Samuel Pepys (/piːps/ PÎPS), né le 23 février 1633 à Londres et mort le 26 mai 1703 à Clapham, est un diariste, administrateur du Navy Board et parlementaire anglais.
Il est connu principalement pour son Journal qui couvre la période 1660-1669, rédigé presque intégralement en utilisant une sorte de sténographie. Pepys y relate notamment les grands événements dont il a été le témoin au cours des années 1660, comme l'épidémie de peste de Londres (1665-1666), la deuxième guerre anglo-néerlandaise (1665-1667) et le grand incendie de Londres (1666). Il y décrit aussi très méticuleusement ses sorties au théâtre, la mode, la nourriture et les boissons de l'époque, ce qui fournit une documentation de première main sur la société anglaise des années 1660 et constitue un formidable outil pour les historiens.
Enfance, éducation et cléricature
Fils de John Pepys, tailleur, et de Margaret Kite, blanchisseuse, il naît à Londres à quelques pas de Fleet Street, dans la Cité. Il fréquente d'abord le collège de grammaire de Huntingdon, dans le Cambridgeshire, d'où est originaire une partie de sa famille, et où Edward Montagu, le cousin germain de son père et l'un des jeunes lieutenants d'Oliver Cromwell, possède une propriété à Hinchingbrooke. Entre 1645 et 1650, il revient à Londres où il fréquente le collège Saint-Paul, à côté de la cathédrale. Il fait probablement l'école buissonnière le 30 janvier 1649 pour assister, alors qu'il n'a pas seize ans, à l'exécution de Charles Ier. L'enfance et l'adolescence de Pepys se déroulent sur fond de guerre civile, de puritanisme, et de l'instauration du Commonwealth par Cromwell.
Au printemps 1650, et avec l'appui de George Downing, il bénéficie d'une allocation de fin d'études pour aller à Cambridge. Après des hésitations quant au choix du collège, il opte finalement, en octobre 1650, pour Magdalene College où il s'inscrit comme boursier. Il obtient ses degrés (un niveau équivalent à une licence actuelle) en 1654. Vers la fin de cette même année ou au début de 1655, il entre à la fois au service de George Downing, alors chargé de l'Échiquier, et d'Edward Montagu, devenu conseiller d'État, qui, ayant remarqué ses capacités, l'utilise comme homme de confiance. Le 1er décembre 1655 et à l'insu de son cousin et patron, il épouse Elizabeth de Saint-Michel, issue d'un mariage franco-anglais.
Les jeunes mariés logent tout d'abord dans les deux pièces d'une tourelle du palais de Whitehall, dans les dépendances des appartements de son cousin. Pepys emménage ensuite sur Axe Yard, une place maintenant disparue située à l'endroit de l'actuelle Downing Street, où il loue la moitié d'une maison. Il est ainsi à mi-chemin de son lieu de travail officiel (l'Échiquier, près du palais de Westminster) où il est clerc, et des appartements privés de Montagu. Lorsque celui-ci part en mer (en Baltique pour participer à un blocus contre la Suède ou dans le détroit de Gibraltar pour reconnaître les possibilités d'y établir une base navale), Pepys est chargé de le tenir au courant par lettres de tout ce qui se passe à Londres, ce qui a peut-être fait naître son goût pour le journalisme.
Restauration et conseil de la Marine
Après la mort d'Oliver Cromwell le 3 septembre 1658, le Commonwealth se désagrège sous les bottes de généraux rivaux, notamment Monck, Lawson et Lambert. Les temps sont troubles ; on commence à parler d'une restauration du roi Charles II qui se trouve en exil en Hollande. Le 1er janvier 1660, Pepys commence son Journal pour y noter les événements d'une année qui s'annonce exceptionnelle. Il va le tenir chaque jour, à de rares exceptions près, jusqu'en mai 1669.
En mars 1660, Pepys accompagne son cousin en Hollande, avec le feu vert de Monck pour en ramener le roi. Édouard Montagu est bientôt créé comte de Sandwich et investi de plusieurs autres charges, notamment celle de vice-amiral. C'est en cette qualité que son cousin propose au roi la nomination de Pepys comme clerc des Actes au conseil de la Marine. La charge ne l'intéresse que moyennement au début, à tel point qu'il envisage de la revendre. C'est Sandwich qui lui fait comprendre que ce n'est pas tant le salaire qui est intéressant, mais les nombreuses occasions de se faire de l'argent à la faveur de pots-de-vin. Peu de temps après sa nomination, il emménage dans les bâtiments mêmes du Bureau naval, situés sur Seething Lane, au nord-ouest de la tour de Londres.
