Salvatore Giancana appelé Sam Giancana, né le 24 juin 1908 à Chicago et mort le 19 juin 1975 à Oak Park, est un mafioso américain d’origine sicilienne, patron de l'Outfit de Chicago de 1957 à 1966. Sam Giancana fêtait son anniversaire le 15 juin, mais l'état civil montre qu'il naquit à Chicago le 24 juin 1908.
Ses surnoms étaient, entre autres, « Momo », « Mooney », « Sam the Cigar » ou « Sammy ».
Sam Giancana nait Salvatore Giancana, fils d’immigré sicilien, dans le quartier de Little Italy à Chicago, qui est aussi connu comme « The Patch ». Il est arrêté plus de 70 fois dans sa vie et emprisonné seulement deux fois. Son père, Antonino (prénom populaire en Sicile) Giancana, possède un magasin de glaces, qui sera plastiqué par des gangs rivaux de ceux de son fils[réf. nécessaire].
Sam Giancana rejoint le Forty-Two Gang (le gang 42), un gang d’adolescents des rues qui est sous la direction de Joseph Esposito. Giancana développe une réputation d’excellent conducteur de véhicule, d'homme gagnant beaucoup d’argent et de tueur. Après le meurtre d’Esposito, auquel Giancana est mêlé, le gang 42 devient une extension de l'Outfit de Chicago. Cependant, le gang 42 fonctionne à distance de l’Outfit, car cette dernière le considère comme incontrôlable. Malgré cela, les qualités de chef de Giancana, le fait qu’il soit un excellent conducteur lors des poursuites avec la police et qu'il ait des capacités à gagner beaucoup d’argent dans la rue remonte aux oreilles des chefs de haut rang de la Cosa Nostra comme Frank Nitti, Paul Ricca et Tony Accardo.
À la fin des années 1930, Giancana devient le premier du gang 42 à rejoindre les rangs de l’Outfit. En 1942, Giancana force le chef d’orchestre de jazz Tommy Dorsey à libérer Frank Sinatra des obligations contractuelles qui freinent sa carrière. Cette histoire est devenue célèbre grâce au livre puis, plus tard, au film Le Parrain. Sam Giancana est aussi cité pour son implication dans le meurtre de Theodore Roe en 1952.
En 1945, après avoir été incarcéré au Federal Correctional Complex à Terre Haute dans l’Indiana (durant cette période, il explique à ses enfants qu’il est à l’université), Sam Giancana devient une personne crédible aux yeux du chef de l’Outfit, Tony Accardo, qui le prend à l’essai dans la loterie clandestine dans le quartier afro-américain. Theodore Roe, alors responsable de la loterie clandestine, refuse d’abandonner ses parts aux Italiens. Il est abattu par un membre de l’équipe de Giancana, Lennard « Fat Lennie » Califano. Mais le contrôle total de la loterie ne se fait que lorsque Jackie « the Lackey » Cerone fait peur à « Big Jim » Martin à Mexico en lui tirant deux balles dans la tête qui ne le tuent pas. À l’issue de cette guerre des jeux qui rapporte des millions de dollars à l’Outfit, Giancana devient favori pour devenir le chef en 1957. Accardo prend alors le rôle de « consigliere ». Mais la réalité du pouvoir est détenue par Accardo et Ricca, aucune décision majeure ne pouvant être prise sans leur accord.
Sam Giancana était également présent à la réunion au sommet d’Apalachin en 1957, qui se déroule dans la propriété de Joseph Barbara, dans l’État de New York. Plus tard, le parrain de la famille de Buffalo Stephano Magaddino et Giancana expliquèrent que la réunion aurait dû prendre place près de Chicago. Sam Giancana affirma que Chicago était « l’endroit le plus sûr au monde » pour une réunion au sommet de la mafia parce que plusieurs chefs de la police étaient corrompus.
Durant l'année 1959, malgré le fait que la mafia avait financé aussi bien Batista, le dictateur de Cuba soutenu par l'administration américaine en vertu de la défense des intérêts américains sur l'île et ce malgré l'opposition croissante de la population civile, que son opposant Fidel Castro, ce dernier fit fermer d'une part l'ensemble des casinos et lieux de prostitution et de trafic gérés par la pègre et d'autre part, Santo Trafficante, le parrain de Cuba, fut emprisonné. Sa libération fut obtenue fin août 1959 par l'action de Jack Ruby, agent de Sam Giancana.
