Ce Jour-là

Simone Boisecq

Sculptrice française (1922–2012)

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Simone Boisecq, née le 7 avril 1922 à Alger et morte le 6 août 2012 à Auray, est une sculptrice française.

Elle est l'épouse du sculpteur Karl-Jean Longuet (1904-1981), arrière-petit-fils de Karl Marx.

Le père de Simone Boisecq, Émile, d'origine bretonne (Vannes), né en 1888, s'est installé en 1920 à Alger en y suivant son frère jumeau. Travaillant dans une administration militaire, catholique libéral, il soutient les revendications nationales et culturelles des Bretons mais aussi des indiens d'Amérique, des Arabes, des Kabyles et des Gitans. S'intéressant aux arts premiers autant qu'à l'art breton, il collectionne les œuvres africaines, compose des livres-objets de poèmes pour lesquels il dessine, peint des enluminures, grave et sculpte le bois. En 1929 il offre à sa fille une statuette dogon qu'elle a remarquée sur le marché de Chartres, non loin de la Casbah. La mère de Simone Boisecq, Suzanne Deferre, est née à Smyrne en 1898, orpheline, élevée dans un couvent, elle donne à Constantinople des leçons de piano puis arrive à Alger en 1920 où elle entre dans l'administration où elle rencontre Émile Boisecq. Ils se marient en juin 1921. À la naissance de leur fille l'année suivante, Suzanne Boisecq quitte l'administration et reprend ses leçons de piano, la famille habitant le quartier de « La consolation », à l'ouest d'Alger.

En 1926 Simone Boisecq découvre la Bretagne (Arradon). Enfant rebelle, une constante tension l'oppose à sa mère autoritaire. Élève au lycée Delacroix, aujourd'hui lycée Aroudj & Kheiredine Barbarous, Simone Boisecq multiplie à partir de 1934 ses lectures, particulièrement de Paul Claudel et d'André Gide. Lors de vacances dans le Morbihan, elle découvre les calvaires bretons. En 1937, elle suit des cours de dessins auprès du sculpteur Henri Laitier avec qui elle travaille sur le motif dans la campagne algéroise, puis des cours du soir en sculpture aux Beaux-Arts d'Alger.

Dans les années suivantes elle rencontre François Marçais, fils du conservateur du Musée des Antiquités et de l'Art musulman, et Anna Kipper, ethnologue et amie du peintre Albert Marquet. En 1940 elle acquiert, signe de son attachement aux arts premiers, un masque, une tête d'oiseau et un hochet sculpté provenbant de la Colombie-Britannique. Après avoir obtenu en 1940 son baccalauréat, elle entre en hypokhâgne au lycée Bugeaud, aujourd'hui lycée Émir-Abdelkader, où elle se lie d'amitié avec Jean Pélégri mais dont le climat lui déplaît. Son père étant révoqué en 1940 par le régime de Vichy pour son engagement dans le mouvement autonomiste breton, elle assure des remplacements dans des écoles de la région d'Alger. Poursuivant en 1941 des études de philosophie et d'esthétique à l'université d'Alger, elle fréquente la librairie d'Edmond Charlot, lit les recueils des nombreux écrivains qu'il édite (Pierre-Jean Jouve, Pierre Emmanuel, Saint-John Perse, Louis Aragon, Paul Éluard, René Daumal, Philippe Soupault, Aimé Césaire, Vercors), partage un appartement avec Françoise Lavergne, comédienne, militante communiste, résistante et compagne de Roger Garaudy, réfugié à Alger. Elle est alors durant quelques mois rédactrice dans l'administration du Gouvernement général.

Engagée en 1943 à l'Agence France-Presse au service étranger, Simone Boisecq réalise en 1944 un entretien à l'occasion de la mort d'Aristide Maillol, avec André Gide et est mutée à Paris où elle s'installe, rue de Bourgogne, en mai 1945. Elle découvre les œuvres de Pablo Picasso, Julio González, Paul Klee, Constantin Brâncuși et lors d'un séjour d'un mois à Londres durant l'été la sculpture moderne anglaise, Henry Moore, Lynn Chadwick. Elle traduit l'année suivante pour Edmond Charlot des poèmes de D. H. Lawrence ainsi que des textes pour une exposition William Blake organisée à la galerie Drouin. Chez Nelly Marez-Darley, rue Campagne-Première, elle fait la connaissance du philosophe Bernard Groethuysen et du peintre surréaliste Óscar Domínguez et rencontre Henri-Pierre Roché. Elle suit les cours d'esthétique d'Étienne Souriau à la Sorbonne.

