Shirin Ebadi (en persan : شیرین عبادی, Shirin 'Ebādi), née le 21 juin 1947 à Hamadan en Iran, est une militante politique iranienne, avocate, ancienne juge et militante des droits humains.
Le prix Nobel de la paix lui a été décerné en 2003 pour ses accomplissements en faveur de la défense des droits humains, plus précisément de la démocratie, des droits des femmes et des enfants.
En 2004, le magazine Forbes la place parmi les « 100 femmes les plus influentes dans le Monde ».
Shirin Ebadi est née le 21 juin 1947 à Hamadan. Son père, Mohammed Ali Ebadi (-1993), auteur et professeur de droit commercial, a des idées libérales en avance sur son époque. Sa mère se consacre à l'éducation de ses quatre enfants.
La famille s'installe à Téhéran alors qu'elle est encore bébé. Elle étudie à l'école primaire de Firuzkuh puis aux collèges d'Anoshiravn Dadgar et Reza Shah Kabir.
Après avoir passé les examens d'entrée à l'université de Téhéran, en Faculté de droit, élève du professeur Mahmoud Chehabi elle obtient son diplôme en droit et passe le concours d'entrée à la magistrature. Elle est nommée auxiliaire du procureur de Téhéran en 1969. Elle faisait partie de la deuxième promotion de vingt femmes accédant pour la première fois à la magistrature en Iran. Elle poursuit dans le même temps un doctorat de droit privé à l'université de Téhéran, qu'elle obtient en 1971.
Shirin Ebadi est divorcée et a deux filles.
En 1975, Shirin Ebadi est nommée présidente du tribunal 24 de Téhéran, devenant la première femme à exercer cette fonction en Iran. Elle est contrainte de démissionner en 1979, comme toutes les femmes magistrates, à la suite de l'arrivée au pouvoir de Rouhollah Moussavi Khomeini, qui renverse le chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi lors de la révolution islamique.
Elle continue de travailler, mais comme greffière, dans le tribunal qu'elle a auparavant présidé. À la suite des protestations des anciennes juges rétrogradées, celles-ci sont promues expertes juridiques au ministère de la Justice. Shirin Ebadi demande finalement une retraite anticipée.
Elle reste sans emploi pendant plusieurs années pendant lesquelles elle écrit des livres et articles pour des journaux iraniens. Elle obtient finalement une licence d'avocate en 1992 et rejoint l'ordre des avocats de Téhéran. Elle s'emploie désormais à la défense d'une part, des femmes discriminées par le droit de la famille iranien, notamment pour le droit de garde des enfants âgés de plus de sept ans, qui revient automatiquement au père après un divorce, d'autre part à la défense des opposants politiques.
Shirin Ebadi enseigne également les droits urbains et les droits des femmes à l'université de Téhéran et l'université Allameh Tabataba'i pendant six ans.
Avec ses collègues, elle a créé trois ONG en Iran, appelées Society for Protecting the Rights of the Child, Mine Clearing Collaboration Association et Center for Defenders of Human Rights.
En 1995, elle fonde l'organisation iranienne de protection des droits de l’enfant et Mine Clearing Collaboration Association et, en 2002, avec quatre autres avocats iraniens, elle fonde le Centre des défenseurs des droits de l'homme (CDDH), affilié à la Fédération internationale pour les droits humains.
Shirin Ebadi s'investit, en tant qu'avocate, à défendre - souvent pro bono- les dissidents au régime islamique, inquiétés ou assassinés en raison de leurs positions politiques. Elle dit n'accepter que les clients dont le cas illustre les défaillances de la législation iranienne, ce qui lui permet d'essayer de faire changer les lois.
Elle représente ainsi la famille de Dariush Forouhar, et de son épouse, Parvaneh Forouhar (en), deux grandes figures de l'opposition iranienne tuées à coups de couteau à leur domicile à Téhéran. Une série de meurtres vise les dissidents et terrorise la communauté intellectuelle iranienne. Les soupçons se portent sur les extrémistes de la ligne dure déterminés à mettre un terme au climat plus libéral favorisé par le président Khatami. Les meurtres auraient été commis par une équipe d'employés du ministère iranien du Renseignement. Sous la pression de l'opinion publique, le président iranien de l'époque, Mohammad Khatami, a formé un comité chargé de suivre l'affaire, qui a finalement demandé la démission du ministre des Renseignements, Ghorbanali Dorri-Najafabadi (en). Saïd Emami (en), l'un des protagonistes de l'affaire, se serait suicidé en prison.
En 1999, Shirin Ebadi représente la famille Ezzat Ebrahiminejad (en), un jeune étudiant tué au cours de l'attaque de la cité universitaire de Téhéran par la milice (les bassidji). Elle est arrêtée quelques jours après avoir obtenu le témoignage accablant enregistré sur vidéo d'Amir Farshad Ebrahimi, un ancien membre de l'Ansar-e Hezbollah. Elle est accusée de diffamation et de déclarations mensongères et incarcérée à la prison d'Evin. Elle est condamnée à cinq ans de prison et l'interdiction d'exercer. Sa peine est annulée par la Cour suprême de la justice islamique, notamment grâce à une mobilisation de l'opinion internationale mais Amir Farshad Ebrahimi est condamné à 48 mois de prison dont 16 à l'isolement.
En juin 2003, elle représente la mère de la journaliste Zahra Kazemi, une photographe irano-canadienne arrêtée alors qu'elle prend des photos de familles d'étudiants emprisonnés, devant la prison d'Evin. Elle est battue, maltraitée et torturée avant d'être admise à l'hôpital où elle tombe dans le coma et décède une semaine plus tard. Malgré les demandes du gouvernement canadien, son corps n'est pas rapatrié pour permettre une autopsie mais enterré en Iran. Le 25 juillet 2004, un accusé est acquitté, puis, en novembre 2005, un tribunal d'appel ordonne la réouverture de l'enquête et le 27 novembre 2007, la Cour suprême iranienne ordonne une nouvelle enquête sur l'affaire.
Shirin Ebadi défend également divers cas de maltraitance d'enfants, notamment le cas d'Arian Golshani, une enfant maltraitée pendant des années puis battue à mort par son père et son demi-frère. Cette affaire attire l'attention internationale et suscite la controverse en Iran. Shirin Ebadi en profite pour mettre en évidence les lois iraniennes selon lesquelles la garde des enfants en cas de divorce est confiée au père, même dans ce cas où le père est violent et a déjà été condamné pour toxicomanie et relations illicites. Elle plaide une interprétation erronée la loi coranique. À la suite de cette affaire -et de sa large couverture par les journaux iraniens- le parlement adopte une nouvelle loi accordant la garde des enfants à des proches ou à des orphelinats si leurs parents ne sont pas qualifiés pour s'occuper d'eux, alors que Shirin Ebadi demandait qu'un tribunal puisse décider au cas par cas qui est le mieux à même de s'occuper de l'enfant.