Salah Abdeslam, né le 15 septembre 1989 à Bruxelles, est un terroriste djihadiste français ayant vécu en Belgique.
Affilié à l'État islamique, il est impliqué dans les attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 morts (puis, indirectement 132) et 413 blessés en région parisienne. Il convoie la quasi-totalité du commando qui commettra ces attentats ainsi que ceux de Bruxelles le 22 mars 2016 qui ont eux fait 39 morts et 340 blessés. Le 13 novembre 2015, il est le loueur de la voiture utilisée par les assaillants de la salle du Bataclan, et dépose les trois kamikazes devant le Stade de France où ils se font exploser. Son frère, Brahim Abdeslam, participe aux fusillades des terrasses parisiennes et se fait à son tour exploser dans un bar proche de la place de la Nation.
Salah Abdeslam aurait, pour sa part, renoncé au dernier moment à faire de même, ou son matériel aurait été défectueux. Il abandonne alors son véhicule dans le 18e arrondissement parisien, puis jette sa ceinture explosive dans une poubelle à Montrouge, en banlieue sud de la capitale française. Il parvient à s'enfuir de la région parisienne avec l'aide de complices venus le chercher la nuit même des attentats, qui le déposent à Laeken avant qu'il soit conduit vers Schaerbeek où il reste caché dans un appartement pendant vingt jours. Puis il se retranche à Forest.
Il est arrêté lors d'une opération policière menée à Molenbeek-Saint-Jean le 18 mars 2016, après une cavale de 125 jours. Il est impliqué dans une fusillade ayant eu lieu dans un appartement de Forest trois jours plus tôt, ce qui lui vaut également un procès en Belgique. Son implication dans la préparation des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, qui ont lieu quatre jours après son arrestation, est également en question. Remis aux autorités françaises le 27 avril 2016, incarcéré à Fleury-Mérogis, il observe durant six ans le plus parfait mutisme.
Le 23 avril 2018, il quitte la maison d'arrêt pour être jugé puis condamné par la justice belge pour « tentative d'assassinat à caractère terroriste » à 20 ans de prison ferme, au même titre que son complice Sofiane Ayari. Il est à nouveau écroué à Fleury-Mérogis à son transfert en France.
Le procès de ses actes en lien avec les attentats de Paris s'inscrit dans le cadre d'un procès plus général sur les suspects du 13 novembre, qui débute le 8 septembre 2021 au Tribunal de Paris. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible le 29 juin 2022.
Salah Abdeslam est issu d'une famille marocaine originaire du douar Beni Boughafer, dans le Rif, au nord-ouest de Nador. Son père Abderrahmane est franco-marocain né à Oran, en Algérie française, en 1949. Il a vécu à Aubervilliers, en banlieue parisienne, avant de venir s'installer à Molenbeek-Saint-Jean à la suite de la convention bilatérale Belgique-Maroc de 1964 ayant pour but de pallier le manque de main-d’œuvre dans le pays. En Belgique, Abderrahmane Abdeslam a travaillé à la STIB, la compagnie de transport en commun bruxelloise dont il est retraité. Sa mère est aussi citoyenne marocaine originaire du Rif et naturalisée française. Les deux parents ont la nationalité française, ce qui explique que leurs cinq enfants, quatre fils et une fille, bien que tous nés à Bruxelles, soient aussi français.
Il a trois frères, Yazid, Brahim et Mohamed. Brahim fait partie du groupe de trois terroristes auteurs des attentats des terrasses des 10e et 11e arrondissements. Ses frères Yazid et Mohamed, ex-employé communal de Molenbeek-Saint-Jean, ne sont pas impliqués dans ces attaques. En revanche, Mohamed Abdeslam a été condamné pour en 2018 un vol à main armée de la caisse communale de Molenbeek-Saint-Jean contenant 68 000 euros.
L'ex-petite amie de Salah Abdeslam, du même quartier que lui à Molenbeek-Saint-Jean, le rencontre alors qu'ils ont respectivement 16 et 18 ans et qu'elle est en deuil de son frère. Il est employé de 2009 à 2011 comme technicien à la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB) au dépôt de tramways d'Ixelles, mais voit son contrat résilié pour cause d'absences à la suite d'une incarcération. Selon son ex-petite amie, « jusque-là, Salah n'avait jamais eu de problème avec la loi. Son casier était vierge. Ce qui s'est passé exactement, je n'en sais rien : il refusait d'en parler. Il a été condamné et puis remis en liberté au bout d'un mois. Abdelhamid Abaaoud, lui, a passé six mois derrière les barreaux. »
Salah Abdeslam est identifié par la police comme participant à des activités criminelles de petite envergure. En 2011, il est condamné pour des affaires de vol. Il est décrit comme un gros consommateur de cannabis et d'alcool et un habitué des bars gays bruxellois. En 2014, la section antiterroriste de la police judiciaire fédérale (DR3) de Belgique reçoit des informations d'une source « fiable » à propos de projets d’attentats fomentés par les frères Abdeslam. Il est identifié ensuite dans au moins huit pays européens.