Le 25 mars 1959, il reçut en mains propres sa convocation pour témoigner à la commission McClellan sur le crime organisé où siégeait Robert F. Kennedy. Déguisé avec une perruque, il témoigna en recourant 34 fois au cinquième amendement de la constitution américaine qui autorisait un citoyen à ne pas répondre si sa réponse l'expose à un risque de condamnation dans le cadre d'une enquête criminelle en cours.
Il est de notoriété publique et plus tard partiellement corroboré par la Commission Church, et également par les ouvrages écrits par les membres de la famille, que durant le gouvernement Kennedy, la Central Intelligence Agency (CIA) recruta Sam Giancana et d’autres mafieux pour assassiner le président cubain Fidel Castro. Celui-ci avait renversé en 1959 le dictateur Fulgencio Batista, lequel avait permis de faire de son île le principal centre de blanchiment d'argent du trafic de drogue, de prostitution et de jeux au travers des casinos de la Cosa nostra américaine. Dans les années 1950, l'ensemble des trafics illégaux rapportaient à La Havane, pour l'organisation criminelle, un total de 100 millions de dollars annuels (soit 900 millions de dollars en 2013).
Il fut rapporté que Giancana disait que la CIA et Cosa Nostra étaient les différents côtés d’une même pièce de monnaie (« different sides of the same coin »).
L’association entre Sam Giancana et Kennedy est indiquée dans Le dossier Exner (Exner file) écrit par Judith Campbell Exner. Exner était réputée pour être la maîtresse à la fois de Giancana et JFK, et il semblerait qu’elle ait relayé des informations au sujet de Fidel Castro entre les deux.
La fille de Sam Giancana, Antoinette, a fait état de son impression au sujet de son père qui aurait détourné des millions de dollars des fonds de la CIA.
Selon les documents déclassifiés de la CIA en 2007 intitulés « Family Jewels » (les bijoux de famille), Giancana et le chef de la mafia de Tampa/Miami, Santo Trafficante Junior, ont été contactés en septembre 1960 pour un projet d’assassinat de Fidel Castro par l’agent de la CIA, et ex-agent du FBI, Robert Maheu, qui détenait une agence de détective privée qui, comme celle de Guy Banister à La Nouvelle-Orléans, couvrait les activités illégales de la CIA sur le sol des États-Unis (fondée en 1947, la CIA avait l'interdiction formelle d'agir dans les frontières des Etats-Unis, rôle dévolu exclusivement au FBI de J. Edgar Hoover).
Maheu, pour les contacter, passa par l’intermédiaire d'un membre de la mafia de Chicago, en place à Las Vegas et numéro deux de Giancana, Johnny Roselli, qui le représentait à travers les États-Unis, et plus particulièrement à Hollywood auprès des grands studios et des acteurs. Maheu se présentait comme un représentant des casinos et de différents intérêts économiques spoliés par Castro. Il offrit 150 000 $ pour son élimination (le document suggère que seuls Roselli et Giancana acceptèrent, Trafficante refusa). Toujours selon le document, Giancana suggéra d’utiliser des pilules de poison qui seraient versées dans ses aliments et sa boisson. Ces pilules, fabriquées par la CIA, furent données à une personne désignée par Giancana, Juan Orta, un représentant corrompu du nouveau gouvernement cubain qui avait accès à Castro. Après une série de six tentatives pour introduire le poison dans ses aliments, Orta demanda à abandonner la mission. Elle fut confiée à un autre, inconnu. Plus tard, une seconde tentative fut mise au point par Giancana et Trafficante par le biais du docteur Anthony Verona, le leader de la junte des cubains exilés. Selon Trafficante, la junte était très affectée par l’inefficacité de sa lutte. Verona demanda 10 000 $ en dépense et 1 000 $ en matériel de communication. Cependant, la tentative fut annulée peu de temps avant le lancement de l’invasion de la baie des Cochons en avril 1961. À noter qu'il bénéficia en retour de la protection de la CIA contre les poursuites judiciaires menées par le ministère de la Justice dirigée par Robert F. Kennedy.