Slavoj Žižek [ˈslaʋɔj ˈʒiʒɛk], né le 21 mars 1949 à Ljubljana en Slovénie, est un philosophe slovène hégélien influencé par la psychanalyse.
Formé en Slovénie et en France, il est chercheur en 2012 à l'Institut de sociologie de l'université de Ljubljana et est régulièrement invité dans des universités étrangères, particulièrement aux États-Unis (Columbia, Princeton, New School for Social Research, New York et Michigan).
Il est connu pour son utilisation des travaux de Jacques Lacan sous l'angle de la culture populaire ainsi que pour ses analyses de Hegel.
Personnalité des mouvements alternatifs slovènes, il s'est présenté en 1990 comme candidat du parti Démocratie libérale slovène (Liberalna Demokracija Slovenije, centre gauche) à la première élection présidentielle libre qui a précédé l'indépendance de son pays en 1991. Il parle couramment le serbo-croate, l'anglais, le français, l'allemand et le slovène.
Issu d'une famille de la classe moyenne, Slavoj Žižek étudie la philosophie à l'université de Ljubljana et obtient une licence en 1971 (philosophie et sociologie), puis une maîtrise en 1975 (The Theoretical and Practical Relevance of French Structuralism). Mais, malgré quelques promesses, il n'obtient pas de poste à l'université, son mémoire étant alors considéré comme politiquement suspect.
De 1975 à 1977, il effectue son service national et gagne sa vie grâce à des traductions de l'allemand. En 1977, cependant, il devient employé au comité central du Parti communiste slovène, rédigeant des discours pour les dirigeants du Parti. Parallèlement, il participe à un cercle d'études lacaniennes. En 1979, il obtient un poste de chercheur à l'Institut de Sociologie de l'université de Ljubljana et soutient en 1981 un doctorat en lettres (philosophie). La même année, il fait son premier séjour à Paris ; il fait la connaissance de Jacques-Alain Miller, gendre de Jacques Lacan. Par la suite, Miller lui procure un poste d'enseignement à l'université Paris VIII où il soutient un doctorat de 3e cycle en 1986. Durant cette période, il côtoie aussi François Regnault.
En 1989, Žižek obtient une reconnaissance internationale lors de la parution en anglais de son premier livre, The Sublime Object of Ideology. Depuis lors, il n'a cessé de développer son statut d'intellectuel étranger et de non-conformiste. L'un des ouvrages les plus polémiques a été The Ticklish Subject (1999) qui prend position contre les déconstructionnistes, les partisans d'Heidegger et d'Habermas, et où l'auteur s'oppose également aux sciences cognitives, à une certaine tendance du féminisme et à ce qu'il décrit comme les nouveaux « obscurantistes ».
En 1990, il se présente comme candidat du parti Démocratie libérale slovène (Liberalna Demokracija Slovenije), nouveau nom de l'organisation de jeunesse de la Ligue des communistes de Slovénie (ZKS), à la première élection présidentielle libre qui précède l'indépendance de son pays en 1991. Il arrive en cinquième position.
Žižek est reconnu comme un conférencier qui ose affronter les controverses. Son documentaire en trois parties Le Guide pervers du cinéma a été diffusé à la télévision britannique en juillet 2006. Il n'a cessé de publier dans différentes revues comme Lacanian Ink (L'Encre lacanienne) et In These Times (En ces temps-là) aux États-Unis, ainsi que dans la New Left Review ou la London Review of Books au Royaume-Uni.
En 2015, dans un entretien au quotidien Libération, il déclare :
« je reste communiste, un communiste négatif très modeste […] Je dis bien communiste et pas socialiste, car tout le monde peut être socialiste… ».Il ajoute : « Je n’aime pas les libéraux de gauche, les multiculturalistes qui disent : "On doit comprendre l’autre." Non, je ne veux pas comprendre l’autre, je m’en fous. »
La même année, il publie Quelques réflexions blasphématoires - islam et modernité et La Nouvelle Lutte des classes : Les vraies raisons du terrorisme et des réfugiés en 2016. Concernant la crise migratoire en Europe, il se dit refuser l'« approche humanitaire qui domine dans la gauche bien-pensante et qui moralise la situation ». Il dénonce la volonté de passer sous silence les problèmes et de nier le fait que « certains musulmans ne supportent pas nos sociétés ouvertes, tolérantes, qui défendent les droits des femmes et des homosexuels. »
Après un premier mariage dans les années 1970, Slavoj Žižek a épousé la philosophe Renata Salecl (née en 1962), puis, en 2005, la mannequin argentine Analia Hounie (née en 1979).
En plus de son travail comme interprète de la psychanalyse lacanienne, il a écrit sur divers sujets comme le fondamentalisme, la tolérance, le politiquement correct, la mondialisation, la subjectivité, les droits de la personne, le mythe, le cyberespace, le postmodernisme, le multiculturalisme, le marxisme, l'anticapitalisme ou encore sur des personnalités comme Lénine, David Lynch ou Alfred Hitchcock.
Outre Hegel et Lacan, Žižek cite souvent des philosophes français de gauche tels que Jacques Rancière, Étienne Balibar, Gilles Deleuze ou encore Alain Badiou, et a formulé une critique de Carl Schmitt.
Žižek écrit sur les identités — son travail est largement redevable à l'explication de la formation identitaire du psychanalyste Jacques Lacan.
L'inconscient, « structuré comme un langage » (Lacan), s'oriente vers des objets particuliers du désir. De tels objets sont contingents, bien qu'ils doivent trouver leur place dans nos cadres mentaux pour que l'on puisse les désirer. Ils ont certaines qualités — un de ces êtres que l'objet nous retire. Le désir, comme le disait Luis Buñuel, est toujours un « objet obscur ».
Ces objets constituent le symptôme de l'être humain, mais ils peuvent aussi devenir son opposé : son fétiche. Pour Žižek, le fétiche est effectivement la contrepartie du symptôme ; fonctionnant comme une feinte, il structure notre vie entière dans le but de la supporter. « Le fétiche est l'incorporation d'un mensonge qui nous permet d'endurer l'insupportable vérité » ([réf. incomplète]Žižek, 2000). Ceci est le réel lui-même (dans son sens lacanien), un objet isolé (l'« objet petit a ») dont la présence, fascinante et significatrice, garantit le réel structuré, l'ordre social. Ce réel rend possible la distanciation avec la réalité quotidienne : on introduit un objet qui n'a pas de place, qui ne peut être nommé ou symbolisé d'une manière ou d'une autre. Žižek affirme que toute structure symbolique doit contenir un élément qui incorpore le moment de l'impossibilité autour duquel il est organisé. Ceci est simultanément impossible et réel (dans son effet). Le symptôme, d'un autre côté, est le retour de la vérité oppressée sous une forme différente.