C'est un ami d'enfance d'Abdelhamid Abaaoud, lui aussi originaire de Molenbeek-Saint-Jean. Il connaissait aussi Bilal Hadfi, autre terroriste du 13 novembre. En 2011, il est condamné aux côtés d'Abaaoud dans une affaire de vol par effraction, il fait un mois de détention préventive et perd son emploi à la STIB. À partir de décembre 2013, il est le gérant du bar Les Béguines à Molenbeek-Saint-Jean. Le bar est fermé cinq mois sur décision administrative après la découverte de substances hallucinogènes. Salah Abdeslam y passait une grande partie de son temps à jouer sur PlayStation.
Selon son frère Mohammed, six mois avant les attentats, Salah et Brahim commencent à observer la prière, ce qui ne le conduit pas à soupçonner les intentions de ses frères.
Salah tente à plusieurs reprises de convaincre, sans succès, son ex-petite amie de l'accompagner en Syrie : « La première fois, c'était à la fin 2014 », mais ce n'est que début 2015 qu'elle comprend son implication dans les réseaux djihadistes. Il trompe la police sur ses relations avec Abaaoud : « Ils voulaient des explications. Sur Hamid [Abaaoud], sur ses activités sur internet… Il leur a dit qu'il n'était pas d'accord avec ce qu'avait fait Hamid [en Syrie et à Verviers], mais qu'il avait gardé le souvenir des bons moments passés ensemble. »
Elle voit Salah pour la dernière fois le 10 novembre, à Laeken : « Je voyais bien que ça ne tournait pas rond. Il n'avait pas très faim, il semblait malheureux mais me disait de ne pas m'en faire, que tout allait bien. Nous avons parlé de notre avenir et du mariage. Je lui ai dit que ça m'inquiétait quand il disparaissait parfois sans crier gare, et qu'il ne faisait rien pour retrouver un boulot fixe. » Il la rappelle le lendemain pour la prévenir qu'il n'avait plus son téléphone portable. Le 15 novembre, elle se présente spontanément à la police de Molenbeek-Saint-Jean, puis est interrogée par la police fédérale. Elle conclut, à propos de leur relation : « Je préfère qu'il s'abstienne [de me recontacter]. Je ne saurais pas quoi lui dire. Pour moi, il n'y a plus rien entre nous. Je romps officiellement nos fiançailles […] Tu as fait honte à nos familles. Je n'ai plus rien à te dire, à part ceci : sache que je vais commencer une nouvelle vie, et que tu n'y as pas ta place. »
Attentats de novembre 2015 en France
En janvier 2015, Brahim Abdeslam tente de se rendre en Syrie mais est intercepté par les autorités turques. Renvoyé en Belgique, il y est interrogé, de même que Salah. Ils sont relâchés bien qu'identifiés comme radicalisés. Son nom figure dans une liste de suspects d'activités terroristes remise au bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean le 26 octobre par les services secrets belges.
Entre novembre 2014 et janvier 2015, Salah Abdeslam, son frère Brahim et leur ami Ahmed Dahmani (ce dernier est soupçonné d'avoir mis en contact des passeurs turcs et les jihadistes envoyés par Daesh) créent des comptes Facebook sous les identifiants respectifs de « Pouchos pouchos »,« Raphaël Schott » et « Rachid Bourriche » à partir d'une même adresse IP localisée dans le café Time Out de Molenbeek-Saint-Jean, à proximité du domicile des Abdeslam. Si le contenu des messages est inconnu de la Justice, les dates des conversations sont des indices laissant supposer l'échange d'informations servant à la préparation des attentats. Ainsi, les frères Abdeslam communiquent entre le 14 janvier et le 18 janvier 2015 alors que Brahim quitte la Belgique le 27 janvier, pour être formé à l'utilisation des armes et des explosifs en Syrie. Ces comptes seront désactivés après les attentats de novembre 2015.