Il apprend rapidement le métier de l'administration navale et devient un membre influent de l'institution en disputant ses prérogatives aux autres officiers du conseil de la Marine, qui sont tous d'anciens capitaines que Charles II a faits chevaliers. À la différence de ses collègues, il essaie constamment de comprendre les techniques des différents corps de métiers, visite des navires en construction, apprend ses tables de multiplication et le vocabulaire de la Marine, s'initie à l'astronomie et à la science en général. C'est pour ces raisons, et malgré un enrichissement personnel manifeste tout au long de sa carrière, que Pepys est aujourd'hui considéré dans le monde anglo-saxon comme le type même du parfait fonctionnaire.
En 1665, la déclaration de guerre aux Provinces-Unies l'inquiète car il sait que la marine anglaise est sous-équipée et mal avitaillée. Il profite néanmoins de cette deuxième guerre anglo-néerlandaise pour se faire nommer à un poste qu'il a inventé de toutes pièces, celui d'avitailleur général, qui lui permet d'arrondir ses fins de mois en percevant un double salaire. En septembre 1665, Sandwich lui cède une partie de la cargaison de deux vaisseaux hollandais dont il s'est emparé à la bataille de Vågen, devant Bergen. Pepys la revend bien vite (en faisant un joli bénéfice), car ces marchandises prises illicitement sur un butin royal lui brûlent les doigts. Son cousin va bientôt payer les conséquences de cet acte en étant tenu éloigné de la Cour de 1665 à 1668.
La guerre, à peu près équilibrée en 1665, tourne à l'avantage pour les Provinces-Unies en juin 1666 avec la Bataille des Quatre Jours, et au fiasco avec le raid hollandais sur la Medway : du 9 au 14 juin 1667, les Hollandais brûlent les vaisseaux anglais qui y sont mouillés, et s'emparent du Royal Charles, le vaisseau amiral. Craignant de voir l'ennemi parvenir à Londres, Pepys dépêche Elizabeth et l'un de ses commis cacher ses pièces d'or dans le jardin de la maison où s'est retiré son père, à Brampton, près de Huntingdon.
Les mois qui suivent ce désastre sont dramatiques pour le Bureau naval et les officiers du conseil de la Marine, car une commission d'enquête parlementaire épluche les comptes, et Pepys est souvent mis à contribution pour justifier l'utilisation des fonds publics. En 1668, il fait un discours fleuve devant le Parlement pour défendre les actions du conseil de la Marine, se faisant remarquer de la Chambre et du roi par sa clarté et sa conviction.
Durant l'épidémie de peste qui ravage Londres et l'Angleterre de 1665 à 1666, Pepys est l'un des derniers officiers du conseil de la Marine à quitter la Cité pour se réfugier à Greenwich où s'était replié le Bureau naval. Ces années de peste dopent Pepys qui redouble d'activité et essaie de profiter de la vie au maximum, d'autant qu'il a fait prendre pension à Elizabeth et ses domestiques à Woolwich et qu'il se trouve célibataire.
Le grand incendie de Londres est sans conteste l'événement le plus important auquel Pepys ait assisté. Le reportage qu'il en fait dans son Journal est une pièce d'anthologie outre-Manche. C'est sa servante Jane Birch qui, levée tôt ce dimanche 2 septembre 1666, le prévient dans la nuit. Au matin, Pepys n'a pas encore pris la mesure de l'ampleur du désastre. Ce n'est qu'après être monté à la Tour qu'il se fait mener en bateau à Whitehall pour alerter le roi et lui conseiller de faire abattre des pâtés de maisons pour éviter que le feu ne se propage davantage. Attisé par un fort vent d'est et survenant après une période de sécheresse, l'incendie se poursuit pendant près d'une semaine, ruinant une grande partie de la Cité, et en particulier la vieille cathédrale Saint-Paul. Le Bureau naval, situé près de la tour de Londres, est lui-même menacé, et Elizabeth se réfugie une nouvelle fois à Woolwich. Le bâtiment sera cependant sauvé grâce à l'initiative de Sir William Penn, commissaire de la Marine et collègue de Pepys, qui réquisitionne les charpentiers des chantiers navals pour abattre les maisons se trouvant à proximité.