Simonne Monet-Chartrand (née Monet) est une militante politique, féministe et syndicaliste québécoise née à Montréal le 4 novembre 1919 et morte à Richelieu le 18 janvier 1993.
Issue des mouvements de jeunesse de l'Action catholique, elle se fait connaître au sein du Bloc populaire durant la Seconde Guerre mondiale. Féministe et socialiste, aux côtés de son mari Michel Chartrand, elle s'engage dans différents combats au nom de la défense des droits des femmes, des enfants et des travailleurs.
Elle a été l'une des principales porte-paroles de l'École des parents, organisme d'action sociale et communautaire, durant les années 1940 et 1950. Elle milite également aux côtés de Thérèse Casgrain contre l'utilisation de l'arme nucléaire et pour la paix dans le monde. Elle fait partie de la délégation de l'organisme Voix de femmes lors du congrès de la Fédération internationale démocratique des femmes à Moscou en 1963. Elle est l'une des cofondatrices de la Fédération des femmes du Québec en 1966.
De sensibilité socialiste, mais également nationaliste, durant la Révolution tranquille, elle s'éloigne du Parti social-démocratique (PSD, ancêtre du NPD) et rejoint le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Par ses nombreux engagements, Simonne Monet-Chartrand est une figure majeure du féminisme au Québec au XXe siècle.
Née Marie-Louise-Simonne Monet, elle est la deuxième enfant d'Amédée Monet (1890-1946) et d'Aurore-Berthe Alain (1892-1961). Elle grandit entourée de son frère aîné Roger (1917-1937) et de son frère cadet Amédée Junior (1926-1991).
À la naissance de Simonne, la famille Monet était déjà active en politique depuis deux générations. Son père, Amédée, un avocat originaire de Saint-Rémi, a été député libéral de Napierville à l'Assemblée législative de 1918 à 1922, avant d'être nommé juge à la Cour des sessions de la paix à Montréal. Le grand-père paternel, Dominique Monet, également avocat, a été député de Napierville et de Laprairie-Napierville à la Chambre des communes de 1891 à 1904. Il a aussi été député de Napierville à l'Assemblée législative, puis ministre pendant quelques mois dans le gouvernement de Simon-Napoléon Parent, avant d'être nommé protonotaire du district de Montréal en 1905. Il a ensuite été juge à la Cour supérieure de 1908 à 1923.
Sa mère, Aurore-Berthe, a suivi une formation en art dramatique, lettres et communication au Conservatoire Lassalle. Également une femme engagée, elle s'est fait remarquer par son militantisme ainsi que par son bénévolat auprès de l'hôpital pour enfants Sainte-Justine et de l'Institut des sourdes-muettes à Montréal.
Simonne Monet grandit dans un milieu aisé et pieux. Sa famille habite un temps dans un logement au 6726, rue Saint-Denis à Montréal, avant de déménager dans une maison du quartier plus cossu d'Outremont. Durant toute son enfance, elle accompagne son père dans ses activités politiques et sociales. Elle le décrit comme un homme « de mœurs et d'idées avant-gardistes » qui cherchait à cultiver chez ses enfants le sens de l'autonomie, la confiance en soi et le courage de leurs idées. Élevée avec autant de considération que ses frères, dans ce milieu, Simonne Monet apprend ainsi très tôt à être à l'aise en public. Elle apprend également à conduire une automobile, afin de ne dépendre de personne. Elle sera même la conductrice de son père pendant plusieurs années, l'accompagnant à son bureau au Palais de justice de Montréal.
Simonne Monet effectue ses études primaires et secondaires au Pensionnat Marie-Rose des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, d'octobre 1926 à juin 1937. Elle y obtient un brevet d'institutrice.
