Siné, né Maurice Sinet le 30 décembre 1928 à Paris et mort dans la même ville le 5 mai 2016 à l'hôpital Bichat-Claude-Bernard, est un dessinateur et caricaturiste français.
Il est Régent du Collège de 'Pataphysique chargé de la chaire de « Travaux pratiques de Sciences Morales & Politique & d'Atrocités Comparées ».
Fils de Fabienne Ducrocq, Maurice Sinet passe son enfance à Paris, entre Barbès et Pigalle. Le sort de son père naturel, Laurent Versy, ferronnier d'art, condamné à cinq ans de travaux forcés pour avoir tabassé son adjudant, contribue à sa distance critique envers l'État, la justice et la police. Siné porte le nom du mari de sa mère, Albert Sinet, dont elle a divorcé pour se remarier avec Laurent Versy.
À quatorze ans, il entre à l’École Estienne et y étudie le dessin et la maquette. La nuit, il gagne sa vie en chantant dans les cabarets. Un jour, il tombe sur les dessins d'un Roumain devenu le plus célèbre des illustrateurs américains : Saul Steinberg. Ce sera l'une de ses principales sources d'inspiration artistique : « Dès que j’ai vu les dessins de Steinberg, j’ai eu le coup de foudre et j’ai décidé d’essayer ce métier. »
Entre 1946 et 1948, il est chanteur dans le groupe de cabaret Les Garçons de la rue.
À son retour du service militaire, qu’il passe en grande partie en cellule, il commence à dessiner et fait des retouches sur les photos des revues pornographiques de l'époque. Il publie ses premiers dessins au début des années 1950, par exemple dans le no 11 de la revue Fourire de décembre 1950, dans France Dimanche en 1952, ou encore dans Action, qui disparait en 1952, et reçoit le grand prix de l'Humour noir en 1957 pour son recueil Complainte sans paroles.
En 1957, avec Jean Yanne pour les textes, il dessine dans une revue anticléricale J'y va-t-y j'y Vatican puis dans Ça fait des bulles.
Une série de dessins basée sur des jeux de mots mettant en scène des chats contribue à le faire connaître ; il entre alors à L'Express comme dessinateur politique.
Il exprime ses opinions anticolonialistes pendant la guerre d'Algérie. En septembre 1960, il signe le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ».
En juillet 1961, avec notamment Francois Maspero, Nathalie Sarraute et Pierre Vilar, il est invité à Cuba pour célébrer la fête nationale qui commémore l'attaque de la caserne de la Moncada en 1953 par Fidel Castro. Il produit des dessins accompagnant un article de Georges Mattéi (membre du réseau Jeanson et « lieutenant » de Henri Curiel) dénonçant la torture pendant la guerre d'Algérie. L'article sera publié dans un supplément du journal Revolución de Carlos Franqui et Lisandro Otero.
Alors qu'il remplace brièvement François Mauriac au bloc-notes de L'Express lorsque celui-ci doit s'absenter pour raisons de santé, son « débloque-note » vaut au journal de nombreuses lettres indignées de ses lecteurs. Jean-Jacques Servan-Schreiber publiera une lettre d'excuses en première page du journal, ce qui n'arrangera pas ses relations avec Siné, celui-ci continuant à publier des dessins engagés dans le journal. Défendu par Jacques Vergès, alors avocat du FLN, il quitte L'Express en 1962 pour créer son propre journal, Siné Massacre, qu'il lance avec l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Il y exprime son anticolonialisme, son antisionisme, son anticapitalisme, son anticléricalisme et son anarchisme. Jacques Vergès fonde une revue tiers-mondiste, financée par le FLN, Révolution africaine, à laquelle Siné participe peu de temps, fin 1962. Jacques Vergès lance aussi en France le mensuel Révolution ; Siné y est nommé, avec le dessinateur Strelkoff, secrétaire de rédaction. Les deux dessinateurs ne publieront que peu de dessins dans les 12 numéros que comptera cette revue. Mais Siné manque de liberté sur certains sujets qui lui tiennent à cœur (religion, sexe, politique...), et préfère cesser cette collaboration.
En mars 1967, il invente le logo et propose les couleurs (orange, rouge et noir) de la jeune Sonatrach, entreprise algérienne d'hydrocarbures.
En mai 1968, il fonde L’Enragé avec Jean-Jacques Pauvert et dessine dans Action.
En 1981, Siné rejoint l’équipe de Charlie Hebdo et signe la rubrique « Siné sème sa zone ». En 1981, Michel Polac fait appel à lui pour l’émission Droit de Réponse sur TF1. Après la privatisation de la chaîne, l’émission est supprimée en 1987 en raison d'un dessin de Wiaz titré « Bouygues, une maison de maçon, un pont de maçon, une télé de m… ». Siné passe à L'Événement du jeudi avec Loup.
En 1982, il est accusé par la LICRA d'incitation à la haine raciale pour des propos jugés antisémites tenus sur la « radio libre » Carbone 14 (voir l'article détaillé Affaire Siné). Il s'excusera de la tirade incriminée en publiant une lettre sous forme d'encart publicitaire dans le journal Le Monde, prétextant la colère et l'alcool, et la Licra retirera sa plainte en le félicitant pour cette « page du cœur ». Siné est tout de même condamné, l'association Avocats sans frontières de Gilles-William Goldnadel poursuivant l'accusation.
En 1992, il reprend la rubrique « Siné sème sa zone » du nouveau Charlie Hebdo, non sans quelques heurts avec la nouvelle direction.
Dans une chronique publiée le 2 juillet 2008 dans Charlie Hebdo, Siné écrit à propos de Jean Sarkozy une chronique fondée sur une information fournie par Patrick Gaubert, président de la LICRA, au journal Libération. Cette chronique est dénoncée comme « antisémite » par Claude Askolovitch. Il est renvoyé de la rédaction du journal par Philippe Val afin d'« éviter un procès ». Pour certains (dont Siné), ce renvoi ferait plutôt suite à des désaccords éditoriaux entre Siné et Philippe Val dans le contexte de l'affaire Clearstream.
Cette éviction entraîne un certain nombre de réactions. Deux tendances opposées s'affrontent dans les médias français, l'une prenant la défense de Siné, l'autre dénonçant ses propos comme étant antisémites. Philippe Val fait l'objet de nombreuses attaques affirmant que la chronique incriminée n'aurait été qu'un prétexte pour se débarrasser d'un collaborateur historique de Charlie Hebdo avec lequel il avait très peu d'affinités. La blogosphère s'enflamme pour le débat, prenant majoritairement le parti de Siné. Des pétitions sont lancées dans les deux camps, et de nombreuses personnalités prennent parti pour l'un ou l'autre.