Ce Jour-là

Saint Dié

Personnage légendaire du VIIe siècle

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Saint Dié, ou saint Déodat de Nevers, Deodatus en latin d'Église, ou saint Dieudonné en ancien français, est un personnage légendaire du VIIe siècle, premier patron d'un vaste ban montagnard centré sur la haute vallée de la Meurthe dans les Vosges. Il ne doit pas être confondu avec saint Déodat de Nole (martyr en 473).

Les hagiographies tardives le décrivent en évêque de Nevers, titre fort controversé. Après s'être retiré dans la solitude, le saint homme aurait fondé un ermitage au Petit-Saint-Dié puis aurait construit le monastère des Jointures, lieu précis entre le Robache et la Meurthe autour duquel se forme, bien plus tard au XIIIe siècle, la première ville qui prit son nom, Saint-Dié. Il serait mort en 679.

Celui qui est bien plus prosaïquement un fondateur de ban religieux, c'est-à-dire d'une grande paroisse montagnarde, est honoré le 19 juin. Il l'était autrefois le 8 juillet.

Légende et tradition populaire vosgienne

Saint Dié fait référence à un saint homme nommé Deodatus en latin d'église ou Dieudonné en français, réduit en Dié. Les anciens montagnards vosgiens l'appelaient simplement le bonhomme.

Une légende dit qu'il se serait un temps retiré en ermite dans une haute vallée vosgienne. L'hiver venant, il en serait venu à manquer de nourriture. Dieu serait alors apparu en songe à un comte qui s'était lié d'amitié avec le saint. Il ordonna à ce dernier de charger chaque semaine un âne de victuailles, puis de le laisser libre de livrer lui-même son chargement. Plus tard, cet âne fut dévoré par un loup. Lorsque le prédateur découvrit qu'il avait tué un animal chargé d'une mission divine, il comprit qu'il ne lui restait plus, pour expier son péché, qu'à remplacer l'animal de bât pour livrer lui-même provisions et fagots.

Ce qui est narré plus haut, dans sa version la plus sommaire, correspond effectivement à une littérature enfantine. La biographie imprécise, provenant d'une hagiographie tardive, la première Vita Deodati datant du XIe siècle, s'accorde à une conception officielle. Mais saint Dié est surtout un personnage légendaire qui a été adopté comme patron tutélaire par des générations de montagnards vosgiens. C'est dire s'il a laissé à maintes périodes une trace indélébile dans le folklore, la tradition orale et la religiosité populaire.

Mentionnons aussi le prestige religieux que les historiens accordent à la collégiale Saint-Dié, réorganisée au XIIIe siècle, et à la petite ville basse de Saint-Dié à laquelle son efficace administration a donné naissance par association avec le duc de Lorraine. Elle apparaît constamment citée en Lorraine après Nancy et les trois centres d'évêché, Metz, Toul et Verdun, alors qu'elle n'est longtemps qu'un centre religieux qui ne compte pas plus de mille habitants avant le XVIIe siècle. Mais les chanoines, gestionnaires avisés de la collégiale, issus des plus riches familles de la noblesse lorraine, ont plus d'affinités avec les prestigieux chanoines de Murbach ou de Munster qu'avec le modeste saint fondateur qui n'a pas vécu à leurs époques. La tradition orale, rejointe parfois par la légende écrite, laisse entendre qu'il s'agit d'un pieux emprunt et ne semble même pas accorder crédit à sa fondation du monastère des Jointures puisqu'il s'agit d'un rêve anticipateur.

Le saint homme a donné son nom à un modeste chemin montagnard qui reliait autrefois la plaine d'Alsace entre Sélestat et Colmar à la place du vieux marché de Saint-Martin, proche du Petit-Saint Dié : il passe à proximité de sources et de fontaines car le bonhomme fait surgir les eaux de la terre en tapant avec son grand bâton. Il donne ainsi son nom au col du Bonhomme et au village du Bonhomme, appelé au XVIe siècle Diedelshausen en allemand. Diedel est donc l'équivalent de Dieudonné. C'est pourquoi le marchand empruntant habituellement le vieux chemin saint Dié ou encore l'habitant de Saint-Dié / Sankt Diedeln ou du Bonhomme / Diedelshausen peuvent être appelés occasionnellement Diedeler par les mineurs allemands qui œuvrent dans les mines d'argent du duc de Lorraine au début du XVIe siècle.

