Sergiu Celibidache [/ˈserdʒʲu tʃelibiˈdake/], né le 28 juin 1912 à Roman (Roumanie) et mort le 13 août 1996 à Nemours est un chef d'orchestre roumain.
Sergiu Celibidache, naît à Roman, mais grandit à Iași où il commence ses études de piano et étudie la philosophie et les mathématiques à Bucarest, puis à Paris, avant d'entrer à la Hochschule für Musik à Berlin de 1939 à 1945, travaillant auprès de Fritz Stein, Kurt Thomas, Heinz Tiessen pour la composition et Walter Gmeindl pour la direction d'orchestre, lesquels exercèrent une profonde influence sur lui. Parallèlement, il étudie la musicologie, l'esthétique et la philosophie à l'université Friedrich-Wilhelm. Il rencontre Martin Steinke et grâce à lui découvre le bouddhisme Zen. Le Zen aura toute sa vie une grande influence sur sa pensée. Il fut aussi le disciple du controversé maître spirituel indien Sathya Sai Baba. En tant que musicologue, il a entamé, sans jamais l'achever (contrairement à une croyance répandue), une thèse de doctorat sur Josquin des Prés.
En août 1945, alors qu'il est tout jeune chef d'orchestre, une suite de coïncidences l'amenèrent à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin. Wilhelm Furtwängler, le chef titulaire qu'il admire beaucoup, a préféré s'exiler en Suisse en attendant d'être « dénazifié » : toute apparition publique lui était alors interdite. Le chef Leo Borchard, qui devait alors le remplacer est accidentellement tué par une sentinelle américaine. Il semble qu'aucun autre chef expérimenté ne fût disponible à cette époque, ou en mesure d'être accepté par les autorités des quatre puissances qui occupaient désormais le territoire de Berlin.
C'est ainsi que Celibidache est nommé chef du Philharmonique de Berlin, en février 1946. Au retour de Furtwängler, en 1947, il doit partager la direction de l'orchestre, jusqu'à la mort de ce dernier, en 1954. Jusqu'alors, le jeune chef roumain avait dirigé l'orchestre 414 fois, présentant beaucoup d'œuvres nouvelles de compositeurs tels que Boris Blacher, Heinz Tiessen, Paul Hindemith et Egon Wellesz. À la mort de Furtwängler, l'Orchestre philharmonique de Berlin choisit Herbert von Karajan pour lui succéder, rejetant la candidature de Celibidache, qui quitte prestement Berlin. Il ne redirige le Philharmonique de Berlin qu'une seule fois, en 1992, sur l'intervention du président de la République Fédérale d'Allemagne, Richard von Weizsäcker. Contrairement à ce que l'on peut voir souvent écrit, Celibidache n'a jamais été l'assistant de Furtwängler, mais le chef associé du Philharmonique de Berlin. Cette méprise est due à Karajan, qui a fait effacer son nom de la liste des chefs titulaires. Simon Rattle rétablit le nom de Celibidache sur cette liste, lors de son entrée en fonction à la tête de l'orchestre.
En 1948, Celibidache fait ses débuts londoniens, pour ensuite enregistrer quelques disques sous étiquette Decca. Après son départ de Berlin, il entama une carrière de chef itinérant au Danemark, notamment, en Suède, en Amérique du Sud et maintes fois en France ; mais surtout en Italie où il dirigea les orchestres de La Scala à Milan, l'Orchestre de l'Académie nationale Sainte-Cécile à Rome et, entre autres, les orchestres de la radio italienne (RAI) à Rome, Milan, Naples et Turin. Ses exigences pour de longues séances intensives de répétition – jusqu'à vingt par concert – furent enfin plus facilement satisfaites à la radio qu'aux concerts présentés dans les grandes salles de concerts symphoniques.
À partir de 1959, il travaille avec l'Orchestre symphonique de la radio de Stuttgart et en 1960, commence à donner des classes de maître en direction d'orchestre, à l'Académie musicale Chigiana de Sienne, qui lui vaut un statut légendaire.
