980 et 1990.
Après trois décennies passées au pouvoir, le soutien à la présidence de Soeharto s'érode à la suite de la crise économique asiatique de 1997-1998. Après des manifestations massives en 1998, il a été contraint de démissionner et a ensuite été accusé de détournement de fonds et de crimes contre l'humanité.
Soeharto naît le 8 juin 1921 dans le hameau de Kemusu Argamulja, qui relevait du village de Godean, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Yogyakarta, dans le centre de l'île de Java, à l'époque possession coloniale néerlandaise. Soeharto est son unique nom.
L'enfance et la jeunesse de Soeharto sont mal connues. Les récits standardisés et apocryphes de ses premières années ont le plus souvent une connotation politique. Les parents de Soeharto, sa mère Sukirah et son père Kertosudiro étaient des paysans javanais vivant dans une région dépourvue d'électricité ou d'eau courante. Le nom même de Kertosudiro suggère une appartenance à la catégorie des priyayi, terme que le chercheur français Romain Bertrand traduit par « noblesse de robe » javanaise. Le père de Soeharto était ulu-ulu, responsable, dans son village, de la régulation et de l'entretien de l'irrigation des rizières. Le fait que Soeharto ait reçu très tôt une éducation de bon niveau s'explique par cette origine sociale de « petit » priyayi, de priyayi desa (« de village »).
La jeunesse de Soeharto a connu une certaine instabilité familiale. Son père, qui avait déjà deux enfants d'un précédent mariage, a épousé Sukirah en secondes noces. Le mariage de Kertosudiro avec Sukirah est censé s'être également terminé par un divorce alors que Soeharto était encore jeune même si la date exacte du divorce n'est pas connue. Le récit rapporté par la biographie de Roeder affirme que le divorce est survenu quelques années après sa naissance. D'après un autre biographie, Pirakan, ce même divorce aurait eu lieu à peine quelques semaines après sa naissance.
L'absence de documents officiels et le manque de cohérence de certains aspects de la petite enfance de Soeharto avec les caractéristiques de la vie de paysan javanais ont mené à plusieurs rumeurs prétendant que Soeharto était le fils illégitime d'un riche et généreux donateur, ce qui en ferait le fils d'un aristocrate de Yogyakarta ou d'un riche marchand sino-indonésien. Nous avons vu que l'appartenance au milieu des priyayi desa est une explication largement satisfaisante. Pourtant, il est des gens, comme le biographe R. E. Elson, qui soutiennent que de telles rumeurs ne peuvent être entièrement écartées compte tenu de ce que la plupart des informations que Soeharto a donné sur ses origines étaient conditionnées par une signification politique.
Ses parents divorcent puis se remarient. Soeharto est séparé d'un ou de ses deux parents au cours de périodes de temps plus ou moins longues, en changeant plusieurs fois de foyer au cours de ses jeunes années. Le mariage de sa tante paternelle avec un petit fonctionnaire javanais du nom de Prawirowiharjo (donc également un priyayi), qui se chargea de l'éducation de Soeharto, aurait, selon Elson, fourni à la fois une figure paternelle et un modèle à Soeharto, de même qu'un foyer stable à Wuryantoro, où il a suivi l'essentiel de sa formation primaire.
Comme l'a souligné Elson et d'autres, la jeunesse de Soeharto contraste avec celle d'autres dirigeants nationalistes indonésiens comme Soekarno dans la mesure où il n'a montré que peu d'intérêt pour l'anticolonialisme[réf. nécessaire] ou les sujets politiques au-delà de son environnement immédiat.
Contrairement à Soekarno et aux personnes qui l'entouraient, Soeharto n'avait aucune notion de néerlandais ni d'aucune langue européenne. Il a toutefois entrepris d'apprendre le néerlandais après avoir rejoint l'armée néerlandaise en 1940.
Soeharto épouse Siti Hartinah le 26 décembre 1947, dans le cadre d'un mariage arrangé. À cette époque, Suharto avait le grade de lieutenant-colonel dans l'armée indonésienne à Yogyakarta. La réception du soir était éclairée uniquement à la lueur des bougies, car la ville était en état d'alerte au cas où les Pays-Bas reprendraient leurs raids aériens. Ils sont mariés jusqu'en 1996, date du décès d'Hartinah. Ils ont eu six enfants ensemble, dont Titiek et Tommy.
Membre de l'armée royale des Indes néerlandaises (troupes coloniales néerlandaises), durant la Seconde Guerre mondiale, il commandera un peloton puis une compagnie au sein de la Peta, Pembela Tanah Air ou « défenseurs de la patrie », un des corps constitués par les troupes d'occupation japonaises en Indonésie, pour s'opposer à un débarquement des Alliés. Il participe à l'attaque générale du 1er mars 1949 à Yogyakarta et l'année suivante il est versé dans la Division Diponegoro. En 1956, les résultats d'une enquête interne révélèrent que durant son affectation en tant que commandant du Kodam IV/Diponegoro, Soeharto avait mis en place des fondations destinées à aider les habitants locaux. Cependant, ces fondations étaient financées par des prélèvements (au lieu de dons) auprès des industries de production et de services. Soeharto était aussi impliqué dans du troc illégal. Il avait notamment troqué du sucre contre du riz avec la Thaïlande.
Le chef d'état-major de l'armée de terre à l'époque, Abdul Haris Nasution, souhaitait prendre des mesures contre Soeharto et a effectivement envisagé son expulsion de l'armée. Cependant, Gatot Subroto (en), le chef d'état-major adjoint de l'Armée, intervint. Nasution suivit finalement le conseil de Gatot se contentant de le relever de son commandement et de le punir en l'envoyant à l'école d'état-major de l'armée de terre (Sekolah Staf Komando Angkatan Darat ou SESKOAD), formation qu'il terminera en novembre 1960.
En 1961, il obtient le grade de brigadier général et dirige le Komando Mandala chargé d'intervenir en Papouasie-Occidentale. En mars 1961, la « réserve générale de l'armée de terre » (Cadangan Umum Angkatan Darat ou CADUAD) fut créée, et Soeharto nommé à sa tête.
Éviction de Soekarno et prise de pouvoir
Au moment du « mouvement du 30 septembre 1965 », Soeharto était commandant du Kostrad (en), les réserves stratégiques de l'armée de terre indonésienne. Il organise la répression du mouvement et décrète la dissolution du Parti communiste indonésien (PKI), que l'armée accuse d'être l'instigateur du mouvement.