Le grand bonhomme, à la beauté grave, accomplit une série de miracles : il redresse les poutres torves comme il rend justice aux démunis, il aménage des prairies en hières (héronnières) et aide celui qui œuvre pour le bien public ou la vérité, il bâtit en échangeant en jets à longues distances ses outils avec son fidèle compagnon Idoux, que celui-ci soit à Moyenmoutier ou ailleurs.

Par la maîtrise de ses outils, mués en armes de jet magiques, le bonhomme évangélisateur transparaît en maître de guerre assagi. Mais il ne faut pas lui chercher noise car il est susceptible de jeter des sorts fatals, de laisser le goître à un malfaisant mécréant ou d'apporter la dégénérescence physique à toute une communauté qui aurait bafoué la bonne croyance ! À un vantard indélicat lui ayant promis sa vigne, mais qui garde pour lui son vin, le saint lance une nuée de guêpes chaque fois qu'il tire son vin jusqu'à ce qu'il se souvienne et tienne son serment.

À une époque que les hagiographies religieuses laissent dans le flou temporel ou situent dans ses dix dernières années d'existence, saint Dié à l'origine moine gyrovague dans le désert, serait devenu défricheur, rassembleur immédiat de communautés et ses nouveaux compagnons convertis auraient essaimés fondant avec vigueur une quinzaine de communautés : Bertrimoutier, Provenchères, Colroy, Lusse, Wisembach, Laveline, La Croix, Mandray, Le Valtin, Anould, Clefcy, Saint-Léonard, Saulcy, Sainte-Marguerite, Saint-Martin.

Après son colossal labeur que certains chroniqueurs évaluent à dix-huit églises, le saint a pris le temps de rêver à un beau monastère sur l'autre rive de la Meurthe.

La tradition raconte que Dieudonné, perdu dans le brouillard, jette sa hache de la chaume du Rossberg surplombant le col du Bonhomme. Cette hache de prairie rompt le brouillard et fait surgir la puissante source saint Dié, au lieu-dit nommé depuis « Petit saint Dié ». Il construit sa cahute, s'y installe en ermite et survit reclus dans la solitude givrée, nourri par les bonnes victuailles que Huna, compagne d'Huno, lui faisait parvenir, et échangent avec les anes, qui sont ou bien des esprits des morts anaons ou bien des fées à pattes d'oies qui hantent les sommets des montagnes par bonds en arc de cercle. Épuisé à son arrivée que la tradition commémorative la plus récente fixe au début de 669, il meurt soit quelques mois plus tard, soit après dix années de contemplation monacale, un jour avant le plus grand soleil (solstice ?).

La Vita Deodati, premier document hagiographique connu, est rédigée par un moine bénédictin au XIe ou XIIe siècle. Elle montre l’ignorance à peu près complète du scribe. Démuni d’informations sur la vie de Déodat, il invente dans un style fleuri l'histoire d'un moine errant, mettant bout à bout une succession d’anecdotes considérées comme véridiques, et rapportées arbitrairement à l’époque de la vie du saint homme. Le moine n’a sans doute accès qu’à des documents de diplomatique, le privilège de Numérien, archevêque de Trèves, daté de 664 ou des copies des reconnaissances d’immunité royale des églises vosgiennes, obtenues avant 670. L’auteur évite les croyances populaires et s’inspire de quelques procès récents du chapitre de Saint-Dié avec des communautés éloignées du ban, près de Rambervillers ou en Alsace. Le parcours légendaire, décrit comme aléatoire, se passe justement aux abords de la vieille route de Rambervillers à l'Alsace, dont un modeste diverticule passe par saint Dié. La pérégrination légendaire de Déodat est reprise et transformée par le moine Richer de Senones dans sa chronique au XIIIe siècle. Le chanoine Jean Herquel de Plainfaing l'imite au XVIe siècle. Jean Ruyr reprend le cycle au début du XVIIe siècle. Le grand prévôt de Saint-Dié, François de Riguet, revisite aussi l’itinéraire de saint Dié. Des rapprochements avec saint Maurice d’Agaune s’opèrent même à partir du XVIIIe siècle.

Saint Dié était fêté autrefois le 18 juin à Toul, le 20 juin à Strasbourg et Nevers. Le chapitre de saint Dié l'honorait en culte public le 8 juillet, en compagnie de sainte Hunne, saint Villigod et saint Martin de Moyenmoutier. La date du 19 juin a été adoptée tardivement.

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