Seymour Martin Lipset est un sociologue et politologue américain né le 18 mars 1922 à Harlem (New York) et mort le 31 décembre 2006 dans le comté d'Arlington (Virginie). Il est principalement connu pour ses travaux autour des sciences politiques, du syndicalisme, de la stratification sociale et de l'opinion publique.
Il a notamment écrit plusieurs livres sur les conditions d'existence et de développement de la démocratie, faisant régulièrement la politique comparée des démocraties. Il a été président de l'American Political Science Association de 1979 à 1980 et de l'Association américaine de sociologie de 1992 à 1993. Socialiste au début de sa vie, Lipset s'est ensuite orienté vers la droite et est aujourd'hui considéré comme l'un des premiers néoconservateurs.
À sa mort en 2006, le Guardian l'a qualifié de « principal théoricien de la démocratie et de l'exceptionnalisme américain » ; le New York Times a déclaré qu'il était « un sociologue, un politologue et un théoricien incisif de l'unicité américaine » de premier plan ; et le Washington Post a déclaré qu'il était « l'un des spécialistes des sciences sociales les plus influents du dernier demi-siècle ».
Lipset naît à New York de parents juifs russes immigrés. Il grandit dans le Bronx aux côtés d'autres jeunes immigrés irlandais, italiens et juifs. Lipset se souvient avoir été "dans une atmosphère où il y avait beaucoup de discussions politiques [...] mais on n'entendait jamais parler de démocrates ou de républicains ; la question était celle des communistes, des socialistes, des trotskystes ou des anarchistes". Il est diplômé du City College of New York, où il est un militant de l'antistalinisme et devient plus tard le président national de la Young People's Socialist League (en) ; il quitte le Parti socialiste en 1960 et se décrit comme centriste, profondément influencé par Alexis de Tocqueville, George Washington, Aristote et Max Weber. Lipset reçoit un doctorat en sociologie de l'université Columbia en 1949 ; avant cela, il enseigne à l'Université de Toronto.
Lipset a été professeur dans la chaire Caroline S.G. Munro de sciences politiques et de sociologie à l'Université Stanford et chercheur à la Hoover Institution, puis est devenu professeur de la chaire George D. Markham de gouvernement et de sociologie à l'Université Harvard. Il a également enseigné à l'Université Columbia, à l'Université de Californie à Berkeley, à l'Université de Toronto et à l'Université George-Mason, où il était professeur dans la chaire Hazel de politique publique.
Lipset faisait également partie de l'Académie américaine des arts et des sciences, de l'Académie nationale des sciences et de la Société américaine de philosophie. Il est à ce jour la seule personne à avoir été président de l'American Political Science Association (1979-1980) et de l'Association américaine de sociologie (1992-1993). Il a également été président de la Société internationale de psychologie politique, de l'Association de recherche sociologique, de l'Association mondiale pour la recherche sur l'opinion publique, de la Société pour la recherche comparée et de la Société Paul F. Lazarsfeld de Vienne.
Lipset a reçu le prix MacIver pour son livre Political Man en 1960 et le prix Gunnar Myrdal pour The Politics of Unreason en 1970.
En 2001, Lipset a été nommé parmi les 100 intellectuels américains les plus influents, d'après un collège d'académiciens, dans le livre de Richard Posner Public Intellectuals: A Study of Decline.
« Some Social Requisites of Democracy »
L'un des ouvrages les plus cités de Lipset est l'article « Some Social Requisites of Democracy: Economic Development and Political Legitimacy » publié en 1959. Cet article traite de la théorie de la modernisation, de la démocratisation, et émet l'hypothèse selon laquelle le développement économique conduit à démocratie.
Lipset est en effet l'un des premiers auteurs à évoquer la « théorie de la modernisation », selon laquelle la démocratie est le résultat direct de la croissance économique et que « plus une nation est aisée, plus grandes sont ses chances que la démocratie survive ». Cette théorie, nommée « hypothèse de Lipset » ou « thèse de Lipset » en son hommage, continue à être un facteur important dans les discussions universitaires et les recherches relatives aux transitions démocratiques.
L'hypothèse de Lipset a été critiquée par Guillermo O'Donnell (en), Adam Przeworski, Daron Acemoğlu et James A. Robinson.
L’un des principaux débats autour de la manière exacte dont la démocratie émerge se trouve sur le caractère endogène ou exogène de la démocratisation. Pour les partisans de la démocratisation endogène, la démocratisation résulte de l'histoire antérieure du pays jusqu'à l'avènement de la démocratie. Le développement économique et l’expansion de la classe moyenne jouent donc ici un rôle crucial. Parmi eux, on retrouve Charles Boix et Susan C. Stokes.
La démocratisation exogène, quant à elle, soutient que la démocratisation résulte de facteurs externes, tels que les mouvements politiques pro-démocratie à l'échelle mondiale, observés à travers le monde depuis le début de la troisième vague de démocratisation jusqu’aux années 1990. Selon Adam Przeworski et Fernando Limongi (en), la corrélation entre richesse économique et démocratie s’explique par la simple raison qu’une fois qu’un pays est passé à un régime démocratique, il a de bien meilleures chances de rester démocratique s’il est riche, alors que les pays pauvres retombent le plus souvent dans un régime autocratique.
Political Man: The Social Bases of Politics (1960) propose une analyse des bases de la démocratie, du fascisme, du communisme (l' « autoritarisme de la classe ouvrière ») et d'autres organisations politiques à travers le monde, dans l'entre-deux-guerres et après la Seconde Guerre mondiale.
La partie la plus souvent citée par les auteurs académiques est le chapitre II intitulé « Développement économique et démocratie ». Larry Diamond et Gary Marks affirment que « l'affirmation de Lipset selon laquelle il existe une relation directe entre le développement économique et la démocratie a fait l'objet d'un examen empirique approfondi, à la fois quantitatif et qualitatif, au cours des 30 dernières années. Et cette étude montre, de manière claire et consistante, une forte relation causale entre le développement économique et la démocratie ».
Au chapitre V, Lipset analyse le « fascisme » – à gauche, à droite et au centre – et explique que l’étude des bases sociales des différents mouvements de masse modernes suggère que chaque couche sociale majeure a des expressions politiques à la fois démocratiques et extrémistes. Il a mis en avant les erreurs qui sont d'identifier l’extrémisme comme un phénomène de droite, et le communisme avec un phénomène de gauche. Il a souligné que les idéologies et les groupes extrémistes peuvent être classés et analysés dans les mêmes termes que les groupes démocratiques, c'est-à-dire de droite, de gauche et du centre.
Political Man a été publié et réédité à plusieurs reprises, vendu à plus de 400 000 exemplaires et traduit en 20 langues, notamment en vietnamien, en bengali et en serbo-croate.