Savinien de Cyrano, dit de Bergerac, est un écrivain français, né à Paris, rue des Deux-Portes, baptisé le 6 mars 1619 en l'église Saint-Sauveur et mort à Sannois le 28 juillet 1655.
Auteur d'une œuvre audacieuse et novatrice, qui l'inscrit dans le courant libertin de la première moitié du XVIIe siècle, il est surtout connu aujourd'hui du grand public pour avoir inspiré en 1897 à Edmond Rostand son drame romantique de Cyrano de Bergerac, qui, tout en reprenant des éléments de la biographie du poète, s’en écarte par de nombreux aspects.
Par-delà la renommée de la pièce de Rostand, on assiste, depuis la fin des années 1970, à un renouveau des études autour de Cyrano et de son œuvre, auxquels ont été consacrés, en France et à l'étranger, une foison de thèses, articles, biographies et essais.
Ses deux relations de voyage — Les États et empires de la Lune et Les États et empires du Soleil — figurent parmi les premières œuvres de science-fiction.
La brève existence de Cyrano est relativement peu documentée. Certains chapitres essentiels n’en sont connus que par la préface de l’Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats et empires de la Lune, publiée vingt mois après sa mort. Sans Henry Le Bret, ami de l'auteur, qui en rédigea les quelques pages de nature biographique, nous ne saurions rien de l’enfance campagnarde du libertin, de son engagement militaire, des blessures qu’il lui occasionna, de ses prouesses de bretteur, des circonstances de sa mort, ni de sa prétendue conversion finale.
Depuis qu’en 1872, Auguste Jal a fait connaître que le « sieur de Bergerac » était parisien et non gascon, les recherches menées dans les registres paroissiaux et les actes notariés par un petit nombre de chercheurs, et au premier chef par Madeleine Alcover (1938-2014), professeur émérite à la Rice University de Houston, ont permis d’en savoir plus sur sa généalogie, son milieu familial, ses domiciles parisiens et certains de ses amis, mais aucun document nouveau n’est venu corroborer ou infirmer les points essentiels du récit de Le Bret, ni en combler les principales lacunes. Aussi ne saurait-on trop se méfier des amplifications paraphrastiques et romanesques auxquelles il a donné lieu.
Savinien de Cyrano est le fils d'Abel I de Cyrano, sieur de Mauvières, (156?-1648), avocat au parlement de Paris, et d'Espérance Bellanger (1586-164?), « fille de défunt noble homme Estienne Bellanger, Conseiller du Roy et Trésorier de ses Finances ».
Le grand-père paternel, Savinien I de Cyrano (15??-1590), est né probablement dans une famille de notables sénonais (de Sens, en Champagne). Il liquide son héritage foncier situé en la paroisse Saint-Hilaire de Sens en 1578, paroisse qui est aussi celle des Coypeau (Dassoucy) et voisine de celle de la belle-mère du comédien Montfleury. La documentation le qualifie successivement de « marchand et bourgeois de Paris » (20 mai 1555), de « vendeur de poisson de mer pour le Roy » dans plusieurs autres documents des années suivantes, enfin de « conseiller du Roi, maison et couronne de France » (7 avril 1573). Le 9 avril 1551, à Paris, il a épousé Anne Le Maire, fille d'Estienne Le Maire et de Perrette Cardon, qui mourra en 1616. On leur connaît quatre enfants : Abel, père de l'écrivain, Samuel (15??-1646), Pierre (15??-1626) et Anne (15??-1652).
Du grand-père maternel, Estienne Bellanger, « contrôleur des finances en la recette générale de Paris », et de son ascendance, on ignore à peu près tout.
On connaît mieux la famille de sa femme, Catherine Millet : son père, Guillaume II Millet, sieur des Caves, était secrétaire des finances du roi ; son grand-père, Guillaume I Millet (149 ?-1563), licencié en médecine en 1518, médecin ordinaire de trois rois successifs (François Ier, Henri II et François II), avait épousé Catherine Valeton, fille d'un receveur des fouages de Nantes, Audebert Valeton, lequel, accusé de complicité dans l'Affaire des Placards, fut « brûlé vif du bois pris en sa maison » , le 21 janvier 1535, au carrefour de la Croix-du-Trahoir, devant la maison du « Pavillon des singes », où Jean-Baptiste Poquelin, futur Molière, devait voir le jour près d'un siècle plus tard.
Espérance Bellanger et Abel I de Cyrano se sont mariés le 3 septembre 1612 à l'église Saint-Gervais de Paris. Elle avait au moins vingt-six ans, lui environ quarante-cinq. Leur contrat de mariage, signé le 12 juillet précédent à l'hôtel de Maître Denis Feydeau, conseiller, secrétaire et notaire du roi, cousin issu de germain de la mariée, a été publié en 2000 seulement par Madeleine Alcover, qui étudie avec minutie le parcours social des témoins signataires (et plus particulièrement leurs liens avec les milieux dévots) et note que nombre d'entre eux « ont atteint les sphères de la grande finance, de la grande noblesse de robe, de l'aristocratie (y compris celle de Cour) et même de la noblesse d'épée ».
En 1911, Jean Lemoine a fait connaître l'inventaire des biens du marié. Sa bibliothèque, relativement peu fournie (126 volumes inventoriés), témoigne d'une formation de juriste et d'une curiosité très ouverte : goût des langues et des littératures anciennes, lecture des grands humanistes de la Renaissance (Érasme, Rabelais, Juan Luis Vivès), pratique de l'italien, intérêt pour les sciences.
Côté religion, on relève la présence de deux Bibles, d'un Nouveau testament italien et des Oraisons de saint Basile en grec, mais aucun ouvrage de piété. On ne trouve, du reste, aucun objet de cette nature (gravure, tableau, statue, crucifix) parmi les autres biens inventoriés, mais, en revanche, « douze petits tableaux de portraits de dieux et déesses » et « quatre figures en cire : l'une de Vénus et Cupidon, une autre d'une tireuse d'épine, une d'un flûteux et une d'une femme nue, honteuse » .
Enfin, on note la présence de plusieurs œuvres de protestants notoires : les Discours politiques et militaires de François de la Noue, deux volumes de George Buchanan, la Dialectique de Pierre de La Ramée, l’Alphabet de plusieurs sortes de lettres de Pierre Hamon et La Vérité de la religion chrétienne, de Philippe Duplessis-Mornay, présence qui confirme qu'Abel a vécu ses années de jeunesse dans un milieu huguenot.
Espérance et Abel I auront au moins six enfants :
Denis, tenu sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache, le 31 mars 1614, par Anne Le Maire, sa grand-mère, et Denis Feydeau, financier. Il fera des études de théologie à la Sorbonne et mourra dans les années 1640 ;
Antoine, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le 11 février 1616, par sa tante paternelle, Anne Cyrano, et un parrain qui n'est pas nommé dans le baptistaire relevé par Auguste Jal, mais qui pourrait bien être le financier Antoine Feydeau (1573-1628), frère cadet de Denis. Mort en bas âge ;
Honoré, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le 3 juillet 1617, par Honoré Barentin, trésorier des parties casuelles, et une marraine non nommée. Mort en bas âge ;