Sangharakshita, né le 26 août 1925 à Tooting (Londres) sous le nom de Dennis Philip Edward Lingwood et mort à Hereford le 30 octobre 2018, est un maître et écrivain bouddhiste britannique.
Il est le fondateur de la Communauté bouddhiste Triratna et de l'Ordre bouddhiste Triratna, respectivement connus jusqu'en 2010 sous les noms d'Amis de l'Ordre Bouddhiste Occidental (AOBO) et d'Ordre Bouddhiste Occidental.
Un des premiers Occidentaux à être ordonné bhikkhu dans la tradition du Theravāda dans la période qui suivit la Seconde guerre mondiale, Sangharakshita vécut pendant plus de 20 ans en Inde, où il eut plusieurs maîtres bouddhistes tibétains. Il fut aussi actif dans le mouvement de conversion des Dalits (autrefois appelés intouchables), commencé en 1956 par B. R. Ambedkar.
Il a écrit plus de 60 livres, en incluant les compilations de ses discours et séminaires, et a été décrit comme « un des bouddhistes les plus prolifiques et les plus influents de notre ère », comme « un habile innovateur, dans ses efforts pour traduire le bouddhisme pour l'Occident », et comme « le père fondateur du bouddhisme occidental » pour son rôle dans la création de ce qui est aujourd'hui la Communauté bouddhiste Triratna, mais a aussi été considéré par certains comme un maître controversé.
Sangharakshita s'est formellement retiré en 1995 de la gestion du mouvement qu'il a créé, et en 2000 a cessé de le diriger, mais il en est resté jusqu'à sa mort une figure dominante. Il a vécu ses dernières années à Coddington, en Angleterre, dans un grand centre de retraite de la Communauté qu'il a fondée.
Sangharakshita est né sous le nom de Dennis Philip Edward Lingwood à Tooting (Londres) en 1925. Ayant tôt été diagnostiqué d'un cœur fragile, il passa la plus grande part de son enfance confiné au lit, et utilisa cette opportunité pour lire de très nombreux livres. Sa première rencontre avec la pensée non-chrétienne fut la lecture d'Isis dévoilée de Madame Blavatsky, à la suite de quoi, selon ses dires, il réalisa qu'il n'avait jamais été chrétien. L'année suivante, la lecture du Sūtra du Diamant et du Sūtra de l’Estrade lui firent réaliser qu'il était bouddhiste et l'avait toujours été.
Il joignit la Société bouddhiste à l'âge de 18 ans et devint formellement bouddhiste en mai 1944 en prenant les Trois Refuges et les Cinq préceptes du moine birman U Thittila.
Appelé sous les drapeaux en 1943, il servit en Inde, à Sri Lanka (appelé Ceylan à l'époque), et à Singapour, dans le service des transmissions (Royal Corps of Signals).
C'est à Sri Lanka, alors qu'il était en contact avec les swamis de la Mission Râmakrishna (hindoue), qu'il eut le désir de devenir moine. En 1946, après la cessation des hostilités, il fut transféré à Singapour, où il rencontra des bouddhistes et apprit à méditer.
À la fin de la guerre, ne voulant pas rentrer en Europe avec son unité, il rendit son arme et déserta. Pendant plusieurs années, il alla de lieu en lieu en Inde avec pour compagnon un bouddhiste novice bengali, le futur Buddharakshita. Ils séjournèrent chez plusieurs éminents maîtres spirituels de l’époque, parmi lesquels Mata Anandamayi et Ramana Maharishi. En 1947-48, ils passèrent quinze mois à la mission Râmakrishna à Muvattupuzha (en). En mai 1949, il devint moine novice, ou shramanera, lors d'une cérémonie dirigée par le moine birman U Chandramani, qui lui donna le nom de Sangharakshita (« protégé par la communauté spirituelle »). Il reçut l’année suivante l’ordination pleine de bhikkhu, avec comme précepteur (upadhyaya) un autre bhikkhu birman, U Kawinda, et comme maître (ācārya) Jagdish Kashyap. Avec ce dernier, il étudia le pāli, l’Abhidhamma et la logique à l’Université de Bénarès. En 1950, répondant à la suggestion de Kashyap, Sangharakshita s’installa à Kalimpong, à proximité des frontières de l'Inde, du Bhoutan, du Népal et du Sikkim, et à quelques kilomètres du Tibet. Kalimpong fut sa résidence pendant 14 ans, jusqu'à son retour en Angleterre en 1966.
