Le shinto (神道, shintō, litt. « la voie des dieux » ou « la voie du divin ») ou shintoïsme (/ʃin.to.ism/) est un ensemble de croyances datant de l'histoire ancienne du Japon, parfois reconnu comme religion. Il mêle des éléments polythéistes et animistes. Il s'agit de la plus ancienne religion connue du Japon ; elle est particulièrement liée à sa mythologie. Le terme « shintō », lecture sino-japonaise, ou kami no michi, est apparu pour différencier cette ancienne religion du bouddhisme venu de Chine en 538, lorsque le roi coréen de Baekje offrit au souverain japonais (cour du Yamato) une image du Bouddha Shakyamuni. Ses pratiquants seraient aujourd'hui plus de 90 millions au Japon.
Origines, syncrétisme et racines
Les origines du shintoïsme sont méconnues mais semblent dater de la fin de la période Jōmon, avec le koshintō.
Depuis des temps immémoriaux, les Japonais ont adoré les kami — les esprits qui habitent ou représentent un lieu particulier, ou incarnent des forces naturelles comme le vent, les rivières et les montagnes. À chaque création d'un village, un sanctuaire était érigé afin d'honorer les esprits environnants et de ce fait s'assurer de leur protection. On croyait que les kami pouvaient être trouvés partout, qu'aucun lieu au Japon n'était en dehors de leur pouvoir. Le shintoïsme englobe donc les doctrines, les institutions, les rituels et la vie communautaire fondés sur le culte des kami.
L'historienne Helen Hardacre remarque que c'est la période Yayoi qui fut la première à déposer des artefacts pouvant raisonnablement être liés au développement ultérieur du shinto. Les kami étaient vénérés en divers éléments du paysage au cours de cette période ; à ce stade, leur culte consistait en grande partie à les implorer et à les apaiser. On a peu de preuves qu'ils étaient alors considérés comme des entités compatissantes. Des indices archéologiques suggèrent que les dotaku, des cloches en bronze, mais aussi des armes en bronze et des miroirs en métal ont joué un rôle important dans les rituels dédiés aux kami pendant la période Yayoi.
L’introduction de l’écriture au Ve siècle et du bouddhisme au VIe siècle a eu une influence profonde sur le développement d’un système unifié de croyances shinto. En une très courte période, le Kojiki (古事記, « chronique des faits anciens », 712) et le Nihon shoki (日本書紀, « chroniques du Japon », 720) sont écrits et rassemblent alors des récits mythologiques et des légendes. Ces deux chroniques ont été écrites avec deux objectifs précis. Premièrement, l'élaboration des récits et l’introduction du taoïsme, du confucianisme et du bouddhisme dans ces derniers avaient pour but d’impressionner les Chinois par le raffinement japonais. Les Japonais étaient intimidés par l’avance culturelle chinoise et voulaient produire quelque chose pouvant rivaliser avec elle. Le deuxième objectif était d’étayer la légitimité de la maison impériale, descendante directe de la déesse du soleil Amaterasu. Une grande partie du territoire japonais actuel n’était alors gouvernée que très partiellement par la famille impériale, et des groupes ethniques rivaux (comme, sans doute, les ancêtres des Aïnous) continuaient de mener la guerre contre l’avancée des Japonais. Les anthologies mythologiques, tout comme les anthologies poétiques telles que le Man'yoshu (万葉集), étaient censées légitimer le mérite de la famille impériale s'agissant du pouvoir de droit divin.
Avec l’introduction du bouddhisme et son adoption rapide par la cour, il fut nécessaire de donner des explications sur les apparentes différences entre les croyances japonaises indigènes et les enseignements bouddhistes (shinbutsu shūgō). Une des explications plaça les kami, les divinités shinto, en tant qu’êtres surnaturels, toujours dans le cycle de la naissance et de la renaissance. Les kami naissent, vivent, meurent et renaissent comme toutes les autres créatures dans le cycle karmique. Cependant, ils jouent un rôle spécial en protégeant le bouddhisme et en permettant à son enseignement compatissant de s’épanouir.
