Sobhuza II, né le 22 juillet 1899 à Mbabane et mort le 21 août 1982 dans la même ville est l'ancien roi de l'Eswatini. Né Nkhotfotjeni, il est prince (1921-1968) puis roi du Swaziland (1968-1982) et surnommé Ingwenyama, le Lion.
Ngwane V, son père, meurt le 10 décembre 1899, alors que Sobhuza n'a que 4 mois et 18 jours. Sa grand-mère, Labotsibeni Mdluli, devient régente jusqu'au 22 décembre 1921, date à laquelle Sobhuza II devient le roi du Swaziland.
Son règne, long de plus de 82 ans régence comprise, fait de lui le monarque ayant régné le plus longtemps et de dates précisément documentées. Seul le règne de Pepi II Neferkare d'Égypte semblerait avoir été plus long, avec 94 années de règne selon l'historien ptolémaïque Manéthon.
La dynastie de Sobhuza II remonte au XVe siècle. Ses ancêtres, à la tête des Bantous, arrachèrent l'Eswatini ou pays de Ngwane aux zoulous.
Durant les 60 ans du règne effectif de Sobhuza, le pays quitte l'Empire colonial britannique et accède à l'indépendance. Le gouvernement swazi est déjà existant et a pu se maintenir grâce à la régence de sa grand-mère. Le régime politique du pays se change en monarchie constitutionnelle sur une brève période (jusqu'au 12 avril 1973), avant que Sobhuza n'abroge la Constitution et ne dissolve le Parlement, devenant ainsi monarque absolu.
Contexte de naissance (XIXe siècle-début XXe siècle)
Le Swaziland est un État de plus d’un million d’habitants. Les Swazi occupent les territoires aux alentours de la rivière Pongola dans le sud-est de l’Afrique Orientale. À la suite des différentes attaques des Zoulous, le roi Mswati s’est tourné vers la Couronne Britannique en quête de protection. À partir de 1878, des colons, missionnaires, négociants et chasseurs britanniques s’installent au Swaziland. Ils annexent une partie des terres grâce à des baux accordés par le monarque Mbandzeni (Dlamini IV). Ce dernier recevait en contrepartie des « dons » ou « indemnités ». Le Swaziland est un protectorat du Transvaal de 1894 à la fin de la seconde guerre des Boers. En 1902, il redevient un protectorat britannique à la demande de la reine-régente swazie.
C’est dans ces circonstances que naît Nkhotfotjeni (Sobhuza) en 1899 à Zombodze, ancienne capitale du Swaziland. Il est le fils du roi Bhunu Dlamini (ou Ngwane V) et de sa troisième épouse Lomawa. Étant donné que les jours de naissance n’ont pas d’importance particulière pour la dynastie des Dlamini et que les naissances ne sont pas enregistrées, la date exacte de naissance du roi reste un mystère, même pour lui, pendant plusieurs années. Dans la biographie officielle de Sobhuza, sa date de naissance est fixée au 22 juillet 1899. Plus tard, lorsque les discussions sur la reconnaissance de l’indépendance du royaume de Swaziland se finalisent, l’administration Swazi redéfinit le calendrier officiel et fait de l’anniversaire du roi Sobhuza un jour de festivité.
Le roi Ngwane V décède quelques mois après la naissance de son fils Nkhotfotjeni. La régence est ensuite assurée par sa grand-mère paternelle Labotsibeni Mdluli de 1899 jusqu’en 1921. ”The Swazi insisted that « If the King is dead, the Queen is King ». À la mort d’un souverain swazi, le Conseil royal désigne l’épouse officielle parmi les femmes du harem royal. Et son fils unique devient l’héritier du trône. Ces querelles de succession au trône du Swaziland sont l'occasion de manœuvres politiques.
La reine douairière tient une place particulière dans les successions dans la monarchie swazie. Sur les armoiries royales, le lion Ngwenyama représente le roi et l’éléphant la reine douairière . Tous les deux se partagent le pouvoir. Ces armoiries symbolisent la fusion de leur force pour protéger le royaume (d’où le bouclier Nguni). Siyinqaba signifie « Nous sommes la forteresse.»
