Shintarō Ishihara (石原 慎太郎, Ishihara Shintarō), né le 30 septembre 1932 à Kobe et mort à Tokyo le 1er février 2022, est un écrivain et homme politique japonais. Il est gouverneur de la préfecture de Tokyo du 23 avril 1999 au 31 octobre 2012, ayant annoncé sa démission le 25 octobre précédent afin de former son nouveau parti politique et de participer aux élections législatives suivantes. Il s'associe alors avec des parlementaires du Parti de l'aube du Japon, situé à la droite de l'échiquier politique, avant de rejoindre l'Association pour la restauration du Japon (ARJ) d'une autre personnalité locale, le maire d'Osaka Tōru Hashimoto, et en prend la présidence. Il a également eu une carrière parlementaire sous les couleurs du Parti libéral-démocrate (PLD) : d'abord membre de la Chambre des conseillers, la chambre haute de la Diète du Japon, pour la préfecture nationale de 1968 à 1972, puis est député à la Chambre des représentants, la chambre basse, pour l'ancien 2e district de Tokyo de 1972 à 1995. Il est de nouveau député, élu à la proportionnelle dans un bloc législatif correspondant à Tokyo, pour l'ARJ depuis 2012.
Il reçut en 1955, à l'âge de vingt-trois ans, le prix Akutagawa, le prix littéraire le plus prestigieux du Japon, pour son roman La Saison du soleil (太陽の季節, Taiyo no Kisetsu). Il est également président du club de soutien de la Totsuka Yacht School et membre de la Société japonaise pour la réforme des manuels d'histoire.
Yūjirō Ishihara (石原 裕次郎), l'un des plus célèbres acteurs japonais, mort en 1987, était son frère cadet. Le ministre Nobuteru Ishihara (石原 伸晃) est son fils aîné, l'acteur et animateur de télévision Yoshizumi Ishihara (石原 良純) son deuxième fils, le député Hirotaka Ishihara son troisième fils et l'artiste-peintre Nobuhiro Ishihara son quatrième. La famille Ishihara est une des familles les plus en vue de la politique japonaise.
Shintaro Ishihara naît le 9 septembre 1932 à Kobe dans l'arrondissement Kōbeshisuma-ku (神戸市須磨区) dans la préfecture de Hyōgo. Son père Kiyoshi (潔), originaire de la préfecture Ehime (sur l'île de Shikoku) travaillait pour la compagnie de transport Yamashita Kisen (山下汽船), sa mère était originaire de la préfecture d'Hiroshima. Le 17 juillet 1934 naît son frère cadet Yūjirō Ishihara.
En 1937, son père Kiyoshi étant nommé à la tête de la filiale de Hokkaidō, la famille part s'installer dans la ville de Otaru. En 1944, après la nomination de son père à la maison-mère, la famille déménage à Zushi dans la préfecture de Kanagawa.
En 1948, il rentre au lycée Shōnan de la préfecture de Kanagawa. En 1949, il est absent pendant un an de l'école. Il part en France étudier la langue française. En 1951, son père meurt d'une hémorragie cérébrale. En 1956, il se marie avec Noriko (典子), jeune fille de dix-huit ans.
Le 23 janvier 1956, il reçoit le trente-quatrième prix Akutagawa pour son roman La Saison du Soleil (太陽の季節). À vingt-trois ans, il devient alors le plus jeune des lauréats à recevoir ce prix. Le 3 mars, il est diplômé en droit public de l'Université Hitotsubashi.
Le 19 avril 1957 naît son premier enfant, Nobuteru Ishihara. Son second garçon Yoshizumi Ishihara nait le 15 janvier 1962. En 1958, il est engagé par le studio de cinéma Toho pour diriger le film Jeune Brute (若い獣, Wakai kedamono).
Le 17 juillet 1987, son frère Yūjirō meurt des suites d'un cancer, à l'âge de 52 ans.
En 1988, il est élu président de la Japan-Israel Friendship Association.
En 1967, il est envoyé par le journal Yomiuri Shimbun pour couvrir la guerre du Viêt Nam. En 1996, il publie Ototo au sujet de son jeune frère Yūjirō, roman qui devient un best-seller. En 2004, l'adaptation dorama du roman Ototo est diffusée à la télévision.
En juillet 2000, une exposition des œuvres de jeunesse de Shintarō Ishihara a eu lieu au Hillside Forum de Shibuya. L'exposition organisé par Masako Aoyama, responsable de l'Aoyama Art Consultancy a rassemblé le peintre américain Frank Stella et le critique Fumio Nanjo pour présenter les quelque cent vingt dessins du gouverneur. Parmi les œuvres du jeune Ishihara, nombreuses évoquent un univers dadaïste, où des textes en français rappellent son intérêt pour la France. D'après Masako Aoyama, « M. Ishihara a voulu créer cette galerie pour servir de source d'inspiration aux jeunes gens. » À la suite de cette exposition, Ishihara, qui continue à peindre, a publié un recueil de ses œuvres Fantasy Paintings of Shintaro Ishihara's Teen Days. Il a aussi notamment soutenu l'établissement du Tokyo Art Index qui a pour objectif de promouvoir les artistes contemporains tokyoïtes.
Le Prix Akutagawa (芥川賞), fondé en 1935 en l'honneur de l'écrivain Akutagawa Ryunosuke par la maison d'édition Bungeishunjū (文藝春秋), est comparé au prix Goncourt français. Ce prix qui était alors largement ignoré du grand public, est devenu synonyme de succès populaire, depuis qu'Ishihara a vendu plus de 2,6 millions d'exemplaires de La Saison du soleil.
Le culte de la tribu du Soleil
La Saison du soleil a été à l'origine d'un véritable phénomène social. L'histoire de cette jeunesse désœuvrée se baladant sur les plages d'Enoshima (Shōnan) en portant des lunettes noires et des chemises hawaïennes a été le symbole de toute une génération de jeunes Japonais, les taiyōzoku (太陽族, littéralement « tribus du soleil »). Après l'adaptation en film, Yūjirō Ishihara deviendra une icône, notamment dans l'interprétation des films taiyōzoku.
Considéré comme l'égal d'un Elvis Presley puis d'Humphrey Bogart par les fans qui continuent de se rendre en pèlerinage au mémorial Yūjirō à Otaru, chaque année. Le roman Ototo de Shintaro a été l'un des plus gros succès littéraires de ses dernières années.[réf. nécessaire]
Les films inspirés des romans de Shintarō Ishihara s'inscrivirent dans la Nouvelle Vague japonaise avec les réalisateurs Nagisa Oshima, Yoshishige Yoshida et Masahiro Shinoda, directement inspirés de la Nouvelle Vague française de Jean-Luc Godard, François Truffaut ou Alain Resnais.
En 1956, François Truffaut, alors critique de cinéma, repèrera le premier film de Kō Nakahira (Passions juvéniles, inspiré de Ishihara) dans un article sous le titre de Si jeunes et des Japonais