Initiation au militantisme et études
Pendant ses études, elle devient militante de la Jeunesse étudiante catholique féminine (JECF). Comme tous les autres groupes de jeunesse d'Action catholique, la JECF est avant tout un mouvement. Officiellement dirigé par l'évêque de chaque diocèse, il est d'inspiration apostolique et a pour but de former des équipes de militants dans chaque école, pour organiser des activités de toutes sortes. La JECF accorde aux filles un statut égal à celui des garçons. Ainsi, elles n'étaient plus considérées comme de futures novices ou de futures épouses, mais comme de jeunes étudiantes. Curieuse d'esprit, dotée d'une aisance naturelle et portée par un esprit missionnaire, Simonne Monet milite pour une plus grande justice sociale. Dans ce but, elle s'engage aussitôt dans la défense des droits des femmes. Son tempérament de libre-penseuse allait de pair avec son désir de convaincre ses concitoyens et concitoyennes de s'organiser pour changer les choses.
En septembre 1937, elle entre à l'Institut des Sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil pour y suivre des cours d'action sociale. L'enseignement de Sœur Marie Gérin-Lajoie, fille de Marie Lacoste Gérin-Lajoie, a une profonde influence sur son parcours. Celle-ci faisait le récit des combats menés par sa mère, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain et des dizaines d'autres femmes pour obtenir le droit de vote, à une époque où seuls les hommes pouvaient voter aux élections québécoises. Toutefois, au bout d'un mois, Simonne Monet éprouve un grand mal physique. Elle est contrainte d'abandonner ses cours. Un médecin lui diagnostique une tuberculose virulente. Elle quitte ainsi Montréal pour passer un long séjour dans un sanatorium des Laurentides, où elle restera pendant plusieurs mois. Son frère aîné Roger, également atteint de tuberculose, meurt à l'âge de vingt ans.
Guérie à la fin de mai 1938, Simonne Monet reprend ses études. N'ayant pas obtenu de diplôme lui permettant de poursuivre des études supérieures, elle décide alors de s'inscrire comme auditrice libre à l'Université de Montréal à l'automne 1938. Elle y suit des cours d'histoire de la littérature canadienne-française, de science politique et d'histoire du Canada. Elle est profondément marquée par les professeurs Guy Frégault et surtout l'abbé Lionel Groulx. Cet historien nationaliste aura une profonde influence sur son parcours. Elle suivra ainsi ses cours dans différents domaines, tout en continuant à militer.
Rencontre avec Michel Chartrand
Un soir, à la Palestre nationale (au coin des rues Cherrier et Saint-André à Montréal), une amie de Simonne lui présente Michel Chartrand. Militant du mouvement des Jeunesses indépendantes catholiques (JIC), Chartrand venait alors de commencer à travailler à l'imprimerie de son père tout en apprenant le métier de typographe chez les Frères des écoles chrétiennes. Les deux jeunes gens commencent à se fréquenter. Cependant, les parents de Simonne désapprouvent son choix, jugeant que Chartrand n'est pas un bon parti. En effet, même s'il venait lui aussi d'Outremont, le jeune homme n'avait ni diplôme ni emploi prestigieux pour s'assurer une situation ou faire vivre une fille de milieu bourgeois. Afin de raisonner leur fille, les parents Monet envoient Simonne en pension chez une parente à Chicago, aux États-Unis. Elle y demeure un an. Toutefois, l'absence et l'éloignement ne feront que confirmer ses sentiments pour Chartrand. À son retour, Simonne, désormais âgée de vingt et un ans (âge de la majorité à cette époque), annonce à ses parents qu'elle préfère écouter son cœur plutôt que leurs raisons. Elle épousera Michel Chartrand, celui qu'elle considère comme l'homme de sa vie.
Solidaire du choix des parents Monet, le curé de la paroisse Saint-Germain d'Outremont refuse de célébrer le mariage du jeune couple. La cérémonie sera finalement célébrée par le chanoine Lionel Groulx, qui avait enseigné à Simonne Monet, mais aussi à Michel Chartrand. Ils se marient le 17 février 1942 à la basilique Notre-Dame de Montréal. Simonne prend alors le nom de Simonne Monet-Chartrand.
En 1942, le Québec et le Canada s'affrontent sur la question de la conscription. Alors que le Canada anglais appuie largement le service militaire obligatoire lors du plébiscite sur la question, au printemps précédent, le Québec s'y oppose très largement, optant pour le service militaire volontaire. À l'automne suivant le plébiscite, le couple Monet-Chartrand aura l'occasion de faire ses premières passes d'armes en politique.