Sergueï Sergueïevitch Prokofiev, généralement appelé Serge Prokofiev en France, est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre russe, né le 11 avril 1891 (23 avril dans le calendrier grégorien) à Sontsovka (Ukraine, alors dans l'Empire russe) et mort le 5 mars 1953 à Moscou (URSS).
Il est l'auteur de nombreuses œuvres musicales allant de la symphonie au concerto, de la musique de film à des opéras ou des ballets et a été reconnu de son vivant comme un artiste d'avant-garde très créatif.
Élève au conservatoire de Saint-Pétersbourg, il remporte le prix Anton Rubinstein en tant que meilleur étudiant en piano.
Né en Russie tsariste, il émigre en Occident de 1918 à 1936, avant de se laisser convaincre de revenir en URSS où il est à la fois honoré et persécuté. Il meurt le même jour que Joseph Staline.
Enfance précoce et années de conservatoire (1891-1914)
Sontsovka, la ville natale de Prokofiev, se trouve alors dans l'Empire russe, dans le gouvernement de Iekaterinoslav. Son père est ingénieur agronome et gérant d'un domaine agricole dans l'est de l'Ukraine. Sa mère, Maria Grigorievna, est une femme de bonne éducation, pianiste amatrice et première professeure de piano de son fils. Fils unique, après le décès de ses deux sœurs aînées en bas âge, il bénéficie de toutes les attentions de ses parents, et passe une enfance heureuse dans un grand manoir où sa mère lui joue Beethoven, Chopin, Tchaïkovski et Rubinstein, et où il est instruit de manière rigoureuse dans tous les domaines. Les dons musicaux de l’enfant apparaissent si évidents qu’elle décide très tôt de l’engager dans une carrière musicale. Sergueï compose ses premières pièces pour piano dès l'âge de cinq ans.
En 1900, âgé de huit ans, il accompagne sa mère à Moscou, où il assiste à des opéras. Prokofiev est très frappé par ces soirées, souvent qualifiées d'« initiatiques ». De retour à Sontsovka, il compose un opéra destiné aux enfants, Le Géant. En 1902, sa mère vient avec lui vivre à Moscou afin qu'il commence à prendre des cours avec des professeurs de renom : il travaille principalement la composition avec Reinhold Glière, qui lui enseigne la théorie et l'harmonie.
En 1904, sa mère décide de l'emmener à Saint-Pétersbourg pour qu'il poursuive ses études. Il entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg, à l'âge de treize ans. Il étudie l'orchestration avec le compositeur Nikolaï Rimski-Korsakov, le piano avec Anna Esipova, la composition avec Anatoli Liadov et la direction d’orchestre avec Nicolas Tcherepnine.
Prokofiev est, dès son entrée au conservatoire, un enfant terrible, résolument anticonformiste, convaincu de son talent et de sa supériorité sur ses camarades et même sur ses professeurs. Prokofiev revendiquera cette étiquette tout au long de sa carrière.
Durant ces années de formation, suivant son attrait pour le théâtre, il compose deux autres opéras : Sur une île déserte (1902) et Ondine (1904-1907) qui s’inspirent de sujets repris de son enfance. En 1906, il rencontre celui qui restera son grand ami, confident et conseil jusqu'à sa mort, Nikolaï Miaskovski, de dix ans son aîné.
Il devient virtuose du piano, et ses premières apparitions aux « soirées de musique contemporaine » le révèlent comme un phénomène. En 1908, lors d'un concert à Saint-Pétersbourg, il joue l'une de ses compositions devant Igor Stravinsky. Le 6 mars 1910 sa première œuvre est publiée par l'éditeur Jurgenson. L'année 1910 est marquée par la mort de son père, avec lequel il correspondait régulièrement. En 1912, il donne à Moscou son Premier concerto pour piano qui est un succès malgré un style très avant-gardiste.
En 1913, il termine ses dix ans de conservatoire en recevant la plus haute distinction donnée à un étudiant, le prix Anton-Rubinstein comme pianiste-compositeur pour le Concerto pour piano no 1 (opus 10). Cette année est cependant assombrie par le suicide de Maximilian Anatolievitch Schmidthoff, pianiste et ami intime que Prokofiev avait rencontré au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1908 et qui lui avait envoyé une lettre annonçant son geste.
La Grande Guerre et la révolution bolchévique (1914-1917)
Prokofiev décide de partir en Europe, où Igor Stravinsky et Serge de Diaghilev triomphent à Paris avec les Ballets russes. Il fait la connaissance de ce dernier à Londres en 1914 et lui joue son Second concerto pour piano. Diaghilev est tellement impressionné qu'il lui commande sur-le-champ une composition pour ballet sur un thème de son choix. Prokofiev compose Ala & Lolli, mais Diaghilev est déçu par le résultat et refuse de monter le ballet. Prenant cela comme un défi, Prokofiev transforme l'œuvre et décide de la monter lui-même, mais c'est finalement un échec. Diaghilev monte cependant un autre ballet du compositeur,Chout ou L'histoire d'un bouffon, qui est, lui, un succès.
Entre 1915 et 1917, Prokofiev aborde tous les genres et poursuit simultanément la réalisation de partitions radicalement différentes. La trilogie symphonique est complétée par la Symphonie classique tandis que le piano lui inspire les Troisième et Quatrième Sonates. Enfin, la voix est utilisée dans l'opéra Le Joueur, dans plusieurs cycles de mélodies et dans la cantate Sept, ils sont sept.
À la chute de Nicolas II en mars 1917, Prokofiev se réfugie dans le Caucase pour continuer à écrire. En 1918, il revient à Pétrograd pour y présenter sa Symphonie classique, sa première symphonie, mais le pays est au bord de la guerre civile et ne facilite pas ses représentations. Prokofiev, qui était plutôt sympathisant des idées libérales, décide de suivre Stravinsky dans l'exil, mais il conserve des relations avec le pays.
Au début de 1918, Prokofiev prend le Transsibérien pour Vladivostok pour gagner le Japon et l'Amérique. En voyage, pour tuer le temps, il commence à écrire de courts récits, des contes fantastiques débordants d’imagination. Prokofiev dans son journal écrivit : « Si je n’avais pas été compositeur, j’aurais sans doute été écrivain ou poète ». Au Japon, il donne quelques récitals, puis s'embarque pour San Francisco. Une fois installé aux États-Unis il abandonne ses essais littéraires et reprend sa carrière musicale. Les débuts sur la côte ouest sont difficiles. La révolution russe n'a pas bonne presse et sa musique avant-gardiste est considérée comme « mécaniste ». Totalement ruiné, il doit emprunter 300 dollars pour se rendre à New York, où il a déjà une certaine réputation. Il a un peu plus de succès à Chicago où il compose l'une de ses principales œuvres L’Amour des trois oranges, créée en 1920, qui aura également un grand succès en Europe dès l'année suivante.
En 1921, il revient en Europe, d'abord à Londres, puis en France où il passe six mois, de la fin mars à la fin septembre, dans la station balnéaire de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Inférieure), en compagnie de sa mère et de son ami Constantin Balmont, un poète symboliste russe, lui aussi en exil. Là, il achève la Suite scythe, le Troisième concerto et les Cinq poèmes sur des vers de Constantin Balmont. À la fin de l'année, il est de nouveau aux États-Unis : il dirige le Troisième concerto pour sa création, à Chicago.