Malgré son âge avancé, la reine régente Labotsibeni Mdluli continue à tenir un rôle politique important. Réputée pour son tact et son intelligence, elle veille tout particulièrement à la formation et l'éducation de son fils durant sa minorité et jusqu'à son accès au pouvoir en 1921. Elle demeure ensuite un conseiller politique du jeune roi jusqu’à sa mort en 1925.
L’apprentissage de l’écriture et de la lecture sont les priorités pour la grand-mère de Sobhuza afin de pouvoir comprendre les documents envoyés par les Anglais et négocier avec eux en toute connaissance. Or il n’existe aucune structure éducative dans le royaume. Des missionnaires anglais se proposent pour assurer l’éducation du prince, mais leur proposition est vite refusée. Le Conseil craint qu’ils n’aient une trop grande influence sur le prince et le détournent des coutumes Swazi. C’est finalement Edar Mozli, natif de Natal qui est désigné comme le précepteur de Sobhuza. Le Zombodze School, la première école du Swaziland ouvre en 1908. Les premiers élèves sont des enfants de l’élite aristocratique swazie. Cette école mixte exige que les enfants portent un uniforme : robe pour les filles et shorts pour les garçons. En 1916, sa grand-mère l’envoie étudier au Lovedale Missionnary Institute en Union d’Afrique du Sud.
Premières années de règne : recherche de l’équilibre entre culture swazi et influence coloniale
De retour au Swaziland à la suite des pressions du Conseil swazi, le jeune roi prend plus de responsabilités politiques. En 1919, il est présenté publiquement lors de la cérémonie sibhimbi. Le 22 décembre 1921, Sobhuza II est nommé Chef suprême du Swaziland. Le royaume est sous tutelle britannique. Ses premiers objectifs sont d’empêcher l’annexion du Swaziland à l’Union d’Afrique du Sud, et de récupérer les territoires concédés ou cédés précédemment, sous la pression des colons britanniques ou boers. La tentative de récupération des territoires se solde par plusieurs échecs. Dès 1922, le roi Sobhuza II se rend en Grande-Bretagne pour tenter d'obtenir l'annulation des concessions effectuées par un de ses prédécesseurs, Dlamini IV, et de la partition de 1907, mais il est débouté par le conseil privé de la Couronne. Le jeune roi s'efforce en même temps de mettre fin aux rébellions des chefs locaux.
Son éducation influence sur les décisions prises durant les premières années de son règne. Il s’entoure de conseillers sud-africains, et prône un syncrétisme des valeurs swazis et des pensées « modernes ». Il encourage par exemple le port de vêtement de style « occidental », l’utilisation de l’automobile et des radios sur ondes courtes au Swaziland. Durant la Seconde Guerre mondiale, le Swaziland recrute des hommes pour le Royal Pioneer Corps (en), une troupe britannique combattante, notamment chargée de travaux logistiques.
Il inaugure par ailleurs le Swazi National High School qui inclut et enseigne les coutumes swazies. Le respect des ancêtres et l’importance accordée à l’opinion des « anciens » font partie de ces valeurs swazies auquel le roi accorde une grande importance. Des cérémonies et rituels sont rétablis : le Lusekwane, l'Incwala (fête des « premiers fruits » et l'Uhmlanga (ou « danse des roseaux ». Cette festivité réunit les jeunes filles du royaume en âge de se marier, et le roi, attaché à la polygamie, peut y choisir une nouvelle épouse.
Montée des revendications indépendantistes
Dans le milieu et la fin des années 1940, l'administration britannique commence à se préoccuper des tensions résultant de la partition des terres mise en place par cette administration en 1907, de la congestion croissante des réserves («Swazi Areas») concédées en 1907 aux Swazis et de la pénurie de terres pour les populations autochtones. Dans la continuité des actions menées par sa grand-mère durant la régence ayant précédé son règne, Sobhuza II renforce le fonds spécial (Tibyo Taka Ngwane) mis en place pour récupérer les terres données aux Européens à la fin du XIXe siècle. L’objectif est de permettre aux Swazi d’accéder à des terres exploitables. Un programme de rachat des terres concédées à des colons blancs ou à la Couronne britannique se met en place avec des terres achetées directement par la population swazi (Lifa land) et des terres cédées par l'administration britannique dans le cadre du Swazi Land Settlement Scheme (S.L.S.).