Entre 1960 et 1963 Celibidache travaille intensément et assidûment avec l'Orchestre royal du Danemark et, de 1962 à 1971, devint directeur en chef de l'Orchestre symphonique de la Radio suédoise qu'il rebâtit totalement. En avril puis en octobre 1966, il accepte l'invitation de l'Orchestre symphonique de Québec, unique orchestre professionnel qu'il a dirigé en Amérique du Nord, exception faite du Mexique où il s'était produit au début des années 1950. Son séjour au Québec l'amène à diriger l'OSQ à Québec, d'abord, puis à Montréal, Trois-Rivières et Rimouski. De 1972 à 1977, il est ensuite nommé chef titulaire de l'Orchestre symphonique de la radio de Stuttgart et, de 1973 à 1975, celui de l'Orchestre national de France, période qui resta gravée dans la mémoire de plus d'un mélomane français. Malheureusement, son désir de réformer cet orchestre et certaines dissensions syndicales l'amenèrent à renoncer au travail amorcé en France.
En février 1979, il dirige pour la première fois l'Orchestre philharmonique de Munich et en devient le chef titulaire dès le mois de juin, jusqu'à sa mort, en faisant l'un des meilleurs ensembles au monde. Il y tient des classes de maître en direction d'orchestre et ne cesse plus de diriger et d'enseigner, particulièrement la phénoménologie de la musique, à l'Université de Mayence (1978–1992) et au Curtis Institute de Philadelphie (1983–1984) et fait ses débuts officiels aux États-Unis en février 1984 à Carnegie Hall. Il met alors à profit ce qu'il avait découvert et étudié dans sa jeunesse : la phénoménologie d'Edmund Husserl. Il donne bénévolement, aussi, des classes de direction d'orchestre en France, à la Schola Cantorum et dans sa propriété de La Neuville-sur-Essonne et poursuit cette activité d'enseignement jusqu'à sa mort le 13 aout 1996. Parmi ses derniers élèves, on compte le chef français Rémy Ballot, qui s'est imposé au cours des années 2011–2015, comme un grand chef brucknérien, ou encore Zahia Ziouani, grande cheffe d'orchestre française.
En 1979, il est marqué par sa rencontre du gourou Sathya Sai Baba en Inde, Sergiu Celibidache appartenait à cette école de pensée qui contestait que les mots ou le raisonnement fussent vraiment capables de rendre la réalité accessible. Ainsi, il affirmait qu'un concert enregistré sur disque, ne pourrait jamais rendre la totalité de l'expérience et des « épiphénomènes » vécus lors d'un concert donné en salle, allant jusqu'à assimiler un concert enregistré à une nuit d'amour passée avec une photographie de Brigitte Bardot.
Cependant, les diffusions de ses concerts radiophoniques ont été souvent enregistrées, car la radio permettait de plus longues séances de répétitions, en particulier en Italie, en Suède et en Allemagne. De son vivant, plusieurs de ces enregistrements sont édités et paraissent sous des étiquettes non officielles et de qualité sonore médiocre. Après sa mort, son fils Serge Ioan Celebidachi, réalisateur de cinéma, autorise Deutsche Grammophon à publier et distribuer les enregistrements de Stuttgart (1971-1977), de même qu'à EMI Classics, ceux de Munich (1979-1996) enregistrés par la Radiodiffusion Bavaroise. Ce qui mit définitivement un terme à la diffusion de plus en plus importante, de bandes pirates de qualité exécrable.
Les disques édités ont mis particulièrement en valeur ses interprétations des symphonies d'Anton Bruckner, la musique française de Debussy, Ravel, Roussel et Milhaud, des symphonies 1 et 9 de Chostakovitch, de même que des extraits wagnériens proprement stupéfiants. Les revenus de la vente de ces disques sont intégralement reversés à deux fondations créées par Serge Ioan Celebidachi : l'une pour la musique (Sergiu Celibidache Stiftung), l'autre humanitaire (SC Help).
Plusieurs enregistrements vidéo de Celibidache sont également disponibles, dont ceux avec l'Orchestre philharmonique de Munich et Daniel Barenboim au piano. Celibidache avait alors accepté de se laisser filmer, à condition que tous les bénéfices de la vente fussent toutefois ultérieurement remis à l'UNICEF.
Sergiu Celibidache, qui était membre de l'Académie roumaine, a fait partie des musiciens qui ont beaucoup réfléchi sur la musique et la phénoménologie de la musique ; réflexions qu'il transmettait volontiers mais uniquement oralement et lesquelles furent tenues pour importantes et considérables. Sa conception de la technique de direction d'orchestre a aussi eu une très grande portée et l'on rappelle, à ce propos, qu'il répétait et dirigeait presque toujours de mémoire et sans aucune partition.