L'unité de tradition entre le bouddhisme et le shintoïsme a été professée par le maître Kūkai (774-835) qui expliqua qu'il n'existait aucune différence essentielle entre Amaterasu et Vairocana (大日如來, Dainichi Nyorai, manifestation du Bouddha dont le nom veut dire « grand Tathagata du soleil »), ou entre kami et bodhisattvas, ce qui donna un mélange des deux systèmes appelé Ryōbu shintō (両部神道). On trouve ainsi encore de nombreux temples bouddhistes possédant dans leur enceinte un espace dédié aux kami, quand les kami ne sont pas eux-mêmes considérés comme des émanations des différents bouddhas et boddhisattvas. Des liens se sont aussi créés entre des grands temples du bouddhisme et des sanctuaires shinto. Ainsi Inari, la divinité du grand sanctuaire Fushimi Inari-taisha est considéré comme un protecteur du Tō-ji, grand temple de Kyoto, ce qui donne lieu à des cérémonies communes.
Les vues de Kūkai ont tenu le haut du pavé jusqu’à la fin de la période Edo, date d'un renouveau pour les « études japonaises » peut-être dû à la politique de fermeture du pays (sakoku). Au XVIIIe siècle, de nombreux érudits japonais, en particulier Motoori Norinaga (1730-1801), essayèrent de séparer le « vrai » shintoïsme des différentes influences étrangères. Il s'exprima notamment autour du principe fondamental du yamatodamashi et du magokoro. Il s'exprima notamment autour du principe fondamental du yamatodamashi et du magokoro, qu'il opposait au karagokoro (漢意), l'« esprit chinois » désignant les habitudes de pensée importées qu'il jugeait responsables d'une lecture faussée des classiques japonais. Cette tentative échoua en grande partie car, dès le Nihonshoki, des parties de la mythologie avaient déjà été empruntées aux doctrines chinoises. Par contre, elle prépara le terrain pour l’arrivée du shintoïsme d’État avec la restauration Meiji.
Avec la refonte de la constitution en 1868 sous l'ère Meiji, le shinto devint la religion d'État de l'empire du Japon : le Kokka shinto (国家神道, shinto d'État). Dès 1872, un Office du culte shinto (Jingikan) fut établi afin de promouvoir les rites et le culte officiel et tous les prêtres devinrent des employés de l'État. Chaque citoyen devait s'enregistrer comme membre de son sanctuaire local (ujiko), devenant par le fait même membre du Ise-jingū.
L'empereur du Japon, descendant de la déesse Amaterasu et désormais chef de l'État ainsi que commandant suprême de la Marine et de l'Armée, fit l'objet d'un véritable culte. En 1889, fut établi un sanctuaire dédié à l’empereur Jinmu, le fondateur mythique de la dynastie. Ce sanctuaire porte le nom de Kashihara-jingū (橿原神宮).
Ce culte prit une importance primordiale lors de l'expansionnisme du Japon durant l'ère Shōwa. En tant que Commandant officiel du Quartier général impérial à compter de 1937, l'empereur Shōwa était considéré comme la pierre d'assise du hakkō ichiu (八紘一宇), la « réunion des huit coins du monde sous un seul toit ». Il fut ainsi instrumentalisé pour justifier l'expansionnisme et la militarisation auprès de la population japonaise. La manifestation tangible qui faisait de l'empereur le représentant des dieux était les insignes impériaux.
Parmi les partisans les plus notables de cette doctrine, on compte le prince Kotohito Kan'in, chef d'état-major de l'Armée impériale japonaise et le Premier ministre Kuniaki Koiso.
Le récit de l'instauration du règne de l'empereur Jinmu et de la lignée impériale japonaise occupe une place importante dans le shintoïsme. Il est étroitement lié à la région du Yamato sur Honshū, l'île principale de l’archipel nippon, où est situé le sanctuaire le plus important du shinto, celui d'Amaterasu (« Amaterasu-sume-okami » (天照皇大神), « grande déesse impériale illuminant le ciel ») à Ise et se trouve rappelé constamment au sein du kamidana ((神棚), « maison des kamis », ōmikami (大御神) signifiant « grande déesse »).
Selon le Kojiki et le Nihon Shoki, après avoir été banni du ciel, le dieu Susanoo, frère d'Amaterasu, descendit sur terre, sauva une belle jeune fille prisonnière d'un dragon, trouva une épée magique dans l'une des huit têtes du monstre et la donna à sa sœur, Amaterasu, en offrande de paix. Il épousa une jeune fille, construisit un palais près d'Izumo et engendra une dynastie de dieux puissants qui finirent par régner sur la Terre. Le plus grand d’entre eux fut Ōkuninushi, le grand seigneur du pays.