Pendant son séjour à Kalimpong, Sangharakshita forma une Association bouddhiste de jeunes hommes et fonda un centre œcuménique de pratique du bouddhisme, le Triyana Vardhana Vihara. Il fut également plusieurs années rédacteur en chef du Journal de la Société de la Maha Bodhi, et créa un magazine, Stepping Stones. En 1951, il rencontra Lama Govinda, un moine d’origine allemande qui fut le premier bouddhiste qu’il rencontra qui « déclarait ouvertement la compatibilité de l'art avec la vie spirituelle », et qui donna à Sangharakshita une plus grande appréciation du bouddhisme tibétain. Govinda avait commencé à étudier le bouddhisme dans la tradition Theravāda, notamment avec le bhikkhu d'origine allemande Nyanatiloka Mahathera, mais après avoir rencontré le lama Gelugpa Tomo Guéshé Rinpoché, en 1931, il se tourna vers le bouddhisme tibétain. Les explorations spirituelles de Sangharakshita devaient suivre une trajectoire similaire.
Sangharakshita a été ordonné dans l'école Theravāda, mais devint désillusionné par ce qu'il considérait comme le dogmatisme, le formalisme, et le nationalisme de la plupart des bhikkhus theravādins qu'il rencontrait. Il devint de plus en plus influencé par les maîtres bouddhistes tibétains qui avaient fui le Tibet après l'invasion chinoise dans les années 1950. Deux ans après sa rencontre avec Lama Govinda, il commença à étudier avec un lama Gelugpa, Dhardo Rinpoché. Sangharakshita a également reçu des initiations et des enseignements d'autres maîtres, parmi lesquels Jamyang Khyentse, Dudjom Rinpoché et Dilgo Khyentse Rinpoché. Dhardo Rinpoché conféra à Sangharakshita l'ordination dans la tradition mahāyāna. Plus tard, avec un autre moine anglais, Bhikkhu Khantipalo (pl), Sangharakshita étudia également avec un maître du bouddhisme chán, Yogi Chen. Ensemble, les trois les hommes firent, à partir des séminaires de Yogi Chen, un livre sur la théorie et la pratique bouddhistes, Méditation bouddhiste, systématique et pratique.
En 1952, Sangharakshita rencontra Bhimrao Ramji Ambedkar (1891-1956), le principal rédacteur de la Constitution indienne et le premier ministre de la justice de l'Inde indépendante. Ambedkar, qui était un « intouchable », allait se convertir au bouddhisme avec 380.000 autres intouchables (aujourd'hui appelés « dalits ») le 14 octobre 1956 à Nagpur. Ambedkar et Sangharakshita avaient correspondu depuis 1950, et le politicien indien avait encouragé le jeune moine à étendre ses activités bouddhistes. Ambedkar appréciait « l'engagement de Sangharakshita envers un bouddhisme fortement engagé qui, en même temps, ne dilue pas les préceptes cardinaux de la pensée bouddhique ». Initialement, Ambedkar invita Sangharakshita à conduire la cérémonie de conversion, mais ce dernier refusa, arguant qu'elle devait être présidée par U Chandramani, le plus anciens des moines en Inde à l'époque. Ambedkar mourut six semaines après la conversion, laissant le mouvement de conversion sans leader, et Sangharakshita, qui venait d'arriver à Nagpur pour rencontrer des bouddhistes dalits, continua ce qu'il considérait être l'œuvre d'Ambedkar en donnant discours sur discours aux ex-intouchables, et en présidant des cérémonies au cours desquelles 200.000 autres intouchables se convertirent. Durant la décennie qui suivit, Sangharakshita rendit souvent visite aux communautés bouddhistes dalits de l'ouest de l'Inde.
En 1964, Sangharakshita fut invité à aider à régler un différend au vihara bouddhiste de Hampstead, au nord de Londres, où il s'avéra être un maître très demandé. Son approche œcuménique et sa volonté de ne pas se conformer à certaines des attentes des administrateurs du vihara furent considérées comme contrastant avec le strict bouddhisme Theravāda qui y était pratiqué. Bien qu'à l'origine il n'ait prévu de rester que six mois à Londres, il choisit finalement de s'installer en Angleterre, non sans avoir fait une tournée d'adieu en Inde - durant laquelle le bureau du vihara décida de l'expulser de ce dernier.
Sangharakshita retourna cependant en Angleterre et, en avril 1967, fonda les Amis de l'Ordre Bouddhiste Occidental. L'Ordre bouddhiste Occidental fut fondé un an plus tard, quand il ordonna une douzaine d'hommes et de femmes, lors d'une cérémonie à laquelle assistèrent un moine zen, un prêtre Shin, et deux moines Theravadins.