En 1946, Simone Boisecq rencontre le sculpteur Karl-Jean Longuet (1904-1981) qui lui propose de réaliser son buste. Elle crée alors ses premières céramiques, vases et figures d'orants. Elle quitte en 1947 France-Presse, vivant de traductions (notamment d'Herbert Read), louant une chambre, pleine de peintures de Marie Laurencin chez Henri-Pierre Roché, boulevard Arago, et travaillant dans l'atelier de Karl-Jean Longuet, qu'elle épouse en juin 1949. Le couple s'installe dans le modeste atelier (no 9), sans eau, de Karl-Jean Longuet aménagé dans les écuries de l'ancien relais de poste de la Barrière d'Enfer menant au Jardin de l'Observatoire de Paris et passe ensuite l'été à Golfe Juan en compagnie d'Óscar Domínguez et de Picasso. Simone Boisecq réalise la même année des céramiques à Vallauris et est invitée dans l'atelier de Constantin Brâncuși impasse Ronsin, rencontre Ossip Zadkine en 1950. À partir de 1949, Simone Boisecq et Karl-Jean Longuet se lient avec les artistes espagnols, notamment Francisco Bores et Baltasar Lobo puis avec les peintres et sculpteurs de la nouvelle École de Paris, Maria Elena Vieira da Silva et Árpád Szenes, Roger Bissière, Jean Bertholle, Jean Le Moal et Juana Muller, Véra Pagava, Étienne Martin, François Stahly, Nicolas Wacker, Lucien Lautrec, Hans Reichel, Marie Raymond et son fils Yves Klein. Ils côtoient également Paul Éluard dont Longuet sculpte en 1951 le buste.

Simone Boisecq et Karl-Jean Longuet s'installent en 1951 dans l'appartement que celui-ci avait occupé précédemment, rue Visconti à Paris. Simone Boisecq présente l'année suivante à la galerie M.A.I. sa première exposition personnelle et participe au Salon des réalités nouvelles. Lors d'une exposition en 1954 à la galerie Jeanne Bucher son Soleil Césaire ou Soleil cou coupé est remarqué par Germaine Richier. À partir de cette date, elle participe à des expositions collectives avec Étienne Martin, Émile Gilioli, Alicia Penalba, François Stahly et Isabelle Waldberg, ainsi qu'au Salon de la jeune sculpture et en 1959, à l'invitation de Henri-Georges Adam, au Salon de mai. En 1960, elle fait la connaissance de Maurice Blanchot qui lui inspirera plus tard Le Veilleur et de Jacques Lassaigne, en 1963 de Jean Guichard-Meili qui écrira sur son œuvre, et en 1972 du peintre Geer van Velde.

Entre 1956 et 1986, Simone Boisecq réalise une dizaine de sculptures monumentales pour des commandes publiques, en province et à Paris, notamment pour l'École nationale d'administration (Stèle sans âge III, 1982), et plusieurs de ses œuvres sont éditées par la Monnaie de Paris. Elle participe régulièrement à partir de 1975 aux expositions « Le Temps de voir » organisées à Maillot par Geneviève Thèvenot et commence en 1984 une première série de dessins à l'encre de Chine.

Des expositions rétrospectives de Simone Boisecq sont organisées en France, en Allemagne et au Portugal de 1999 à 2001. Sous le titre De la sculpture à la cité rêvée, une exposition itinérante de Simone Boisecq et de Karl-Jean Longuet a lieu entre 2011 et 2013 au musée des Beaux-Arts de Reims, au musée des Beaux-Arts d'Agen, au musée de l'Évêché de Limoges, au musée Sainte-Croix de Poitiers et au musée Unterlinden de Colmar.

Simone Boisecq meurt le 6 août 2012 à l'hôpital d'Auray et est inhumée le 8 août 2012 à Paris, au cimetière du Père-Lachaise (76e division) face au mur des Fédérés.

L'œuvre de Simone Boisecq est de celles qui ont engagé, au long des années 1950, la sculpture contemporaine dans une voie nouvelle, non figurative, dont la démarche n'apparaît pas sans parenté avec les cheminements simultanément explorés, après la longue étape du surréalisme, par les peintres et les poètes.

La sculpture de Simone Boisecq se caractérise en effet par un double refus : de la description naturaliste, même simplifiée, d'une part, et d'autre part d'une abstraction purement géométrique, d'un maniement de structures et de volumes fermés sur leur autonomie, coupés de tout lien avec l'être du monde. Dans la reconnaissance des pouvoirs propres de son langage, si elle se détache de toute représentation des choses du visible et fait paraître des formes inédites, elle ne rompt pas pour autant toute relation avec la réalité. Dans les peintures non figuratives les couleurs ne sont pas qualités des choses, ce sont à l'inverse les choses qui constituent des qualités possibles, fugitives, des couleurs. Il en irait de même pour la construction de l'espace dans la sculpture de Simone Boisecq. Les mouvements ascendants des plans, les trouées dont elle ajoure les masses, ne sont pas qualités essentielles de L'Arbre ou de La Ville, mais l'Arbre ou la Ville, le Soleil ou la Figure humaine, se donnent comme qualités instables des volumes que Simone Boisecq ajuste ou oppose. En un flux et reflux incessants, le regard vacille entre le proche et l'intime, l'immense et le lointain. Les identifications qu'il tente d'y projeter se recouvrent et s'effacent, ne semblent qu'effleurer le noyau énigmatique que l'œuvre dresse irréductiblement dans un espace à mesure variable.

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